La Belgique, bonne élève en termes de tests de dépistage?

Une aide-soignante d'une maison de repos est testée au Covid-19
Une aide-soignante d'une maison de repos est testée au Covid-19
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Si la Belgique figure aujourd'hui dans le haut du classement en termes de tests effectués, son parcours n'est toutefois pas exemplaire.

La Belgique est-elle à la pointe en matière de dépistage? C'est en tout cas ce qu'a affirmé le gouvernement Wilmès ces derniers jours. Une comparaison internationale dressée par le portail de statistiques Statista lui donne raison. Avec 44.456 tests effectués par million d'habitants, le plat pays figure à la deuxième place d'un classement qui compte seulement les pays les plus touchés par la pandémie. Seul le Portugal nous dépasse avec 47.655 tests par million d'habitants. Le top 3 est complété par l'Espagne (41.332). « Nos pays voisins effectuent beaucoup moins de tests », s'est vanté jeudi le ministre en charge de l'approvisionnement en matériel médical, Philippe De Backer. L’Allemagne, dont la stratégie de tests est régulièrement prise pour exemple, s'approche des 33.000 tests par million d'habitants, la France en compte 21.213 et les Pays-Bas, 14.570.

À prendre avec précaution

Comme le souligne Le Soir, ces résultats sont à prendre avec de grandes précautions. Certains pays, comme la France et l’Espagne, ne publient pas leurs données au même rythme. D'autres, comme la Bulgarie, ne les publient pas du tout. D'un pays à l'autre, les méthodes de collecte peuvent également changer. Alors que la Belgique compte le nombre de tests effectués, l'Allemagne recense, elle, le nombre de personnes testées.

un tube de prélèvement soigneusement emballé

© BELGA IMAGE / Kenzo TRIBOUILLARD

On revient de loin…

Il apparaît que la Belgique est aujourd'hui une des meilleurs élèves d’Europe en matière de diagnostics. On ne pouvait pas en dire autant au début du confinement. À cette époque, le pays était plutôt à la traîne, pour ne pas dire médiocre. Source désormais de fierté, la stratégie de dépistage belge a longtemps été décriée, puisqu'elle a démarré tardivement et lentement.  

Bref rappel des faits. Jusqu’à début mars, seul le laboratoire de l'hôpital universitaire de Leuven pratique des tests. Le nombre de tests disponibles est insuffisant par rapport à l'énorme demande du début de l'épidémie. Par conséquent, des critères, jugés trop restrictifs, sont définis pour déterminer qui pouvait être testé. Vu l’ampleur de la crise, des laboratoires de biologie clinique développent alors, sans autorisation, le test diagnostic par PCR, mais d'autres problèmes logistiques apparaissent, comme la pénurie de réactions et le manque d'écouvillons. Pour augmenter la capacité de tests et atteindre les 10.000 tests quotidiens promis à l'époque, le ministre Philippe De Backer annonce finalement la mise sur pied d’un consortium composé de deux laboratoires universitaires (Leuven et Liège) et quatre firmes industrielles (Biogazelle, GSK, J&J et UCB). Un choix largement critiqué par les laboratoires de biologie clinique agréés, mis de côté. « À part ce bémol qui a fait grincer des dents, la stratégie de dépistage est aujourd'hui beaucoup plus performante », admet Jean Ruelle, virologue et chercheur à l'IREC de l'UCLouvain. Ces derniers jours, 19.000 tests ont été prélevés en moyenne par jour en Belgique. Ils sont aujourd'hui réalisés à l’hôpital et en collectivité. Depuis ce 4 mai, ils sont étendus aux médecins généralistes, mais ces derniers n'ont pas encore tous reçu le matériel nécessaire pour les effectuer en toute sécurité.

Le dépistage, seul, ne suffit pas

Aujourd'hui, il est impossible de déterminer l'impact qu'aurait pu avoir un dépistage plus rapide et plus tôt sur la mortalité, surtout dans les maisons de repos. Mais la question, inévitable, occupe l'esprit de nombreux acteurs du terrain. « Dans les maisons de repos, il est clair que savoir plus tôt qui était positif et qui avait besoin d'une hospitalisation aurait pu aider », regrette Jean Ruelle, ajoutant toutefois qu'une certaine organisation aurait dû suivre ce diagnostic.

un homme âgé testé en maison de repos

© BELGA IMAGE / Benoit DOPPAGNE

Car, oui, même si le ministre De Backer vante les mérites d'une Belgique qui « teste beaucoup et surtout de manière efficace », le dépistage, seul, n'est pas suffisant. « Si on a juste des tests, c'est intéressant simplement du point de vue épidémiologique. Si on veut avoir un impact sur les décès par exemple, il faut qu'on puisse mettre en place des stratégies de confinement et de mise en quarantaine de personnes positives », explique le virologue. Pour être efficace, la capacité de dépistage doit donc s'accompagner d'une autre stratégie, celle du tracing. Et celle-ci est encore loin d'être performante.

Jean Ruelle insiste également sur la nécessité des tests sérologiques, qui permettront d’évaluer une éventuelle immunité collective. Une étude de l’Université d’Anvers a montré jeudi que 6% des Belges ont des anticorps contre le coronavirus. Un chiffre qui reste « encore faible », d'après le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem. Pour qu'une épidémie n'ait quasiment plus de risque de se développer, les experts estiment que le pourcentage de la population immunisée doit atteindre 60%.

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