Le personnel soignant au front contre… Maggie De Block

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La ministre fédérale de la Santé vient d’autoriser par arrêté royal la réquisition du personnel soignant et l’extension de l’exécution de tâches infirmières par des non-infirmiers. Des décisions qui passent très mal auprès du secteur.

« La ministre De Block a-t-elle décidé de partir en guerre contre le personnel soignant ?» C’est la question que posait la semaine dernière Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE non marchand. Dans le viseur des syndicats : deux arrêtés royaux signés de la main de la ministre fédérale de Santé (Open-VLD). À partir de ce lundi 4 mai et jusqu’au 31 décembre 2020, ces textes autorisent deux mesures d’exception : la réquisition du personnel soignant en cas de pénurie grave de personnel, et l’extension de la délégation d’actes médicaux à d’autres professionnels de la santé.

En vertu du premier de ces deux arrêtés, des travailleurs (« peu importe leur statut de travail ») de différents services de santé (hôpitaux, maisons de repos, etc.) pourront être rappelés sur leur temps de repos pour remédier à l’absence de main-d’œuvre dans une autre institution, lorsque « le manque de capacité ne permet plus d’assurer un bon déroulement de l’organisation des soins ». En vertu du deuxième, du personnel non infirmier pourra exécuter des tâches infirmières au sein des structures de soins, moyennant une « formation dispensée par un médecin ou un infirmier ».

Riposte du secteur infirmier

À peine adoptées, ces mesures ont fait bondir les instances syndicales. Alors que la courbe descendante (lien) de l’épidémie laisse entrevoir une éclaircie et que de nombreux soignants, jusqu’ici mobilisés dans les « unités Covid » vont progressivement retourner à leur affectation habituelle, réquisitionner du personnel est jugé « incompréhensible » par la CNE. Pour le syndicat, « cela ressemble fort à un dispositif visant à culpabiliser ou menacer le personnel qui ne serait selon l'autorité pas suffisamment disponible pour être transféré dans d'autres services ou d'autres types d'institutions ».

Pour le Setca et la CGSP, « il est à la fois inutile et contre-productif d'augmenter les contraintes et le stress sur des travailleurs qui n'ont surtout pas besoin de cela en pleine crise ». Du côté de l’Afiu, l’association francophone des infirmiers d’urgence, la réquisition du personnel est prise comme « une insulte à [l’] implication au quotidien » d’un personnel soignant qui s’est dépensé sans compter en première ligne, selon l’expression désormais consacrée. Pour l’Afiu, déléguer des actes infirmiers à des non-professionnels pose également question, puisque « quatre années de formation, voire six, ne sont pas substituables par quelques heures aléatoires non structurées de formation sur le terrain ».

Aider le personnel soignant ?

Dans un communiqué, Maggie De Block a défendu ses décisions : l’extension des actes médicaux se signifie pas que le personnel non-soignant sera chargé de les exécuter. « Le but est d'aider le personnel soignant en permettant de déléguer des actes simples à des personnes capables de les poser afin qu'il puisse se concentrer sur les actes pour lesquels son expertise est essentielle », défend Maggie De Block. De même, la réquisition du personnel soignant doit être considérée comme une assurance susceptible de ne pas être activée, selon la ministre. « Nous voulons être prêts en toutes circonstances, par exemple en cas de trop nombreuses absences ou en cas de nouvelle vague dans l'épidémie (…) Et nous prenons donc nos précautions à l'avance pour ne pas devoir agir dans l'urgence. La mesure avait déjà été prévue lors de la grippe A (H1N1) de 2009, sans avoir dû être activée à l'époque ».

Une prudence qui n’a pas toujours été de mise dans le chef des autorités, comme le rappelait le Setca dans Le Soir : « Dans sa réponse, le cabinet de la ministre Maggie De Block ose nous rappeler que “Gouverner c’est prévoir”. Si la situation n’était pas aussi sérieuse, nous pourrions en rire, la saga des masques en est en effet un exemple flagrant… »

Un lourd passif avec le personnel de soins

Cet épisode est le dernier à ajouter à une longue série de passe d’armes et de conflits plus ou moins larvés entre la ministre libérale et le secteur des soins de santé. Sans même évoquer la pénurie de masques anti-Covid-19, les relations de Maggie De Block avec le personnel soignant auront rarement été un long fleuve tranquille. Depuis plusieurs années, le personnel hospitalier dénonce des conditions de travail détériorées. Les coupes franches dans le budget des soins de santé, austérité oblige, ont débouché ces derniers mois sur plusieurs actions syndicales, comme les mardis des blouses blanches, lancées en juin 2019. L’augmentation de la charge de travail des infirmiers ou de celle des aides-soignantes, sans revalorisation salariale, ont également été très mal accueillies par une partie du secteur.

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