La diététique, aussi pour les enfants

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Face à l’augmentation des allergies, intolérances, surpoids et aux mauvaises habitudes alimentaires infantiles, les diététiciens prouvent que les petits ont aussi besoin d’eux.

Au menu ce soir, courgettes et pâtes sans gluten, pour la famille de Jade, 4 ans et son petit frère Éden, 14 mois. Chaque jour, Colette, leur maman, doit trouver ce qu’elle peut cuisiner pour ses enfants allergiques à la banane, au lait de vache, au gluten, au soja et aux oeufs. Un vrai casse-tête. “Trouver un aliment sans aucun allergène, c’est la galère. On a dû revoir toute notre alimentation, changer de magasin pour les courses et se réorganiser. Au niveau financier, il y a aussi une différence. Tous ces aliments coûtent plus cher... alors que j’ai encore chez moi des armoires remplies de denrées qu’on ne peut plus manger.” Colette n’est pas la seule maman à rencontrer ce genre de difficultés. Les médecins observent une recrudescence des allergies et intolérances chez les enfants ces dernières années. On estime que 10 % d’entre eux sont actuellement allergiques ou intolérants à au moins un aliment. Pour y faire face et lutter efficacement, les pédiatres et hôpitaux s’organisent. Au Centre hospitalier régional de Namur (CHR), on a créé un service dédié: la diététique pédiatrique. Même si on a tendance à l’associer un peu trop souvent au mot “régime”, la diététique ne traite pas que le surpoids et l’obésité. Et pour une alimentation saine, variée et équilibrée, elle trouve aussi son public chez les moins de 16 ans. ”La population pédiatrique est une population à part entière, justifie Véronique Warlop, la diététicienne en chef de l’hôpital. La promotion de la santé dès le plus jeune âge permet de prévenir diverses pathologies, et pas seulement les allergies, même si les cas sont nombreux. On vient nous consulter pour divers autres motifs comme la dénutrition, les troubles de croissance, le surpoids et l’obésité. On sentait une demande interne de certains pédiatres d’assurer une prise en charge après consultation, mais aussi une demande venant des parents qui ne savent pas toujours comment s’en sortir.” Résultat, depuis début octobre, les petits patients sont nombreux à être passés entre les mains des trois diététiciennes qui composent ce nouveau service. Dans 90 % des cas, ils y arrivent après une visite chez le pédiatre. S’il s’agit de problèmes d’allergies, les enfants vont d’abord rencontrer un allergologue pédiatrique qui émet un diagnostic. Une étape indispensable, trop souvent négligée. “De nombreux enfants sont soumis à des évictions sans que le diagnostic ne soit clair, explique le docteur Elena Bradatan, allergologue et pédiatre. On les étiquette allergiques ou intolérants au gluten ou au lait de vache par exemple, sans aucune démarche scientifique.” Une éviction qui peut se révéler néfaste si l’on prive injustement l’enfant d’aliments nécessaires à son bon développement. ”Le médecin va dépister l’allergie et déterminer un certain taux de tolérance. En fonction de ce que le patient peut tolérer, nous faisons alors des équivalences en termes d’aliments avec des exemples très concrets, comme compter le nombre de biscuits de telle marque qu’il pourra manger chaque jour. On apprend aussi aux parents à lire les étiquettes sur les produits”, explique Nadia Grinko, diététicienne au service pédiatrique. C’est donc toujours sur la base de prescriptions médicales que les membres de ce service particulier agissent. En collaboration avec les médecins, les diététiciennes assurent un suivi alimentaire précis. Le but: permettre à l’enfant, petit à petit, de se défaire de son allergie. Car c’est possible. Entre 70 et 80 % des cas d’allergies au blé, au lait de vache et aux oeufs (soit les plus répandues) disparaissent avant l’âge de 7 ans s’ils sont traités correctement. ”Le but est que le patient tolère de plus en plus d’aliments et des quantités plus importantes d’allergènes.” Pas évident, pour ces petits enfants, de voir changer des habitudes alimentaires parfois bien ancrées. ”On peut dire qu’on passe des petits contrats avec les enfants. On voit avec eux ce qu’ils sont prêts à changer, petit à petit.” Pour Jade, diagnostiquée poly-allergique en octobre dernier, les modifications ont été nombreuses et rapides. ”Elle a incroyablement bien pris le changement, témoigne Colette, sa maman. Alors que du jour au lendemain on a tout arrêté, elle n’a plus jamais touché à ce qui lui est désormais interdit. En fait, elle en est même presque fière car elle peut désormais “faire comme maman”, puisque je ne mange plus non plus ni gluten, ni oeufs, ni lait, ni soja tant que j’allaite son petit frère également allergique.” Mais la mission de ces diététiciennes “pour enfants” concerne autant les petits patients que leurs parents “qu’il faut aussi prendre en charge sans les culpabiliser ou leur faire la leçon. Et c’est délicat car quelque part on remet en question leur façon de faire, leur éducation, leurs habitudes et leur intimité. Donc finalement, c’est le parent qui doit faire le plus de travail”, constate Nadia Grinko.

Rééquilibrage alimentaire

Pas question non plus de parler de “régime”, un terme jugé restrictif et stigmatisant. On lui préférera la notion de “rééquilibrage alimentaire”, même dans le cas de surpoids ou d’obésité. ”On ne fait pas de régime amaigrissant avec les enfants. Le but est de les laisser grandir et de stabiliser leur poids.” Autre défi: parvenir à faire manger de tout à des petits bouts qui refusent parfois tout ce qui peut ressembler à un légume, par exemple. Chez Michelle, chaque repas est une bataille pour faire manger au petit Tom, 7 ans, autre chose que des spaghettis. “On va conseiller aux parents de faire tout goûter à l’enfant. Et s’il n’aime pas, on change de recette et on recommence. C’est important aussi que le moment du repas soit convivial, que chacun ait la même chose dans son assiette. Présenter une assiette ludique et agréable ou faire participer
l’enfant à la cuisine, cela peut également aider car il sera curieux de goûter.
” Si toutes ces techniques peuvent aider, les diététiciennes rappellent tout de même qu’aucune solution n’est magique. Il faudra peut-être s’y reprendre une dizaine ou une vingtaine de fois. C’est un processus lent et long pour arriver à une alimentation saine et équilibrée, acquise pour durer.

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Obésité infantile, un problème majeur

En Belgique, 1 enfant sur 5 est en surpoids, et 6 % des 2-17 ans sont obèses. C’est moins qu’à l’échelle européenne, où 1 enfant sur 3 est en surpoids. En cause: la sédentarisation et une mauvaise alimentation (peu variée, riche en sucres, graisses et produits transformés…). Les habitudes alimentaires des Belges, y compris des enfants, ne sont pas forcément très bonnes: seulement 12 % des six ans et plus mangent cinq fruits et légumes par jour. Plus de la moitié des enfants mangent une collation sucrée ou salée quotidiennement. L’obésité infantile est donc un problème de santé majeur pour notre société. Car contrairement aux allergies qui peuvent disparaître avec l’âge, la surcharge pondérale s’installe durablement. On estime que 80 % des enfants en surpoids le seront toujours à l’âge adulte. Face à ces enjeux, le rôle des diététiciennes pédiatriques est d’autant plus important qu’il permet aux parents d’agir en connaissance de cause. ”Certaines restrictions sont mal adaptées, justifie Nadia Grinko. Il existe par exemple des graisses qui sont très importantes et qui participent au développement des enfants. Restreindre fortement l’alimentation d’un enfant en surpoids et supprimer toutes les graisses est donc un problème.

5 causes d’apparition des allergies

Le docteur Bradatan, pédiatre et allergologue au CHR de Namur, fait le point:


1. Nous mangeons mal Sucres, additifs, aliments ultra-transformés et alimentation rapide... “Tout cela engendre une réponse inflammatoire favorable à l’apparition des allergies.”

2. Diversification tardive Certains experts préconisaient d’administrer après 9-12 mois l’oeuf, le poisson ou les arachides. L’introduction tardive ou l’éviction des aliments en bas âge sont à l’origine d’une augmentation significative de la prévalence de l’allergie à l’aliment.

3. Nous sommes trop propres On nettoie tout, donc le corps n’a plus la même connaissance des microbes.

4. Les enfants restent beaucoup (trop) à l’intérieur Être en contact avec de la boue ou des animaux à l’extérieur est bénéfique.

5. Césarienne, tabagisme, pollution… Des études ont montré qu’il y avait des liens clairs entre ces différents éléments et l’apparition d’allergies chez les enfants. Il y a aussi un changement génétique vers l’atopie qui est induit par un environnement pollué.
 

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