Protester au temps du coronavirus

Protester au temps du coronavirus
Protester au temps du coronavirus
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C'était en janvier. C'était il y a mille ans. La planète était en ébullition. Crises sociales, crises économiques, crises politiques... Et puis, la crise sanitaire a tout effacé. Pour un temps, seulement. Car le virus n'a pas annihilé les précédentes crises. Au contraire, il les a bien souvent exacerbées.

A Hong Kong, en Algérie, au Chili, en Iran, en Irak, au Liban... Ils étaient des centaines, des milliers, des dizaines de milliers à prendre la rue et protester. Et puis, le coronavirus a tout arrêté. Ce fut le temps du confinement. Alors que les infections au Covid-19 diminuent, les crises sociales, économiques et politiques redeviennent, elles, visibles. Le prix des denrées alimentaires a encore augmenté (les filières de production et de distribution ayant été affectées par le virus) et les revenus ont encore diminué. Dans des régions où le secteur informel joue un grand rôle dans l'économie, les mesures de confinement sont quasiment impossibles à tenir. Mourir de faim ou mourir du Covid-19 ? Voilà le choix qui s'impose...

Tandis que des régimes à tendance autoritaire ont profité de la crise sanitaire pour reprendre la main et resserrer la vis, la colère du peuple s'exprime à nouveau. Au Liban, à Hong Kong, en Israël, en Pologne, même, les manifestations reprennent leur droit sur le confinement. Parfois, comme aux Etats-Unis ou en Inde, il s'agit de manifestations contre les mesures de confinement. Mais le plus souvent, les causes restent les mêmes qu'il y a quatre mois : crises sociales, crises économiques, crises politiques...

La crise sanitaire impose juste de renouveler quelque peu la forme des manifestations. Le port du masque est le plus visible. Parfois, les distances sociales sont respectées. Mais la colère reste la même.

Hong Kong

Profitant d'un confinement drastique et de mesures de surveillance à faire passer le Big Brother de George Orwell pour un hippie, la Chine a repris la main sur les manifestants hong-kongais pro-démocratie. Le 18 avril, la police s'est même autorisée à arrêter plusieurs figures de la révolte. Ce qui a poussé les manifestants à reprendre la lutte.

Moins nombreux que durant les six derniers mois de 2019, ils ont néanmoins envahi les centres commerciaux et stations de métro par petites centaines, s'asseyant à bonne distance pour des manifestations chantées. Des affrontements n'en ont pas moins eu lieu avec les forces de l'ordre. Les protestations continuent aujourd'hui.

Après le retrait de la loi d'extradition qui avait mis le feu aux poudres, les manifestants pro-démocratie militent désormais pour l'arrêt des violences policières et pour des élections libres. Ils en veulent notamment aux autorités de Hong Kong de ne pas avoir fermé la frontière avec la Chine alors que le virus se propageait.

Hong Kong

Liban

A Beyrouth, rien n'a changé. Sinon en pire. Le Liban fait face à sa plus grande crise socio-économique depuis des décennies. Crise à laquelle s'ajoute une crise politique, le système, vieux de presque cent ans, est jugé sclérosé et obsolète, les factions au pouvoir incompétentes et corrompues.  La dette a explosé, le coût de la vie aussi tandis que la livre libanaise a perdu 150% de sa valeur par rapport au dollar (auquel elle est attachée). Les manifestations ont donc repris, d'abord au nord du pays, dans la région de Tripoli. Coronavirus ou pas.

Liban

Israël

Israël vit une grave crise politique. Après trois élections en un an, toujours pas de majorité au pouvoir. Le Premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu refusant de quitter le pouvoir - il est inculpé dans trois affaires de corruption, fraude et abus de confiance, mais n'a pas pour autant perdu les élections, arrivant au coude à coude avec son opposant Benny Gantz, chargé de former un gouvernement.

Or, les Israéliens en ont marre de ce status-quo. Alors que les infections au Covid-19 diminuaient (environ 14.000 cas pour 200 décès), ils ont pris les rues de Tel-Aviv et Jérusalem pour demander le départ de Netanyahu. D'autant que, même sans gouvernement de plein exercice, l'Etat israélien a profité de la crise sanitaire pour renforcer la surveillance des citoyens, usant et abusant des technologies de tracing via smartphones.

Les manifestations à Tel Aviv ont donné lieu a des scènes hallucinantes, 2.000 manifestants armés de drapeaux noirs pour la démocratie et contre la corruption de Netanyahu et les couleurs de Bruno Gantz gardant les distances de 1 mètre 50 entre eux sur la place Rabin.

Israel

Pologne

Au sein de l'Union européenne, en Pologne, le gouvernement ultra-conserveteur du PiS a profité du confinement et du fait que l'attention soit tournée à plein vers le coronavirus pour tenter de faire passer une loin interdisant l'avortement. Les citoyens sont restés vigilants, hommes et femmes sortant masqués, un panneau noir et un éclair rouge en mains, à pied, à vélo ou en voiture, gardant leurs distances, pour dénoncer ce projet de loi. Qui fut dès lors gelé – à défaut d'être abandonné.

Pologne

Pologne 2

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