Faute d'amour
Télévision – Inédit

A ne pas manquer à partir de 20h55 sur Arte. Aimé partout, sauf dans son pays, le Russe Zviaguintsev filme un bouleversant cri d’alarme.

Un couple, Boris et Guenia. Un enfant, Aliocha, au centre. Enfin, plus vraiment un couple. Boris et Guenia ont chacun le cœur ailleurs et se détestent. Aliocha, 12 ans, c’est le paquet, parfois glissé derrière l’embrasure d’une porte. Témoin d’une scène de dispute de trop, l’enfant fugue. Un jour plus tard seulement, ses parents se rendent compte de sa disparition… Apparu en 2003 avec un lion d’or sous le bras pour Le retour, Andreï Zviaguintsev poursuit son auscultation de la famille ancrée en Russie (après Elena et Léviathan). Si la famille de son Elena vivait dans un minuscule logement social en bordure d’une centrale électrique, les parents d’Aliocha appartiennent, eux, à la classe moyenne russe. Mais, chez Zviaguintsev, riches ou pauvres, montrés sans manichéisme, sont faits de la matière indéfinissable de l’humain: grands et détestables. Comme on le verra dans l’excellent documentaire sur la genèse du film, Il était une fois… Faute d’amour, diffusé dans la foulée, tous ces personnages chez le cinéaste héritier de Tarkovski finissent par former le portrait - le plus souvent au vitriol - de la Russie de Poutine, tiraillée entre les traditions pesantes et les sirènes modernes d’un consumérisme aliénant.  Faute d’amour n’échappe pas à cette démarche du réalisateur russe, qui ne reconnaît pas son pays, d’où l’amour, la compassion semblent, comme Aliocha, s’être échappés. Pour laisser la place à un monde fracturé, autoritaire, rivé sur les écrans, matérialiste, déshumanisé. Comme cette police d’État, inerte dans la recherche d’Aliocha. Déchirant et sublimement réalisé, Faute d’amour est un film noir de noir, mais où perce toutefois encore une lumière: le regard d’un enfant ou l’élan d’humains solidaires remplaçant un État démissionnaire. Une vision du monde qui à l’ère du Covid-19 apparaît des plus universelle. 

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