Milos Forman
Télévision - Inédit

A ne pas manquer ce soir à 22h45 sur Arte.  La carrière ubuesque d’un cinéaste épris de liberté, entre la rigide Tchécoslovaquie et le tapageur Hollywood.

Le documentaire ne sort pas du lot. Mais c’est l’homme sur lequel il porte qui fait toute la différence. Cet homme, c’est le cinéaste Milos Forman qui tire ici sur le fil de ses souvenirs. Et il nous convie pour un voyage hors du commun. Celui d’un enfant tchécoslovaque auquel le nazisme va arracher ses parents pour toujours quand il a à peine 10 ans. C’est la pierre angulaire de l’homme combatif qu’il va devenir par la suite, avec cet humour à froid particulier qui caractérise la plupart des survivants. L’homme, qui aime pourtant la discrétion, se raconte le long d’entretiens filmés sur une période de 40 ans. Comment il a atterri dans un pensionnat pour orphelins de guerre, où il fait la rencontre de Vaclav Havel. Comment, après des études à Prague où il a pour professeur l’écrivain Milan Kundera, il opte pour le cinéma. Et il n’a pas du tout la même vision que celle du parti communiste: il veut être libre de filmer ce qu’il veut et comme il le veut.  Avec des films audacieux comme Les amours d’une blonde ou Au feu les pompiers!, Forman devient le chef de file de la Nouvelle Vague tchèque. Il émigre à New York après une escale chahutée à Cannes que les pavés de 68 ont obligé à fermer. Premier film sur le sol américain, Taking Off est un flop. Le cinéaste est sur la paille et loge gratuitement au légendaire Chelsea Hotel de Manhattan qui a abrité Kerouac, Kubrick ou encore Mark Twain. C’est Michael Douglas qui lui redonne le goût de filmer en lui apportant le script de Vol au- dessus d’un nid de coucou. McMurphy, qui combat seul le système, ne peut que lui plaire. Avec une autodérision amusée, Forman parle des oscars qui s’ensuivent. Puis d’Amadeus, qu’il décide de tourner à Prague où, grand nostalgique sans cesse entre deux mondes, il peut enfin revenir après dix ans d’exil. À la manière d’un enfant prodige qui s’était juré de connaître “l’âpre bonheur des vainqueurs incorrigibles”. 

 

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