Déconfinement: Le ras-le-bol des médecins généralistes

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Au premier jour du déconfinement progressif, les médecins généralistes n'ont toujours pas le matériel nécessaire pour se protéger et effectuer les tests.

Depuis ce lundi 4 mai, les médecins généralistes peuvent élargir leurs consultations aux cas non-urgents et tester les patients présumés contaminés par le coronavirus. Une tâche supplémentaire et une nouvelle organisation pour ces soignants en première ligne depuis le début de la crise. Problème: ils n'ont pas reçu d'écouvillons ni de matériel de protection pour effectuer ces tests. « Les médecins généralistes sont prêts, mais encore une fois il manque la logistique, dénonce Michel Devolder, président de la Fédération des médecins généralistes de Bruxelles. « Dans les centres de tri, qui font du testing, le matériel est disponible. Par contre, on est loin de pouvoir tester dans son propre cabinet. » « Les soldats sont encore envoyés sur le champ de bataille sans armes ni munitions », regrettait déjà jeudi Marc Moens, directeur honoraire de l'Association belge des syndicats de médecins (Absym).

D'autres éléments ne sont pas encore au point, comme le système de tracing et le formulaire à fournir pour une demande de test. Le flux informatique via le serveur mis en place par le gouvernement pour gérer les résultats des tests n'est pas non plus optimal, a déploré le directeur auprès de Belga. Il faut intervenir manuellement pour que les résultats des tests réalisés dans les centres de triages soient consignés dans le dossier médical global du patient. « Quand on parle de milliers de tests par jour, il vaut mieux éviter ces étapes intermédiaires. »

Qui peut être testé?

Cette semaine, la toute première du déconfinement progressif, doit correspondre à une montée en puissance des tests de dépistage. Ce lundi, dans les centres de tri, « beaucoup de gens sont venus, peut-être même un peu trop », précise Michel Devolder, craignant un engorgement. Le médecin généraliste à Zaventem rappelle que la population ne doit pas s'y rendre spontanément pour être testée. « Il faut d'abord contacter son médecin traitant par téléphone afin d'établir avec lui le besoin, ou non, du test. »  Pour entrer dans le cadre du dépistage, plusieurs cas de figure. Le patient doit présenter soit au moins un symptôme majeur (toux; douleur thoracique; dyspnée; perte de goût ou d'odorat sans cause apparente), soit au moins deux symptômes mineurs (fièvre; douleurs musculaires; fatigue; rhinite; maux de gorge; maux de tête...), soit une aggravation de symptômes respiratoires chroniques. À l'heure actuelle, il ne s'agit donc pas de tester des patients asymptomatiques.

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© BELGA PHOTO DIRK WAEM

Ce lundi marque également la reprise des consultations non-urgentes, bien que l'Absym ait recommandé aux praticiens de rester sélectifs et d’évaluer les risques pour chaque patient. Ici aussi, l'appel téléphonique demeure la première étape. « Il y a trop longtemps que des cas ne sont pas suivis », s'inquiète le docteur, précisant que cette réouverture des cabinets s'accompagne également d'une série de recommandations.

Médecins sans matériel

Si les médecins généralistes sont prêts, Michel Devolder observe toutefois « un sentiment généralisé de ras-le-bol par rapport à la logistique ». Par logistique, le docteur entend l'équipement, les tests, mais aussi la communication des autorités. « Cela fait quatre semaines que nous avons commencé à tester dans les maisons de repos. Ce n'est qu'aujourd'hui qu'on a reçu une confirmation du code Inami à utiliser », dénonce-t-il, pointant le décalage entre les annonces des autorités et la réalité du terrain. « Ce sont des erreurs de communication et des engagements beaucoup trop rapides. »

« Mais en même temps, ce ras-le-bol n'est pas signe de démission et de renoncement », nuance le président de la Fédération des médecins généralistes, qui salue ses confrères et consœurs qui n'ont pas baissé les bras, malgré l'inquiétude et le manque de presque tout. En tout cas, la crise sanitaire actuelle aura permis de remettre en évidence le rôle essentiel de ces médecins et la nécessité d'en avoir un, pointe Michel Devolder.

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