Ce que les grands romans sur la peste nous apprennent sur les épidémies

belga
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L'auteur turc Orhan Pamuk s'apprête à sortir un roman sur la pandémie de peste bubonique de 1901. Selon lui, de tous temps, l'être humain a réagi de la même manière face aux épidémies.

Nights of Plague (Les nuits de la peste), le prochain roman d'Orhan Pamuk, devrait être publié dans les mois qui viennent. C'est un livre qui raconte la pandémie de peste bubonique qui a eu lieu en 1901. De quoi lui inspirer un texte paru dans le New York Times sur la pandémie de coronavirus à laquelle nous faisons face. Selon lui, « à travers l'histoire humaine et littéraire, ce qui fait que les pandémies se ressemblent n'est pas tant la similitude des germes et des virus que celle de nos réponses initiales ».

Outre les chroniques historiques, il tire notamment ses sources du Journal de l'année de la peste de Daniel Defoe (1664), du roman Les Fiancés (1827) de l'Italien Alessandro Manzoni qui décrit les réactions populaires lors de la peste de 1630 à Milan et, bien sûr, de La Peste d'Albert Camus. Dans tous ces livres, le schéma est le même. Et fait écho à notre époque et nos réponses face au coronavirus.

Quatre temps

Tout d'abord, il y a le déni face à la menace. Les autorités répondent toujours aux événements avec retard, elles ont tendance à minimiser la situation, voire à nier complètement l'existence d'une épidémie. Pamuk prend un exemple des Fiancés : « Malgré l'évidence, le gouverneur de Milan ignore la menace posée par la maladie au point de ne pas annuler les célébrations de l'anniversaire du prince local. Manzoni a montré que la peste s'est propagée rapidement parce que les mesures de contraintes furent insuffisantes, leur application laxiste et ses concitoyens ne les respectaient pas ».

Ce déni, voire cette incompétence initiale des autorités est la raison de la deuxième réaction : la colère du peuple envers ses dirigeants. « Mais, dit Orhan Pamuk, les meilleurs écrivains comme Defoe et Camus donnent à voir autre chose que la politique sous les vagues de la fureur populaire, quelque chose d'intrinsèque à la condition humaine. Le roman de Defoe nous montre que derrière les remontrances incessantes et la rage il y a aussi une colère envers le destin, envers une volonté divine qui est le témoin et peut-être le complice de la mort et de la souffrance humaine et une colère envers les institutions religieuses qui ne semblent pas savoir comment répondre à une telle situation ».

Cette colère et ce désarroi pousse aussi les gens, dit Pamuk, à inventer des rumeurs et lancer de fausses informations« Des rumeurs infondées et des accusations basées sur l'identité nationale, ethnique, religieuse ou régionale ». Les gens ont besoin de trouver une cause à leurs malheurs, un fautif. Et le plus souvent, ils le trouvent en l'autre, l'étranger. Le virus, même si on ne sait rien sur lui, est toujours importé de l'extérieur. Comme, par exemple, d'un laboratoire chinois...

C'est le quatrième moment : la panique et la violence envers un bouc-émissaire. C'est ainsi que les Juifs seront persécutés durant la Grande Peste du XIVe siècle. La plupart du temps, d'ailleurs, l'imaginaire collectif fait remonter l'origine du virus en Asie. De nos jours, Donald Trump n'hésite pas à nommer le SARS-CoV-2 « le virus chinois » et à rejeter toutes les fautes sur la Chine.

Humanité partagée

Selon Orhan Pamuk, il y a cependant une différence majeure entre aujourd'hui et hier. « De nos jours, dit-il, notre terreur est moins nourrie par les rumeurs et beaucoup plus basée sur des informations précises. Nous n'avons pas besoin de notre imagination pour craindre le pire. Il suffit de regarder les vidéos des cercueils qui se multiplient en Italie ».

Il continue : « La terreur que nous ressentons, cependant, révèle de quelle façon nos vies fragiles sont similaires et à quel point notre humanité est quelque chose que l'on partage. La peur, comme la pensée de la mort, nous fait nous sentir seuls, mais la reconnaissance que nous partageons une expérience nous pousse à sortir de notre solitude ».

 

 

 

 

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