Covid-19: d'où vient le virus et quand va-t-on trouver un vaccin?

belga
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Entre rumeurs, hypothèses, théories en tous genres et chiffres mouvants, nous avons très peu de certitudes au sujet du coronavirus qui nous attaque depuis quatre mois. Six questions pour y voir plus clair.

D'où vient le virus ?

C'est la nouvelle arme de Donald Trump. Le virus SARS-CoV-2 aurait été créé en laboratoire par des chercheurs chinois peu rigoureux qui l'auraient laissé s'échapper. Le président US affirme même avoir des preuves... Sans les donner. Car les services secrets de l'Oncle Sam n'en ont pas. Cette théorie n'est un fait que dans la bouche de Donald Trump. En réalité, dès mars et les recherches du microbiologiste américain Kristian Andersen, la communauté scientifique, dans un consensus quasiment unanime, considère que le virus a « irréfutablement » ou du moins « presque certainement » émergé naturellement.

Deux scénarios sont pris en compte quant aux origines du SARS-CoV-2 : sa présence chez un animal hôte avant un transfert vers l'humain ou sa présence chez un animal hôte avant un transfert vers un animal intermédiaire, puis vers l'humain. L'animal hôte est très probablement la chauve-souris. L'animal intermédiaire pourrait être le pangolin. Mais ce n'est qu'une hypothèse... Tout comme la première apparition du virus dans un marché de Wuhan.

Certains chercheurs remettent en effet en cause le marché de Wuhan comme lieu de la première transmission du virus à l'humain. Sans vouloir rentrer dans les détails techniques, un généticien de l'Université de Cambridge, Peter Forster, a identifié trois souches dominantes du SARS-CoV-2. Et

la souche présentant le plus de similitudes génétiques avec le coronavirus « originel » de chauve-souris n'était pas à trouver du côté de Wuhan, mais plus au sud, dans la province méridionale de Guangdong. Bref, il n'est pas certain que le virus ait émergé dans un marché à Wuhan. De quoi ajouter à notre confusion...

Que sait-on avec certitude sur le virus ?

Qu'il fait partie de la famille des coronavirus. Soit un virus « responsable d'infections respiratoires et digestives chez plusieurs espèces de mammifères dont l'être humain ». C'est le septième que l'on connaisse. Parmi les six autres, quatre se contentent de nous donner un rhume et deux sont plus rares, porteurs de maladies sévères comme le SARS qui a sévi en 2003 et le MERS en 2011. Mais il existe des milliers d'autres coronavirus portés par les chauves-souris et qu'on ignore.

Ce qu'on sait du SARS-CoV-2 avec certitude, c'est qu'il ne mute pas de manière alarmante. Il reste peu ou prou le même, continuant sa sale besogne, mais ne se transforme pas en un monstre qui redouble de virulence et deviendrait impossible à contenir. Qu'il se transmet par le biais de gouttelettes respiratoires expulsées par le nez ou par la bouche, gouttelettes qui peuvent se retrouver sur des objets ou des surfaces pendant... un certain temps. Et surtout qu'il peut se transmettre même si la personne infectée ne présente aucun symptôme.

La maladie touche-t-elle ailleurs qu'aux poumons ?

Si le virus ne varie pas énormément, la maladie qu'il transmet, le Covid-19, elle, diffère énormément selon les personnes infectées. Des gens en meurent quand d'autres ne ressentiront aucun mal – de quoi rendre les statistiques difficiles à suivre... Pourquoi ? Cela dépend du nombre de tests qui ont été menés sur un territoire, de l'état de santé préexistant des personnes infectées, de la solidité du service de santé d'un pays et de la société dans laquelle se propage le virus (densité de la population, mœurs sociaux, etc).

Ensuite, on sait que le Covid-19 atteint les poumons et les voies respiratoires. Mais d'autres symptômes sont apparus avec l'épidémie. Le Covid-19 toucherait aussi d'autres organes comme le cœur, les vaisseaux sanguins, les reins, les intestins, jusqu'au système nerveux... Mais s'agit-il vraiment du méfait du virus ou des effets secondaires des soins et traitements administrés ? La question reste ouverte. 
 

Vrais traitements ou faux remèdes ?

A défaut de vaccins, de nombreux traitements voient le jour. Mais ces traitements, s'ils peuvent ralentir le Covid-19, ne font pas de miracle. Nombreux sont validés par les autorités sanitaires dans l'urgence et ils peuvent avoir de sérieux effets secondaires. C'est le cas de la chloroquine qui peut causer de sérieux problèmes de cœur.

Les Etats-Unis viennent de valider le remdesivir, un médicament développé pour contrer Ebola... Sans grand succès. Les résultats sur le Covid-19 seraient encourageants et c'est le géant pharmaceutique américain Gilead qui va le mettre à disposition du public. Problème, il y a peu de stocks. Le médicament est donc particulièrement cher.

Traitement prometteur pour les médecins qui l'ont essayé sur leurs  patients, le tocilizumab est un immunomodulateur employé depuis une dizaine d’années (notamment en Belgique, où il est agréé) dans la prise en charge des cas modérés ou sévères de polyarthrite rhumatoïde, une maladie auto-immune touchant les articulations. Il y en a d'autres, mais la reddition du Covid-19, beaucoup s'accordent là-dessus, ne viendra que d'un vaccin.

Pourquoi les recherches sont-elles si lentes ?

Elles ne le sont pas. Comme le note The Atlantic, « les recherches scientifiques sont moins une parade de grandes découvertes décisives qu'un lent cheminement erratique vers de moins en moins d'incertitudes ». De plus, les recherches sur les coronavirus n'étaient, jusqu'à ce début d'année, pas particulièrement à la mode.

Il y a peu de coronavirologues et le secteur était jusqu'alors sous-financé. C'est ce que dénonçait le directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'étude des coronavirus Bruno Canard dans Le Monde du 29 février : « L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion ».

A quand un vaccin ?

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, au 27 avril, il y avait 79 recherches en cours pour un vaccin, dont sept avaient commencé des essais sur l’homme afin de déterminer s’il provoque des effets secondaires. Parmi ces sept « finalistes », quatre sont situés en Chine, une à l'Université d'Oxford, une aux Etats-Unis, et un autre est un consortium qui regroupe la firme allemande BioNTech, son partenaire chinois Fosun Pharma et la multinationale américaine Pfizer.

Les premiers vaccins pourraient être disponibles d'ici quelques mois. Mais seront-ils efficaces ? Cela met du temps pour s'en assurer. Après la phase 1 décrite ci-dessous (essais sur l'humain), la phase 2 implique l'essai sur une population restreinte, puis la phase 3, sur une population plus ample de 2000 à 5000 personnes.  Autre question : combien de temps un vaccin pourra-t-il nous protéger ?  Bref, le SARS-CoV-2 reste un casse-tête à multiples inconnues.

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