Déconfinement: « la Belgique n'est pas prête »

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L’OMS a établi six conditions à respecter avant d’envisager la relâche des mesures de confinement. Or, les experts estiment qu’elles ne sont pas encore toutes respectées en Belgique.

La première phase de déconfinement commencera bien le 4 mai, a annoncé mercredi la Première ministre Sophie Wilmès. À la veille de ce premier assouplissement, la Belgique est-elle prête? D'après les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le pays n'en fait pas assez, analyse ce mercredi De Morgen. Pour éviter un déconfinement précipité - et donc une deuxième vague -, l'OMS avait en effet défini, mi-avril, six critères à respecter avant de lever les mesures de confinement. Et la Belgique ne remplit pas toutes les conditions. Passage en revue.

Une propagation du virus sous contrôle

Malgré des chiffres encourageants, cette condition n'est pas encore respectée. Le nombre de nouvelles admissions à l'hôpital et de lits occupés en soins intensifs par des patients atteints du Covid-19 sont encore trop élevés. Selon le virologue Marc Van Ranst, pour pouvoir envisager sereinement un déconfinement, le premier devrait passer « sous la barre des 100 par jour », contre 178 ce jeudi, et le second devrait atteindre environ 450 d'ici le 4 mai, contre 769 aujourd'hui.

Capable de tester, localiser et isoler chaque cas

Pour maîtriser cette transmission, il est essentiel de remplir la deuxième condition émise par l'OMS: les systèmes de santé doivent être en mesure de tester, d'isoler et de traiter chaque cas et de retracer chaque contact. Or, en Belgique, ce n'est pas (encore) le cas. « Même si les régions sont en train de s'organiser, on ne sera pas prêts pour le 4 mai », déclare l'épidémiologiste Yves Coppieters, bien que le doute était peu permis. La capacité de dépistage est toutefois en progrès. Alors que le rythme tourne aujourd'hui autour des 15.000 tests quotidiens, le Conseil national a annoncé qu'elle sera portée à 25.000 par jour d'ici le 4 mai, puis à 45.000. « Le problème, c'est que la pleine montée en puissance sera à mon avis quasi après le 18 mai, lorsqu'on sera déjà à la deuxième phase du déconfinement », estime le professeur de santé publique à l'ULB. 

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© BELGA IMAGE / BENOIT DOPPAGNE

En ce qui concerne le « contact tracing », si la théorie est claire, la mise en pratique l'est beaucoup moins. Les experts du GEES ont tiré la sonnette d'alarme pour faire avancer le dossier « pour que les mesures de protection, de testing et de tracing soient opérationnelles le plus rapidement possible. »

Des risques dans les milieux vulnérables minimisés

Parmi ces milieux vulnérables, on retrouve les hôpitaux bien sûr, mais également les maisons de retraite, les prisons et autre collectivité. « Actuellement, il y a une meilleure gestion dans les maisons de repos, mais on ne peut pas dire qu'elle est optimale », déclare Yves Coppieters, estimant que le déconfinement du 11 mai est « un peu trop rapide ». Cette troisième condition de l'OMS est pourtant, selon lui, « capitale ». « Dans les autres collectivité, comme les centres pour personnes en situation de handicap, le testing n'est pas encore généralisé. »

Des mesures préventives implantées dans les lieux essentiels

Vendredi dernier, le Conseil national de sécurité a annoncé une série de mesures préventives liées au déconfinement progressif. Dans les transports en commun, le port du masque est obligatoire. Dans les magasins et les entreprises, la réouverture s'accompagne de conditions strictes. Dans les écoles, un aménagement en profondeur de leur fonctionnement est attendu d’ici le 18 mai. Une tâche compliquée en si peu de temps, selon l'expert. « C'est à chaque pouvoir organisateur ou commune d'être certain que ces mesures puissent être mises en place », ajoute-t-il, conseillant aux écoles de reprendre les cours physiques seulement si elles sont prêtes. 

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© BELGA IMAGE / JAMES ARTHUR GEKIERE

Une bonne gestion du risque de nouveaux cas importés

Les frontières étant fermées, cette condition ne pose pas de problème pour l'instant. L'épidémiologiste pense tout de même qu'il serait judicieux de limiter, comme en France, les déplacements non-obligatoires dans un certain périmètre pour éviter la propagation du virus dans des zones plus épargnées.

Une population informée et mobilisée

Enfin, l'OMS recommande que les communautés soient pleinement éduquées, engagées et habilitées à s’adapter à la « nouvelle norme ». Vendredi, la communication du Conseil national de sécurité a manqué de clarté, pourtant essentielle pour obtenir l'adhésion des citoyens. « Si on arrive à maîtriser la transmission dans les premiers jours du déconfinement, et que l'épidémie n'évolue pas trop vite, les gens auront confiance et vont s'adapter à cette nouvelle normalité », espère Yves Coppieters, rappelant toutefois que la problématique des masques doit être résolue.

La conclusion est claire: « la Belgique n'est pas prête », selon l'expert. Même son de cloche du côté d'Erika Vlieghe, elle-même présidente du Groupe d'experts en charge de la sortie du confinement (GEES), citée par De Morgen. Redoutant le « vrai déconfinement » du 11 mai, le professeur de l'ULB regrette que les politiques n'aient pas écouté davantage les experts sur les délais à respecter entre chaque phase. « C'est une erreur de santé publique. »

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