Dans les maisons de repos, le retour des visiteurs s’organise… au compte-gouttes

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Interdites depuis le 11 mars, les visites aux résidents vont pouvoir reprendre progressivement. Mais moyennant des conditions très strictes : un seul visiteur par famille, des distances de sécurité à respecter, un local dédié et le port du masque obligatoire.

Le mercredi 15 avril, le Conseil National de Sécurité annonçait que les visites en maisons de repos étaient dorénavant autorisées, sous conditions. Risques inconsidérés, manque de concertation avec les acteurs en présence, etc. Sous l’avalanche de critiques qui ont suivi cette décision, le fédéral a dû actionner la marche arrière. Si les visites étaient autorisées, cela ne signifiait pas que tout le monde devait se ruer pour aller dire bonjour à un résident, et de toutes façons, les Régions restaient compétentes pour statuer en dernier ressort, expliquait-on du côté du 16, rue de la Loi pour justifier la mesure. Dans les faits, rien n’a changé et les maisons de repos ou autres établissements d’hébergement et d’accueil agréés ont gardé portes closes.

Elles vont pouvoir progressivement rouvrir. Sans obligation, toutefois. Les circulaires des Régions bruxelloises et wallonnes, émises respectivement fin de la semaine passée et ce mardi, sont en effet très claires : les homes ont la possibilité d’organiser les visites, dès qu’ils se sentent prêts à le faire. Pas question de désorganiser des services qui ont déjà fort à faire et sont tous les jours sur le pont pour combattre l’épidémie ; on estime à plus de 3.800 le nombre de décès dans les maisons de repos, sur un total à ce jour de 7.331 morts en Belgique.

D’abord, tester tout le monde

Pour envisager le retour des visiteurs, il faudra d’abord s’assurer que l’ensemble des résidents et du personnel des 602 structures wallonnes et des 146 bruxelloises ai été testé. Un testing qui a débuté à la fin de la première semaine d’avril et qui est nécessaire pour avoir une idée de l’ampleur de l’épidémie. « Tout le monde a été testé chez nous, explique Laurent Jacquet, directeur du Clair Séjour, à Namur. Jusqu’alors, on avait réussi à passer entre les gouttes. Là il y a trois personnes qui ont été testées positives, mais dans l’ensemble on lutte au mieux pour éviter la propagation du virus. Si cela se confirme, on va pouvoir organiser des visites. Mais attention, par petite dose : pas question d’accueillir 20 personnes par jour. Ça sera plutôt de l’ordre de 5,6 visiteurs journaliers».

Deuxième condition pour la reprise des visites : des ressources suffisantes en personnel. Vu les conditions de travail (manque de masques, absence de tests durant une longue période, etc.) dans certains établissements, l’absentéisme a explosé. « Chez nous, on a eu la chance de n’avoir pratiquement pas de personnel absent. Je tiens d’ailleurs à saluer le courage du personnel, ici comme dans les autres maisons de repos » souligne Laurent Jacquet.

Un visiteur par famille

Impossible de prédire exactement quand les visites reprendront ; cela dépendra du respect des conditions pré-citées, et se fera donc au cas par cas ; il semble néanmoins raisonnable de tabler sur un retour des visiteurs dans le courant du mois de mai. Un retour au compte-goutte, puisque chaque résident pourra choisir de recevoir un seul visiteur. Celui-ci devra remplir une déclaration sur l’honneur, attestant qu’il n’a pas souffert de symptômes covid-19 depuis 14 jours et devra prendre rendez-vous au préalable. Un local spécialement dédié devra être prévu, les distances de sécurité devront être scrupuleusement respectées, tout comme les mesures d’hygiène, lavage et désinfection des mains, etc. Le port du masque sera obligatoire. À Bruxelles, l’établissement ne sera pas dans l’obligation d’en fournir, mais des protections en tissu pourront être mises à disposition des visiteurs « s’ils n’en ont pas ». En Wallonie, le visiteur sera tenu de venir avec son propre masque.

Si ces visites ne manqueront pas de rajouter une dose de travail au personnel et poseront des défis organisationnels, elles n’en seront pas moins, pour certains, l’occasion de respirer et de reprendre, pour la première fois depuis le 11 mars, de vrais contacts avec l’extérieur. « On a essayé de maintenir du lien avec les familles, raconte Pascale Wauters, directrice du home Albert Latour de Schaerbeek. Une start-up nous a offert des smartphones, pour que les résidents puissent appeler leurs proches. Mais bon, après 7 semaines de confinement, il y a des signes de lassitude. Ceci dit, c’est surtout de la part des familles que je reçois des demandes de visites. On va  donc pouvoir les reprendre mais pas à pas, en restant très prudent ».

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