Comment s’organisera la réouverture des commerces?

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Certaines villes prévoient des mesures spécifiques pour encourager le retour des clients dans les magasins, mais l’heure n’est pas à l’optimisme. Les associations de commerçants s’attendent à un retour dans la douleur et se sentent parfois abandonnés par les communes.

Sauf imprévu, le 11 mai devrait marquer une étape importante du déconfinement. Ce jour-là, tous les commerces (sauf ceux de contact et de l’horeca) seront autorisés à réouvrir, du moins si l’épidémie de coronavirus ne repart pas à la hausse.

Pour marquer le coup, plusieurs villes ont déjà pris les devants pour inciter les clients à revenir. Bruges a ainsi décidé de bannir les voitures des rues commerçantes pour que les personnes qui se promènent restent loin de celles qui devront attendre dans les magasins, le nombre de clients étant limité en intérieur. Bruxelles devrait autoriser à marcher sur la chaussée dans le Pentagone et encourager la population à bouger en vélo. Namur enfin piétonnisera aussi la rue de Fer et de l’Ange pendant une semaine et veillera au respect de la distanciation sociale. Pourtant, les commerçants sont loin d’être rassurés.

Namur s’active mais déçoit

Jusqu’à nouvel ordre, Namur est la seule commune francophone à établir un plan spécifique pour le 11 mai. Après avoir été contactées, Liège, Charleroi et Mons n’ont pas fait de déclarations en ce sens. Comeos, qui représente les commerces, devrait d’ailleurs discuter avec les grandes villes pour savoir ce qu’il est possible de faire.

Pourtant, l’Association des commerçants de Namur ne se montre pas rassurée par ce traitement de faveur. « On n’a pas demandé le piétonnier, qui est une initiative de la ville pour éviter que les gens soient trop proches les uns des autres. La commune a l’impression qu’il y aura un déferlement de clients comme on a pu le voir pour les magasins de bricolage et de jardinerie. Mais à mon avis, on n’aura pas ce déferlement-là le 11 mai à cause du climat de crainte sanitaire. La ville a aussi pris l’initiative d’étaler le marché mais nous ne le demandions pas puisque cela coupe l’accessibilité au centre-ville. On aurait préféré qu’il soit réduit. Par contre, nous demandions un parking gratuit au moins jusqu’à la fin de l’année et une levée des taxes communales pendant un an. Tout ce que la commune a accepté de faire, c’est 20 jours de parking sans payer. On en retient que la ville n’a pas vraiment envie de soutenir les commerçants », se désole Gauthier Salpeteur, président de l’Association.

Selon lui, la reprise va être très dure et il n’a toujours pas tous les éléments en main pour savoir comment organiser le retour des commerces. « La commune a prévu de distribuer des masques mais cela ne répond pas à toutes nos questions. Par exemple, je suis opticien mais je n’ai eu aucune instruction pour savoir comment traiter les paires testées par les clients. Comment doit-on désinfecter ? Doit-on mettre du plexiglass sur les comptoirs et une visière ? Il y a beaucoup d’incertitude. Les commerçants vont réouvrir parce qu’ils ont cela dans le sang, mais cela va être compliqué », dit-il.

Les petits commerçants désavantagés

On pourrait aussi croire que tous les commerces vont s’empresser d’accueillir les clients à partir du 11 mai pour combler les pertes des deux mois précédents. Pourtant, ce n’est pas l’opinion de Jean-Luc Vasseur, président de l’ASBL Commerce Liégeois. Que sa commune ne prépare pas de plan comme à Bruges et Namur ne le frappe pas particulièrement. Par contre, il craint que l’on assiste à un jeu inégal entre grandes et petites surfaces.

« Les grandes structures ont la capacité de reprendre leurs activités mais pour les petits commerçants, c’est plus compliqué à cause du coût en personnel supplémentaire, de l’entrée des clients au compte-goutte et qui de toute façon ne devraient pas être bien nombreux… Dans les magasins de textile, il faudra désinfecter les cabines, mettre des habits en quarantaine quand ils seront essayés… A cause de tout cela, je doute sincèrement de la réouverture totale des commerces. Tant que les restaurants et les bars ne sont pas ouverts, les gens vont se méfier de voir certains établissements réouvrir et pas d’autres. Il faut recréer de la confiance », juge Jean-Luc Vasseur.

Enfin, il faut voir ce qu’il en sera de l’apport en matériel sanitaire. « On attend d’avoir les masques, gants, gels en suffisance, mais c’est difficile », reconnaît Franco Cazzetta, président de l’Union des commerçants et artisans de Charleroi. « Pour l’instant, nous n’avons pas ce qu’il faut pour le déconfinement et plus le temps passe, plus on se pose des questions. Si on n’a encore rien la semaine prochaine, on va commencer à s’inquiéter. La ville a promis des masques pour les citoyens mais pour les commerçants, rien n’est prévu et ce n’est pas suffisant », dit-il.

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