Le tocilizumab, « une piste intéressante » pour soigner le coronavirus

Teaser

Ce médicament est jugé efficace pour les patients dans un état grave, selon une étude française dont les premiers résultats ont été publiés ce lundi. Explications.

Dans la recherche d'un traitement contre le coronavirus, la chloroquine et son dérivé, l'hydroxychloroquine, ont beaucoup fait parler d'eux. Ces derniers jours, c'est un autre médicament qui rassemble l'attention médiatique: le tocilizumab.

Des résultats préliminaires, mais encourageants

Habituellement utilisé pour soulager des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, cet immunomodulateur a fait l'objet d'une étude française lancé par l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a publié ce lundi des premiers résultats plutôt encourageants. Le tocilizumab a montré son efficacité pour prévenir une réaction exagérée du système immunitaire, baptisée « orage de cytokine », chez les patients du Covid-19 dans un état grave.

Ce traitement a réduit « significativement » la proportion de patients ayant dû être transférés en réanimation ou décédés, par rapport à ceux ayant reçu un traitement standard, a indiqué l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) dans un communiqué. Il s’agit du « premier essai comparatif par tirage au sort » qui fait la « démonstration d’un bénéfice clinique » de ce traitement chez des malades Covid-19 souffrant d’une infection sévère. Les recherches restent toutefois préliminaires et méritent quelques approfondissements.

Piste exploitée en Belgique

Selon Yves Van Laethem, nouveau porte-parole interfédéral Covid-19, c'est « une piste intéressante aussi exploitée en Belgique ». Déjà enregistré dans le pays « dans des indications totalement différentes que le Covid-19 », le tocilizumab bloque le récepteur d'une protéine du système immunitaire qui joue un rôle important dans le processus inflammatoire, appelée interleukine 6. « On sait que ces agents inflammatoires présentent parfois, lors des réactions massives au virus, une activité explosive », explique l'infectiologue, spécialiste en Médecine interne du CHU Saint-Pierre. Cet emballement appelé « orage de cytokine » aggrave l'état de santé des patients. C'est pourquoi il intéresse beaucoup les chercheurs. En bloquant « cette réaction inflammatoire par des anticorps monoclonaux », comme le tocilizumab, ces derniers espèrent « une diminution de cette réaction d'hyper-inflammation et une amélioration de l'état clinique des patients ».

belgaimage-163447511

© BELGA IMAGE / MIGUEL RIOPA

Avantages et inconvénients

Au total, 129 personnes hospitalisées ont participé à l'étude de l'AP-HP, réparties en deux groupes: le premier de 65 personnes recevant du tocilizumab en plus du traitement habituel ; un second de 64 personnes ne recevant que les soins standard (oxygène, antibiotiques et anticoagulants). Dans les deux cas, il s'agissait de malades du Covid souffrant d'une pneumonie « de sévérité moyenne à grave » et qui avaient besoin d'une assistance en oxygène.

Après 14 jours, un taux significatif de patients (les chiffres n'ont pas été divulgués) n'a pas dû être transféré en réanimation, ne nécessitant ni ventilation ni intubation. Et le nombre de décès était également nettement inférieur dans ce premier groupe. À ce stade, les chercheurs n'ont pas observé plus d'effets secondaires indésirables chez les patients ayant reçu tocilizumab que chez ceux qui ont reçu le traitement habituel. Inconvénient? Son prix. 800€ pour une injection. Mais comme le font remarquer les chercheurs, ce coût, certes élevé, est bien moindre que celui d'une journée d'hospitalisation dans un service de réanimation.

Prudence

Cela ne suffit toutefois pas à conclure la pleine efficacité de ce traitement contre le coronavirus. « Il faudra encore plus de données » pour confirmer cette piste, affirme le professeur, ajoutant que d'autres études sont menées dans différents pays, notamment en Belgique, et que ce médicament est employé au niveau des soins intensifs. Encourageants, les résultats doivent être consolidés. Ils seront publiés dans une revue scientifique d’ici quelques semaines.

Plus de Actu

Les plus lus