Le coronavirus met nos séries préférées en quarantaine

Teaser

À cause de la pandémie, le monde des séries se retrouve complètement bouleversé. Avec quel impact sur long terme?

C'est une première que l'on n'avait pas vu venir. À l'antenne depuis 1973, les Feux de l'Amour, mis à l'arrêt à cause de la pandémie, arrive au bout de ses 11.000 et quelques épisodes. Si, pour celles et ceux qui méprisent ce soap mythique, la nouvelle peut faire sourire, elle révèle surtout l'impact du confinement sur le petit écran et soulève des inquiétudes chez les fans: le coronavirus va-t-il nous priver de nos séries préférées?

Comme le feuilleton de Victor Newman, un nombre incalculable de séries sont au point mort. Confinement oblige, les tournages, d'abord reportés, sont aujourd'hui suspendus pour une durée indéterminée. Parmi les plus connues et attendues, on retrouve la nouvelle série Le Seigneur des anneaux, la quatrième saison de The Handmaid's Tale ou encore la suite des aventures de Donald Glover et de sa bande dans Atlanta. Côté belge, les nouvelles séries Invisible, Pandore et Baraki doivent également attendre la fin de la crise sanitaire pour (re)prendre leurs caméras. Sur le RTBF, les derniers épisodes du feuilleton Plus Belle la Vie sont diffusés cette semaine. Certains montages n'ont pas pu être terminés, comme celui de Grey's Anatomy dont la saison 16 a dû être écourtée. Des sorties de pilote ont été annulées, et d'autres repoussées. Seuls les scénaristes peuvent encore plancher sur de nouvelles intrigues. La RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles a d'ailleurs confirmé la phase II pour trois projets: Arcanes de Michèle Jacob et Benjamin Dessy, Résonance d’Adrien Coster, Céline Schmitz et Anthony Tueni et Ultra de notre collaborateur Jean-Laurent Van Lint, Maïa Descamps et Laurent Brandenbourger. 

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Le tournage de Peaky Blinders a également été suspendu, à la demande du casting.

Grille des programmes chamboulée

Ces interruptions et reports ne sont pas sans conséquence sur le calendrier des séries. « On va vraiment voir l'impact de cette période sur la production à la fin de l'année 2020 et début 2021 », avance Marie Telling dans le dernier épisode de son podcast Peak TV. Il ne faut pas craindre pour autant une pénurie généralisée. Des plateformes comme Netflix, qui propose des productions à la pelle, ne vont probablement pas venir à bout de leur stock. Selon la journaliste française, le géant du streaming pourrait toutefois « retarder la diffusion de certaines séries pour les reporter à l'automne ou à l'hiver, là où il aura moins de productions ».

Les utilisateurs francophones de Netflix ont remarqué un autre impact du confinement, à leur dépens. Les derniers épisodes de leurs séries préférées, comme Riverdale et Outlander, ne sont pas disponibles en version française. La faute au confinement qui met également le monde du doublage à l'arrêt.

Le monde des séries sera-t-il différent?

Les dégâts économiques sont également redoutés. Avec l'Horeca, la culture est l'un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire actuelle. Sans boulot et sans revenus, de nombreux indépendants ne peuvent bénéficier de l'indemnité régionale. Le risque de faillites à terme est également bien réel car « la crise ne s'arrêtera pas avec le déconfinement pour ce secteur qui sera touché durant plus que des mois, des années », expliquait récemment sur le plateau de CQFD la ministre de la Culture Bénédicte Linard.

Pour le podcast Peak TV, spécialiste du petit écran, une chose est sûre: « Tout ce qui se passe en ce moment va clairement changer l'industrie dans les mois qui viennent. Cela va certainement renforcer les inégalités entre plateformes de streaming et les chaînes traditionnelles qui se reposent davantage sur la publicité. Cela pourrait même changer la qualité et le format des séries que l'on va voir, vu que de nombreuses séries sont achetées aujourd'hui sur base d'un simple pitch, sans pilote (...) et donc sans avoir vu leur potentiel en termes de réalisation et de performances. » Pour ne pas prendre de risques, les projets portés par de grands noms vont être encore plus favorisés. « Les créateurs et les entreprises les mieux installés vont sans doute s'en sortir, alors que les petits vont galérer. » Une tendance que l'on observera certainement dans toute l'économie.

Point positif sur le court terme: les chaînes devront diversifier leurs sources d'approvisionnement pour adapter leurs grilles. Attendez-vous à découvrir de belles pépites made in Europe ou de revoir des classiques qui font toujours plaisir!

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La série finlandaise Invisible Heroes, diffusée sur la Trois depuis le 1er avril.

Secteur essentiel

Pour le secteur audiovisuel, la reprise des tournages n'est pas encore à l'ordre du jour. Difficile effectivement d'imaginer des séries et des films avec des acteurs masqués qui respectent les mesures de distanciation sociale. Ironie du sort, pendant que le secteur appréhende ce futur incertain, les gens n'ont jamais autant regardé la télévision.

« Qu'est-ce qui nous fait tous tenir aujourd'hui? C'est la culture. On écoute plus de musique, on regarde plus de séries, on lit plus de livres. Le confinement est plus supportable grâce à la création », déclarait ce matin au micro de la Première Vania Leturcq, co-scénariste et co-réalisatrice de la série Pandore. « De même manière qu'on se rend compte qu'il faut absolument revaloriser nos soins de santé, ce serait peut-être pas mal que cette période nous permette de se rendre compte que la culture n'est pas un loisir, qu'elle est indispensable à la vie de tous. »

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