«Neknomination»: le retour en force d’un jeu à boire pas si anodin

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Ces derniers jours, un défi refait surface sur les réseaux sociaux invitant à boire des shots d’alcool tout en invitant des amis à faire pareil. De quoi recréer du lien social pendant le confinement, mais aussi s’exposer à certains risques sociaux et sanitaires.

Difficile de passer à côté du phénomène sur Facebook : depuis la semaine dernière, de nombreuses personnes se filment en train de faire quatre cul-secs d’affilée avant de nommer quelques amis pour qu’ils en fassent autant. « Si vous ne le faites-pas, vous me devez un resto à la fin du confinement », répètent-ils à la fin de leurs vidéos. Ce défi, le « neknomination », est désormais tout aussi viral que les apéros en ligne.

Dans un article de la DH, l’alcoologue Martin De Duve, responsable d'Univers Santé, s’inquiète du phénomène : « Cela incite à la consommation excessive d'alcool. On en a vu certains qui ont nominé jusqu'à 8 personnes et cela prend quand même des proportions inquiétantes ». « En ce moment, les gens s'ennuient. Et quand on s'ennuie, je ne dis pas ça méchamment, mais on fait des conneries », renchérit son confrère Thomas Orban. Alors, doit-on craindre les conséquences de ce défi ? Et si oui, dans quelle mesure ?

L’envie de boire un verre avec ses amis

Très clairement, le confinement joue un rôle-clé dans le retour du neknomination, phénomène resté cantonné aux années 2014-2015. « On est dans une situation où toutes les personnes qui retrouvaient leurs connaissances dans les bars et cafés n’ont plus l’occasion de se voir. Elles essayent donc de trouver d’autres occupations et occasions de consommation sociale. Au début du confinement, les apéros en ligne ont eu pas mal de succès et maintenant, on a le neknomination. Quand on voit l’importance de l’alcool dans les rapports sociaux en Belgique, ce n’est pas étonnant de voir cela », remarque Pierre Maurage, professeur de psychologie à l’UCLouvain dont l’étude sur la consommation d’alcool des Belges pendant le confinement sera dévoilée demain dans Moustique.

Mais ce que pointe ce dernier, c’est surtout la différence de perspective entre le phénomène actuel et celui du milieu des années 2010. Selon lui, on n’est plus dans un cadre principalement limité à des jeunes cherchant à atteindre une forme avancée d’ivresse via un défi provocateur. Si le principe reste plus ou moins le même, la logique est différente. « Je ne dirais pas ici que le phénomène est banal mais l’objectif n’est pas à mon sens d’être complètement ivre face à la caméra. Le but est de renouer le contact via l’alcool qui est un facilitateur social et cela touche toutes les générations. La preuve : c’est ce défi-là qui émerge plus que les autres », note Pierre Maurage.

Une drogue qui a tendance à se faire oublier

D’un certain point de vue, le neknomination permettrait donc de se retrouver et serait positif. Et si boire quatre verres, c’est déjà de trop, cela ne poserait pas de gros problèmes sanitaires si tout le monde ne relevait le challenge qu’une seule fois selon Pierre Maurage, même s’il préfèrerait évidemment qu’il ne soit pas nécessaire de passer par l’alcool pour créer du lien social. Cela ne l’empêche pas de dire que ce défi peut avoir des conséquences néfastes.

« Le fond du problème est plutôt que l’alcool est survalorisé dans la société. Cela ne semble ainsi pas choquant pour certains de se montrer devant des enfants en train de faire des cul-secs. Il est inquiétant de voir qu’on leur inculque l’idée que pour créer du lien social, il faut de l’alcool. On peut aussi craindre pour ceux qui ont déjà une consommation intense. Le risque est alors de verser dans le binge-drinking ou dans des excès avec des conséquences négatives à court terme. Il faut rappeler que l’alcool est une drogue avec des conséquences nocives, même si c’est accepté par la société », conclut-il.

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