Combien de soignants sont réellement morts du Covid-19?

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Parmi les 7.207 décès recensés en Belgique figurent également des soignants, tombés en combattant le coronavirus. Leur nombre exact est toutefois introuvable.

En première ligne dans la lutte contre le coronavirus, applaudi chaque soir à 20h, le personnel soignant prend des risques, jour après jour, pour soigner et sauver des vies. Parfois au péril de la leur. Combien de héros sont morts au combat? Personne ne le sait. Aucune liste ne recense ces médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers emportés par le Covid-19, dans l’exercice de leur fonction.

« Les institutions de soins nous envoient chaque jour un rapport sur le nombre de personnes décédées, avec des données obligatoires à fournir et la profession n'en est pas une », explique Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé Publique pour justifier une telle absence, avant de rassurer les citoyens: « Très peu de soignants meurent du coronavirus. Ces décès sont dramatiques, mais ils sont très rares. Ce qui est assez logique puisque la grande majorité des décès concernent les personnes de 65 ans et plus. »

« Pour ne pas mourir en silence »

Pour le secteur, cette liste serait toutefois importante. « Pour ne pas mourir dans le silence », confie le collectif La santé en lutte, qui en appelle à la responsabilité des autorités. « On s'expose à des risques, on le sait, mais il faut aussi que ces risques soient diminués à leur maximum. On voit bien que ce n'est pas le cas » à cause de la pénurie des EPI (équipements de protection individuelle) et du matériel inadéquat.

Le SPF Santé Publique ne rejette pas cette critique, mais pointe la marginalité de ces décès, quitte à se répéter. « S'il y avait eu une épidémie de décès au sein du personnel soignant, c'est clair qu'on y aurait porté une attention particulière », lance la porte-parole qui veut éviter de tomber dans « le catastrophisme ». « Les hôpitaux auraient eux-mêmes réagi aussi. » « Nous n'avons pas de chiffres catastrophiques, mais cela n'empêche qu'il faut faire la lumière sur ces décès », martèle le collectif qui dénonce sans relâche les coupes budgétaires et la détérioration de nos systèmes de santé. Pour lui, l'Etat est tout à fait capable de dégager ce type de statistiques, tout en respectant la vie privée. « Je ne pense pas qu'il y ait un frein. C'est une volonté », explique l'un de ses membres, citant l'appel du Conseil international des infirmières à répertorier « avec précision » le nombre de soignants infectés et décédés du coronavirus.

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© BELGA IMAGE / Aris Oikonomou

Cette reconnaissance serait la moindre des choses pour ces personnes qui ont sacrifié leur vie en voulant sauver celles des autres, parfois leurs amis ou leurs collègues. « C'est très dur. Aux soins intensifs, encore aujourd'hui, nous avons des collègues sous circulation extracorporelle, sous respirateur. Nous devons soigner ces gens que l'on connaît, dont le pronostic est nettement engagé. Il y a une ambiance morbide terrible. Des collègues finissent leur shift en pleurant, dans l'incapacité de décompresser avec des amis ou de la famille. Ce n'est pas seulement le décès de ces soignants en première ligne », c'est aussi la perte de collègues qu'ils n'ont pas pu sauver. 

Aux martyrs oubliés de la pandémie

Pour honorer ces soldats inconnus, nous avons tenté de dresser une liste, non-exhaustive, de ces soignants morts sur le front de l'épidémie. Le monde médical belge compte au moins huit décès parmi ses « troupes ». En réalité, ce chiffre pourrait être supérieur.

Isaura Castermans avait 30 ans. La mort de cette infirmière, première victime recensée dans les médias au sein du personnel médical, avait ému la Belgique entière. Originaire de Zutendaal, dans le Limbourg, cette jeune femme sportive et sans antécédents médicaux travaillait à la maison de repos Prince Park Residence à Genk.

Luc Couvreur, 74 ans, s'apprêtait lui, après près de 50 ans de carrière, à prendre sa retraite. Une semaine avant la fermeture de son cabinet à Lendelede, en Flandre-Occidentale, ce médecin généraliste a développé des symptômes du Covid-19, avant de succomber à la maladie.

Murtaza Mawji, 69 ans, travaillait depuis 25 ans à l’hôpital Ambroise Paré au service Shape Liaison. Le sexagénaire accompagnait les Shapiens et servait de traducteur durant leur hospitalisation. « Un être exceptionnel », souriant et plein d'humour d'après ses collègues. 

Françoise Soamaro avait 49 ans. D’origine malgache, elle travaillait en tant qu'infirmière au sein du home Saint-Nicolas, à Enghien. Affaiblie par d'autres problèmes de santé, elle s’est éteinte ce 7 avril, peu de temps avant son anniversaire.

Marc Lemmens, mieux connu sous le prénom de Marco, était coursier à l’hôpital du Bois de l’Abbaye, à Seraing. Il avait 56 ans.

Une aide-soignante de la Maison de Repos du Val des Roses, à Forest, est également décédée du coronavirus. Âgée de 56 ans, elle travaillait depuis 2014 dans une unité de soins pour personnes âgées désorientées.

Alain Vandenhove était chef du service anesthésie au CHC Sainte-Elisabeth de Heusy (Verviers). Âgé de 65 ans, le docteur était « quelqu’un d’ouvert, de direct, de franc, qui n’avait pas peur de défendre les intérêts des médecins », selon ses collègues.

Carmen était une infirmière aux Cliniques Universitaires Saint Luc à Bruxelles. Comme tous les autres, sa disparition a suscité un vif émoi dans l'hôpital, et sur les réseaux sociaux. « Chaque décès est un décès de trop, chaque décès de soignante ou de soignant est source non seulement de tristesse mais aussi de colère », a confié l’administrateur-délégué Renaud Mazy.

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