Déconfinement : l’OMS met en garde contre le « passeport immunitaire »

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Alors que plusieurs pays pensent à délivrer des attestations d’immunité sur base de tests sérologiques, l’Organisation Mondiale de la Santé rappelle qu’il n’existe pour l’instant aucune preuve qu’un patient guéri du Covid-19 soit protégé d’une nouvelle contamination. D’autant que la fiabilité des tests n’est pas encore garantie à 100%.

Plusieurs pays, dont le Chili et l’Allemagne, ont évoqué l’idée de baser leur stratégie de déconfinement sur la délivrance d’un « passeport immunitaire ». Celui-ci serait établi à partir d’un test sérologique. Le principe ? Via une prise de sang, la présence d’anticorps est mesurée chez le patient. En effet, un système immunitaire suffisamment fort produit des anticorps lors d’une infection. Ces anticorps sont alors susceptibles d’empêcher une nouvelle infection. Délivrer un « passeport immunitaire » à un patient serait donc une manière de garantir qu’il est protégé d’une nouvelle contamination au Covid-19 et qu’il peut reprendre le cours de sa vie normale.

Voilà pour la théorie. Sauf qu’en pratique, l’OMS a mis en garde vendredi 24 avril contre cette idée de « passeport immunitaire ». Selon l’organisation, « il n’existe pas d’éléments suffisants » pour évaluer la fiabilité de ces passeports. En l’état, l’utilisation d’une telle mesure ferait pire que bien, puisque des personnes se pensant à tort « immunisées » pourraient ignorer les consignes sanitaires et participer à l’expansion de la pandémie.

Pas de consensus scientifique

« La plupart des études montrent que les personnes qui ont guéri [du Covid-19] ont développé des anticorps, a expliqué l’OMS. Mais certaines de ces personnes ont des niveaux très faibles d’anticorps dans le sang (…) Aucune étude n’a permis d’établir si la présence d’anticorps est suffisante pour empêcher une nouvelle infection ». À ce jour, il n’existe pas de consensus scientifique pour affirmer qu’un patient guéri du Covid-19 soit immunisé contre une nouvelle contamination. Si immunisation il y a, on ne sait pas non plus si elle est permanente ou combien de temps elle dure.

 Autre problème : la fiabilité des tests sérologiques censés mesurer l’immunité n’est pas garantie à 100%. Des « faux-négatifs » sont possibles, c’est-à-dire des personnes ayant développé des anticorps qui ne sont pas détectés lors du test. Même chose pour les « faux positifs » : « Il existe aussi des coronavirus assez banals et qui ne causent pas de maladies graves, a expliqué à l’AFP Matthias Orth, membre du directoire de la Fédération allemande des médecins biologistes (BDL). Cela pourrait également « biaiser le résultat ».

Des tests plus fiables devraient être mis au point dans les prochaines semaines.  Mais même à ce moment-là, « nous ne saurons toujours pas si un résultat positif signifie vraiment une protection contre la maladie, ni combien de temps cette protection durera », a rappelé une porte-parole de l'OMS à l'AFP.

4,3% de personnes immunisées en Belgique ? 

Reste que mesurer l’immunité acquise par une population est un enjeu important du déconfinement et de la lutte contre la pandémie. En ligne de mire : les fameux 60% de personnes ayant contractées la maladie, qui constituent le seuil généralement admis par les scientifiques pour parler d’immunité collective. C’est le moment où on considère que les chaines de transmission de l’épidémie sont cassées, et que faute d’assez de nouvelles personnes à contaminer, la maladie disparaît ou en tout cas diminue drastiquement. En Belgique, on en est encore loin. 

Selon les résultats d’une étude de Sciensano publiés ce samedi, 4,3% de la population belge aurait développé des anticorps contre le coronavirus en date du 14 avril. Même dans l’hypothèse où ces 4,3% de la population seraient immunisés contre une nouvelle infection, il reste donc du chemin avant d’arriver à l’immunité collective. 

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