Les compagnies aériennes en plein trou d’air

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Les nombreuses incertitudes liées au confinement pèsent sur les épaules des compagnies aériennes. D’autant que que Ryanair joue les trouble-fêtes avec ses déclarations qui déconcertent les professionnels du secteur. Quelles seront les conséquences sur les employés et les voyageurs ?

Le ciel est sombre au-dessus des géants de l’aérien. Le confinement a porté un sérieux coup sur leurs stabilité financière alors que jusque mars 2020, l’avenir semblait leur sourire. Alors que le secteur tablait sur une croissance de 3 à 4% par an durant une vingtaine d’année, l’effondrement de 80% du trafic en avril le met grandement en danger. Bertrand Mouly-Aigrot, expert du cabinet Archery Strategy Consulting, estime qu’il faudra 3 ou 4 ans pour que les compagnies se rétablissent et une dizaine d’années pour retrouver la croissance. Une bonne chose pour le climat, mais pas de quoi rassurer les syndicats du transport aérien.

Le spectre des faillites et des licenciements

La question centrale à toute discussion sur le sujet, c’est celle des aides données aux compagnies aériennes. De là dépendra toutes les conséquences sur le personnel et les passagers, que ce soit à propos d’éventuels licenciements ou du prix des billets pour les voyageurs. Fin mars, l’Association internationale du transport aérien (Iata) a réclamé une aide rapide des États pour éviter des faillites et ce par tous les moyens possibles, même via des nationalisations.

"Le gouvernement est bien conscient du fait que l’aérien est un des moteurs de l’économie du pays et a besoin d’aides. Pour l’instant, on sait que Lufthansa et le gouvernement belge sont en train de négocier pour Brussels Airlines mais il est normal que cela prenne du temps. Les incertitudes sur le déconfinement et la réouverture des frontières sont trop grandes", décrit Filip Lemberechts, secrétaire permanent pour le syndicat libéral CGSLB.

"On parle d’une reprise du travail début juin mais ce n’est pas sûr. Je pense qu’au départ, il n’y aura que certaines lignes d’ouvertes. Cette incertitude fait craindre des licenciements. Et qu’est-ce qui se passera si la reprise ne se fait pas le 30 juin, date de fin du chômage temporaire des employés ? Tout relève de l’expectative", s’inquiète Yves Lambot, secrétaire permanent de la CNE.

Autre sujet de préoccupation : certaines voix, comme celle de Jean Collard, consultant en aéronautique pour la société Whitestone Investments, s’élèvent pour ne pas aider certaines compagnies qui ne seraient pas viables à long terme et donc condamnées de toute façon à disparaître. C’est le cas d’Alitalia.

Ryanair sur le pied de guerre

Au milieu de ce marasme, une voix détonne : celle du patron de Ryanair, Michael O’Leary. Selon lui, l’envie de voyager fera revenir rapidement les clients et il se tient prêt à relancer la guerre des prix avec les compagnies traditionnelles, plus fragilisées par la crise. "Personnellement, je ne m’attends pas à un retour rapide des voyageurs. Tout va dépendre de la capacité de la population à reprendre l’avion. Il y aura des mesures de distanciation et de sécurité sanitaire avec des gants et des masques, des contrôles plus importants, etc", estime Yves Lambot qui met aussi en doute une baisse du prix des tickets. Tout comme Filip Lamberechts, il reste néanmoins prudent sur ces points : impossible de prévoir ce qu’il va vraiment se passer.

Ce jeudi 24 avril, nouveau pavé dans la marre. Michael O’Leary menace de contester en justice le choix des États européens qui concentrent leurs efforts sur leurs compagnies nationales, choix qui serait au désavantage de Ryanair. Problème : s’il passe à l’action, toute aide sera retardée, alors que la situation presse. "Ce que Ryanair veut, c’est que les autres s’écroulent et s'il conteste, cela prendra du temps. Il y a quelques compagnies comme Ryanair et EasyJet qui ont les reins solides mais en-dehors de cela, la situation est précaire. Si certains font faillite, Ryanair pourrait même en profiter pour racheter des avions à bas prix. Mais d’ici là, on ne sait pas ce qui va vraiment se passer", conclut prudemment Yves Lambot.

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