Les élèves en difficulté scolaire, grandes victimes de la crise sanitaire

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Le confinement plonge les enfants qui ont déjà du mal à l’école dans une spirale infernale. Les risques d’échec, voire de décrochage scolaire, s’en retrouvent démultipliés à cause de toute une série de facteurs sociaux. Des associations appellent à des mesures rapides afin de faire face à la situation.

Ce sont les laissés pour compte du confinement. En temps normal, certains élèves accumulent déjà les difficultés à suivre le rythme d’apprentissage de leurs camarades et ne bénéficient souvent pas des soutiens nécessaires pour réussir facilement à l’école. Ils vivent parfois dans des situations précaires, avec des parents dans l’impossibilité de les aider efficacement, et l’école n’arrive pas à combler le fossé des inégalités sociales qui se creusent. Avec la situation actuelle, tous ces écueils sont démultipliés, au point de mettre leur avenir en péril.

Des problèmes qui s’accumulent

Il faut noter que le confinement affecte de manière très différente les élèves en fonction de leurs écoles. « Évidemment, les écoles avec un indice socio-économique plus faible doivent faire face à des défis beaucoup plus grands. Les autres ont non seulement les moyens pour aider les élèves mais ces derniers ont à la base tout ce qu’il faut. La fracture sociale se retrouve là », fait remarquer Fred Mawet, secrétaire générale du CGé (Changements pour l’Egalité).

Les aides gouvernementales pour aider les élèves qui manquent par exemple de matériel informatique, notamment avec la mise à disposition de 1.000 ordinateurs, ne suffisent pas. « La Ministre a bien dit que ces ordinateurs n’étaient qu’une goutte d’eau. D’autre part, les écoles sont censées fournir les documents sur papier si les parents ne peuvent pas les imprimer. Malheureusement, ce n’est pas le cas partout », observe Claude Prignon, ancien enseignant et directeur d’école, membre du CGé, qui constate que cela pose des soucis supplémentaires aux enfants.

Ce dernier fait par ailleurs remarquer que les élèves de l’enseignement spécialisé sont encore plus démunis face aux défis que pose le confinement : « La majorité de ces enfants proviennent des familles les plus fragiles. La crise renforce donc encore des problèmes déjà bien présents ».

Julie Collée, une logopède qui travaille avec des élèves dyslexiques et dyscalculiques, se trouve assez démunie face à cette situation : « Il est très difficile de leur donner un soutien efficace. On essaye de les contacter mais que faire s’ils n’ont pas les moyens informatiques de communiquer avec nous ? On leur envoie des documents par la poste mais cela prend parfois 10 jours pour que cela leur parvienne ».

Réagir vite et bien

Face à autant de défis, des pistes de solutions sont mises sur la table par ces acteurs pour soulager la charge qui pèse sur ces élèves en difficulté. Selon Julie Collée, il faut déjà adapter les évaluations. « Ce point est d’autant plus important que lorsque ces élèves ne travaillent pas pendant longtemps, ils ont vraiment du mal à s’y remettre ».

Claude Prignon souligne quant à lui l’importance du lien entre le professeur et l’élève : « Il faut absolument qu’il soit assuré, que ce soit par écrit ou par voie électronique, de façon poussée et quotidienne. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Il y a même des écoles du devoir qui interviennent pour rappeler aux écoles la nécessité de ce lien. D’autre part, si des professeurs voient des nouvelles matières pendant le confinement, ce qui est en théorie interdit, il faut que les parents et les réseaux interpellent les écoles pour le signaler ».

De côté du CGé, outre des initiatives comme un soutien de traduction pour les parents étrangers, on appelle à un changement de paradigme éducatif pour que les professeurs se concentrent sur leurs élèves en difficulté. « On demande à profiter de cette période, marquée par la hausse des inégalités scolaires, pour mettre en place de nouvelles méthodes d’enseignement afin d’assurer que tous les élèves du tronc commun aient bien les mêmes savoirs », explique Fred Mawet.

Un exemple très concret de ce changement pourrait se marquer selon Fred Mawet dès le déconfinement. « Au lieu de faire une rentrée par année scolaire précise, on pourrait faire revenir prioritairement ceux qui ont besoin d’un travail pédagogique. Cela permettrait à tout le monde d’avoir les acquis nécessaires. Il faut penser autrement, mais c’est possible. Et à ceux qui diraient que ce traitement ne serait pas juste pour ceux qui ne rentreraient pas, je répondrais que cela est juste destiné à rétablir la justice sociale. Parce qu’à côté de cela, on a déjà des parents qui sont disponibles, qui ont les outils socio-culturels pour aider leurs enfants et qui vont plus loin dans les enseignements demandés. Il ne faudrait pas trop arroser là où c’est déjà mouillé », conclut-elle.

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