Ces asymptomatiques qui vous entourent

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Pas moins de 40% des personnes infectées par le Coronavirus pourraient n'en présenter aucun signe extérieur. Le risque de contagion reste toutefois bien réel.

Voilà déjà quelques semaines que la petite commune nord-italienne de Vò joue le rôle de laboratoire grandeur nature face au Coronavirus. Les 3.000 habitants du premier village de Vénétie placé en zone rouge et isolé du reste du monde font l'objet de différents tests et études. L'une d'elles vient de recenser de manière extrêmement précise le pourcentage d'asymptomatiques. Il s'agit des personnes infectées, mais qui ne présentent aucun symptôme et ignorent donc même être porteurs du virus. Pour les chercheurs impliqués, cette proportion dépasse la barre des 40%. Des chiffres bientôt relayés dans une revue scientifique et dont le quotidien De Standaard s'est fait ce mardi l'écho. Le journal flamand précise qu'une grande partie de ces asymptomatiques a été libéré, entre le début et la fin de l'étude, dudit virus. Le chiffre relativement élevé rappelle évidemment le besoin pour la population de disposer de masques en quantité suffisante lors de la période de déconfinement qui s'annonce. Moustique a demandé à trois experts leur avis sur l'étude italienne et les enseignements à tirer.

Besoin d'études à grande échelle

Spécialiste en maladies virales à ULiège, Michel Moutschen soigne chaque semaine des patients. Il explique que les dernières études sur la question avaient plutôt tendance à évoquer une proportion de 30%. « Ce qu'on disait depuis quelques semaines, c'était qu'environ 30% des gens font cette infection de manière totalement asymptomatique. Bon ici, ils parlent de 40%. Chaque étude a ses petites variations ». Professeur au Louvain Institute of Biomolecular Science and Technology de l'UCLouvain, David Alsteens rappelle pour sa part que les chiffres varient selon différents critères, dont l'âge de la population :« C'est encore compliqué de s'arrêter sur des chiffres, car l'étude est faite ici par exemple sur un petit nombre de personnes. Avant de donner des chiffres, il faut des études plus larges. Et cela dépend aussi de la population, de différents facteurs comme l'âge. Mais c’est probable que le nombre d'asymptomatiques soit assez élevé ». Cet observateur averti des virus point en tout cas un des challenges à venir : s'accorder sur la définition précise d'un asymptomatique. « A partir de quand l'est-on ou ne l'est-on pas ? Il faut aussi mettre une limite à cette catégorie de personnes, car certaines personnes ont aussi des petits symptômes. Doivent-ils compter ? La différence est parfois assez ténue ».

Un public parfois hautement contagieux

Cette proportion élevée de 30 à 40% montre en tout cas la nécessité d'observer strictement les mesures de distanciation sociale. De nombreux asymptomatiques sont en effet hautement contagieux, explique Michel Moutschen. « Sur 100 personnes, 30 n'auront  jamais aucun symptôme du tout et 30 autres présenteront les symptômes deux ou trois jours plus tard. Or, chez ces personnes, la contagion sera probablement plus forte, car ils disposent d'une plus grande quantité de virus dans leurs voies circulatoires ». Pour l'entourage des asymptomatiques sur le point d'être malades, les deux à trois jours qui précèdent l'apparition des symptômes s'avèrent donc une période à risques particulièrement élevée.

Réinfection et immunauté : on sait qu'on... ne sait rien

Quoi qu’il en soit, rien ne permet d'affirmer aujourd'hui qu'une personne libérée du Coronavirus ne puisse pas le recontracter ou le transmettre, explique Nathalie Jacobs, qui enseigne la virologie et l'épidémiologie à ULiège. « C'est encore un nouveau virus et on ne peut donc pas encore le savoir. L'épidémie du virus le plus proche, c'est-à-dire le SRAS, s'est arrêté assez vite et on ne dispose donc pas d'études à très long terme. On sait qu'il y a des anticorps neutralisants produits chez certains patients, mais c'est tout. Il faut savoir être patient pour voir s'il y a des réinfections », souligne l'enseignante. Les scientifiques ne savent pas si certaines personnes ont été réinfectées ou si le virus n'avait pas en fait complètement disparu. « Dans plusieurs études, chez certains patients, on a détecté le virus, puis plus détecté, puis à nouveau. Il y a des tas d'hypothèses. Est-ce qu'on avait bien fait les prélèvements ? Et puis il y a encore une marge entre le fait qu'on détecte le génome du virus avec les tests réalisés actuellement, mais ça ne veut pas dire qu'on détecte la particule infectieuse au complet, qui, elle, pourrait être transmise ». Les 30 à 40% d'asymptomatiques restent donc jusqu'à preuve du contraire une source d'infection aussi invisible qu'importante.

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