Prix du pétrole négatif aux USA : pas de raison de s’inquiéter

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Le prix du baril de pétrole est descendu sous zéro lundi. Ce fait inédit inquiète beaucoup et fait craindre le début d'une crise économique. Pourtant, selon les économistes, il n'y a pas de raison d'imaginer le pire  

 

Ce lundi, l’économie mondiale a été témoin d’un fait exceptionnel : le prix du baril de pétrole WTI, le standard américain, est passé sous zéro, jusqu’à -37$ pour un baril. Il est remonté en positif depuis, mais tout de même, la chose reste inédite.

Une chute des prix qui en inquiète plus d’un, certains y voyant même le début d’une crise économique.

Pourtant, à écouter les économistes, il n’y a pas de quoi s’alarmer. D’ailleurs, chez nous, le baril de pétrole Brent, le standard européen, tourne autour des 20$.

« La baisse du prix du pétrole dépend de deux facteurs », détaille Bertrand Candelon, professeur à la Louvain School of Management et membre de l'Economic Risk Management Group, groupe d'experts fédéral. « D’abord, des tensions au Moyen-Orient. Il y a eu une mésentente entre la Russie et l’Arabie Saoudite il y a un mois. S’en est suivi une guerre des prix entre les deux. Ensuite, évidemment, la crise actuelle. Les industries sont bloquées, notamment en Chine depuis un mois. Il y a moins de demande énergétique, donc l’offre augmente et le prix baisse. »

Mais comment expliquer un prix en négatif aux Etats-Unis ? C’est très simple : on ne sait plus où mettre ces barils. « Les Etats-Unis sont un des plus gros producteurs. Vu qu’ils vendent moins, tous les stocks sont remplis et le stockage, cela à un coût, ce qui explique ce prix assez extraordinaire. De mémoire, ça n’est jamais arrivé. »


Pas de crise en vue

Un prix en négatif, le symbole d’une crise à venir ? Peut-on déduire quelque chose de cet événement hors du commun ? « Non, c’est juste la traduction du fait que l’économie est plus qu’au ralenti », répond Etienne de Callataÿ. « Une conséquence des difficultés économique, mais pas une cause. »

Pour cet économiste et professeur à l’UNamur, cette baisse est même « paradoxalement une bonne chose ». « C’est une bonne nouvelle pour l’économie mondiale. Une mauvaise pour les gens qui vendent du pétrole, mais une bonne pour ceux qui achètent. L’argent est mieux dans les poches des ménages moyens que dans les poches des actionnaires de grosses entreprises, parce que les ménages ont une plus grande propension à consommer. C’est donc mieux pour la consommation d’un point de vue économique, surtout dans le contexte actuel. »

Selon Bertrand Candelon, le pétrole devrait revenir à son prix habituel après cette crise sanitaire. « Quand l’économie va reprendre, les prix devraient augmenter fortement puis revenir à ceux que l’on a connu. D’après les scénarios de reprise en 2021, on devrait revenir à une croissance qui va compenser plus moins la baisse de cette année. Et la demande de l’industrie sera donc plus importante. »

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