Comment Sophie Wilmès prend soin de la Belgique

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Sophie Wilmès doit annoncer ce vendredi les décisions du conseil national de sécurité. Son état de grâce s’est un peu fissuré ces derniers jours. Mais elle tient bon. On vous emmène dans les coulisses de la Première ministre.

Ses cheveux s’allongent et des cernes se creusent sous ses yeux. Ce vendredi, entourée des ministres-présidents wallons et flamands, Sophie Wilmès dira la grand-messe nationale, dans la foulée du conseil national de sécurité. Toute la Belgique confinée sera suspendue à ses lèvres. On scrutera ses gestes, on pèsera ses mots. Il lui faudra les épaules bien larges pour assumer des décisions qui, quelles qu’elles soient, seront douloureuses. Cette première ministre tout droit sortie d’un roman de la Comtesse de Ségur s’est élevée dans les cœurs des Belges aux premières heures de la crise. On la saluait de toutes parts. Elle était tellement la femme de la situation. On reprenait en cœur son couplet “ prenez soin de vous et des autres ” tellement plus appropriés que le “ nous sommes en guerre ” façon Macron.

Mais l’état de grâce n’a pas duré. Sa dernière conférence de presse a moins convaincu. Certains ont pouffé d’indignation de la voir essuyer son nez dans un mouchoir en tissu aussitôt repoussé dans sa manche. Geste maladroit en ces temps sanitaires. Mais c’est surtout cette annonce sur la possibilité de visites dans les maisons de repos qui a fait trébucher la belle unanimité. Sophie Wilmès tenait les cordons de la Belgique fédérale. Mais la Belgique fédérale est venue lui rappeler qu’elle était faite de dissensions. Les ministres-présidents Di Rupo et Jambon avaient acquiescé à la mesure qui se voulait humaine pour les résidents des maisons de repos. Les ministres régionaux, Wouter Beke en tête, ont sursauté tant elle n'était pas praticable.

Une première de classe

La voici fragilisée sur le plan politique. Mais nullement ébranlée pour autant. Son mental est trempé dans l’acier et son cœur bat à l’unisson de ce qu’elle considère comme sa mission. “ Elle concerte sans arrêt. Elle ne décide rien sans être briefée. Elle est très sensible aux personnes âgées. Elle est très empathique. Elle a toujours été très proche des gens. Elle ne changera pas. Et les états de grâce, au fond, ce sont des montagnes russes ”, dit-on dans son entourage.

Elle n’a rien de martial. Ni ce vendredi ni jamais, on ne l’entendra s’emporter dans de grands discours stratosphériques avec des envolées lyriques comme le président français Emmanuel Macron peut le faire. Ne lui dites pas non plus qu’elle serait maternante. Pour elle, son genre est sans influence sur la femme politique de grand format qu’elle vise à être. Sa façon à elle de gérer est terre à terre, rationnelle et structurée avec un côté “ première de classe ” qui peut charmer comme agacer.

Moins populaire en Flandre que côté francophone, on reproche son invisibilité médiatique à cette parfaite bilingue, pourtant. Elle tente, depuis, d’équilibrer ses apparitions. Le président des nationalistes ne l’entend pourtant pas de cette oreille, lui que la crise a quelque peu relégué dans l’ombre. Bart De Wever verrait bien s’organiser en juin des élections pour avoir enfin un “ vrai ” gouvernement. Illusion. La France avec l’organisation de ses élections municipales alors que le coronavirus se propageait en a eu pour ses frais. De nouveaux élus de ce triste scrutin ne sont plus là pour en parler.

 Elle prend à peine l'air

Sophie Wilmès tient bon, comme la population. Enfourcher sa bicyclette avec ses trois filles, Victoria, Charlotte et Elizabeth, ainsi que Jonathan, le fils de son mari australien est son loisir favori, en temps normal. Sa bouffée d’oxygène est même de pédaler seule. Elle s’en passe. Tout au plus prend-elle l’air dans le Parc royal en face de son bureau quelques minutes une ou deux fois par semaine. Elle retournera faire du vélo quand tous les Belges le pourront eux aussi. Pour l’heure, ses journées démarrent à 6 heures et se terminent à 23 heures.

Elle n’a pu se confiner dans sa maison en périphérie bruxelloise, à Rhode-Saint-Genèse. Mais elle travaille tout de même chez elle une partie de ses journées. Elle assure mener un maximum de réunions en vidéo conférence, via Webex. Les comités de concertation et les “ super Kern ” (ces conseils ministériels élargis aux dix partis qui la soutiennent) se font en ligne. Le Conseil national de sécurité se déroule, lui, plutôt au Palais d’Egmont qui offre de grandes salles aérées. Puisse ce lieu être plus judicieux et apaisé qu’il ne le fut par le passé. En mai 1977 le Pacte d’Egmont, un accord visant à régler le contentieux communautaire en Belgique, y était négocié. Mais à la suite d’une crise politique, il ne fut jamais mis en œuvre.

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