De quels pays dépend la Belgique et pour quels produits ?

Teaser

La pénurie de masques a rappelé que la dépendance internationale pouvait poser problème. Cela ne signifie pas qu'il faille renoncer aux importations et exportations. À condition de le faire intelligemment.

On se souviendra longtemps du fiasco de la pénurie de masques. Pour que ça ne se reproduise plus, les autorités encouragent déjà le retour de cette industrie en Belgique. L'entreprise Deltrian lancera sa production fin mai à Fleurus. En Flandre, deux entreprises – Van Heurck et ECA – se mettront bientôt à produire des masques. Mais la Belgique dépend de l'étranger pour bien d'autres produits. L'an dernier, on en a importé pour 380 milliards d'euros alors qu'en l'an 2000, L'Agence du commerce extérieure (ACE) enregistrait 192 milliards d'euros de dépenses (ce qui représenterait 255 milliards aujourd'hui si on tient compte de l'inflation).

Au fil des années, non seulement notre pays importe donc plus, mais il importe également des produits différents à des partenaires différents. Les premiers interlocuteurs belges restent de très loin les Européens. Ce qui ne pose pas pratiquement pas de questions. La Belgique échange tout de même avec les autres continents, surtout les USA. Le Royaume a en outre importé l'an dernier pour quatre fois plus cher – toute inflation considérée – qu'il y a vingt ans depuis la Chine, soit près de 17 milliards d'euros de produits. On parle surtout de produits chimiques dont les médicaments, des produits minéraux, des métaux, plastiques, tissus et équipements en tout genre.

Tout le monde gagne à la fin ?

Ces partenariats commerciaux permettent à la Belgique, d'une part, de faire des économies d'échelle grâce à de la main-d'œuvre bon marché et, d'autre part, d'exporter. Les partenariats commerciaux sont en effet à double sens. L'an dernier, la Belgique a exporté 397 milliards d'euros de produits (+ 33% depuis 2000), surtout vers des pays européens, mais aussi, par exemple, 7 milliards vers la Chine (+ 75 % en 20 ans). La Belgique exporte toute sorte de produits, surtout des choses un peu plus élaborées que ce qu'elle importe, dont des produits chimiques, des équipements de transport notamment pour l'aviation, etc. À noter que cette situation n'est pas propre à la Belgique, mais commune à la plupart des pays occidentaux qui profitent, entre autres, de "l'usine du monde" qu'est devenue la Chine.

Le problème des médicaments

Depuis le début du confinement, la question de la dépendance au mastodonte asiatique pour les médicaments, en particulier, a souvent été l'objet d'inquiétudes de la part des professionnels de la santé. Il est vrai que les importations de produits chimiques chinois ont explosé depuis les années 2000 (+ 85 %), dont les antibiotiques (importations passées de 12 millions en l'an 2000 à 100 millions d'euros en 2019). Pour autant, si les chiffres semblent impressionnent, les inquiétudes sont à relativiser. Ann Eeckhout, porte-parole de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé rassurent : "L'AFMPS a fait l'inventaire de tous les médicaments avec un site de production en Chine. De ces données, on peut déduire que cela concerne environ 15 % de tous les médicaments à usage humain commercialisés en Belgique. Jusqu’ici l’impact de la situation en Chine semble limité. Certaines matières premières ou produits sont effectivement fabriquées en Chine mais les médicaments actuellement sous tension d’approvisionnement pour les soins intensifs du Covid-19 sont pour certains produits en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas… nous avons donc pu trouver des alternatives."  

BELGAIMAGE

La fédération de l'industrie pharmaceutique phama.be minimise également les risques de pénuries : "Sur nos 130 membres, 34 ont des activités de production en Belgique. La question a été posée auprès de nos membres et en ressort que très peu de matières premières proviennent de Chine. La Chine dispose en effet d'un certain nombre de sites de production, mais ils sont plutôt destinés à une production au bénéfice de la population locale. Les matières premières utilisées pour la production en Belgique proviennent principalement des États-Unis, de Singapour, d'autres pays européens (comme la France ou la Suisse). Une partie est également fabriquée directement en Belgique. (L'une des explications à cela est la proximité d'un grand cluster chimique à Anvers). Nous ne sommes cependant pas en mesure de vous indiquer les types de produits concernés."

Les travailleurs paient deux fois ?

Si la crise devait s'allonger, ou dans le cadre d'une prochaine, il ne serait pas non plus inimaginable que cette interdépendance cause des problèmes d'approvisionnement d'autres produits moins nécessaires mais hautement consommés chez nous comme des smartphones et des ordis, des fringues, des pièces détachées en tout genre, des denrées alimentaires ou du matériel de construction. En France, l'industrie automobile est d'ailleurs déjà à l'arrêt, notamment à cause des pièces détachées conçues en Chine qui n'arrivent plus. Patrick Dupriez, président d'Etopia et ex-leader Ecolo regrette : "Cette réalité fait apparaître des incohérences. Certains industriels automobiles français qui ont délocalisé toute leur production de pièces demandent l'aide de l'État. Elles ont licencié massivement, délocalisé, et maintenant l'État va les aider ? Donc en partie les gens qui ont été licenciés ? C'est absurde. On ne peut pas faire payer 2 fois ou 3 fois les gens."

Il termine : "Un pays a difficile à réagir en urgence s'il ne maitrise pas un certain nombre de productions. Pour des choses aussi importantes que la santé, on doit avoir une capacité de production et de stockage. Avec cette économie du flux tendu où on ne tient plus compte du temps ni des stocks, le moindre caillou dans le système peut tout faire s'effondrer. C'est lié à cette économie construite sur une hyper fragmentation. On a trop longtemps produit là où ça semble plus efficace en comptant sur le fait qu'on peut tout transporter partout et en ignorant fondamentalement les externalités négatives sur l'environnement."

Pour en savoir plus, lisez notre article "Après le coronavirus: construire un monde meilleur". Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Plus de Aucun nom

Les plus lus