La Belgique va-t-elle enfin être en mesure de réaliser suffisamment de tests?

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Le dépistage de la population est la condition sine qua non pour la sortie du confinement. La Belgique est à la traîne, mais devrait désormais enfin voir le bout du tunnel.

Alors que commence la cinquième semaine de confinement, le sentiment est généralisé : ras-le-bol du confinement ! À tel point que certains, aux États-Unis, ont décidé de manifester contre... avec l'appui du président.

La question qui se pose reste la même : pourquoi le confinement ? Réponse : pour gagner du temps. Du temps pour mettre en place un dépistage de la population. C'est une des rares certitudes de cette crise du coronavirus : les pays qui ont testé en masse s'en sortent mieux que les autres. Où en est-on en Belgique ? A la traîne... Mais cela devrait enfin changer. Même si cela n'a pas été sans mal.

La colère du CHU Saint-Pierre

Depuis une semaine, la Belgique peut faire 10.000 tests par jour... Desquels 7.000 ont réellement été faits en moyenne. Ce sont d'abord dans les maisons de repos que ces tests ont lieu. Car c'est là que la maladie touche le plus. La machine a tests, même si elle reste modeste, est donc enfin lancée...

Ce jeudi, pourtant, Brigitte Maguin, chef de clinique chirurgie plastique au CHU Saint-Pierre, a poussé un coup de gueule dans une lettre ouverte publiée dans Le Soir. Le sujet de cette colère : les tergiversations politiques sur les tests sérologiques.

« À l’heure actuelle ces tests sérologiques sont prêts dans beaucoup de nos laboratoires qui ont les compétences voulues et les moyens de production nécessaires. Non, ces tests ne ressemblent pas à du « brol chinois » comme l’affirme le ministre Philippe De Backer. Ils ont été évalués et reconnus fiables par plusieurs de nos CHU. Tous nos laboratoires sont prêts et sont dans les starting-blocks pour démarrer leur production depuis plusieurs jours voir plusieurs semaines. Les dossiers ont été déposés à l’agence fédérale du médicament (AFMPS) et sont en attente de validation… sans aucune réponse à ce jour ».

Deux sortes de tests

Pour bien comprendre, il faut savoir qu'il y a deux sortes de tests du coronavirus. Les tests PCR qui s'apparentent à une prise d'ADN dans le nez ou la gorge. Il faut attendre plusieurs heures pour avoir le résultat, lequel détecte le Covid-19 dans le corps du patient. C'est le test favorisé par les autorités belges.

À côté, l'entreprise de biotech liégeoise Zen Tech a développé (sur le modèle de ce qui s'est fait dans une société chinoise avec laquelle elle partage des connaissances et du matériel, ce qui lui a permis de développer ces tests sur le sol belge) les tests sérologiques. Ceux-ci ne permettent pas de de dire si un patient est atteint du coronavirus, mais si il a développé des anticorps face au Covid-19. Ils sont de plus plus rapides et se font via une simple piqûre. ZenTech était prête à lancer leur production dès le 29 mars. Mais les premiers tests ont été jugés peu viables par l'AFMPS, qui a donc préféré le PCR.

Lenteurs administratives

Suite du parcours des tests sérologiques. Le 9 avril dernier, le CHU de Liège, suivi d'autres CHU, ont validé ces tests. Ceux-ci sont certifiés conformes aux normes européennes (le fameux sigle CE) et dès lors prêts à être vendus dans plusieurs pays européens et hors-européens qui sont demandeurs... Sauf en Belgique où un arrêté royal datant de fin mars interdisait sa vente sur notre territoire. Avant que cela soit possible, il fallait l'aval de l'AFMPS... Qui a finalement été donné... ce jeudi 16 avril.

Pour le porte-parole de ZenTech, « on a perdu trois semaines ». Pour Brigitte Maguin du CHU Saint Pierre : « Nous sommes devant un incendie et on est en train de vérifier si l’eau est suffisamment froide pour l’éteindre ! ». Pour Philippe De Backer, « différents tests dans différentes entreprises ont été validés et maintenant commandés. Les entreprises doivent souvent encore démarrer la production à grande échelle».

La production, justement, va sensiblement s'accélérer. ZenTech assure que d'ici fin mai, elle atteindra le rythme de 1 million de tests par mois et qu'elle a déjà sécurisé les matériaux qui permettront d’en fabriquer au moins cinq millions. Cette multiplication des tests de dépistage va nous permettre de sortir du confinement et de sécuriser le personnel soignant dans son travail de tous les jours.

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