Les animaux, victimes collatérales du confinement

Teaser

Braconnage, maltraitance, abandons… La crise sanitaire actuelle impacte indirectement les animaux domestiques et sauvages.

Ces images ont fait le tour du monde. Avec le confinement, des animaux sauvages ont réinvesti les villes désertées par les humains. Un puma a été aperçu à Santiago, des cerfs à Londres ou encore des dauphins dans un port en Sardaigne. Le coronavirus aurait des effets positifs sur la faune et l’environnement, lancent plusieurs médias face à cette « nature qui reprend ses droits ». Pas tout à fait.

Si la pandémie actuelle n’est pas une bonne nouvelle pour le climat, elle ne l’est pas non plus pour les animaux. Afin de soigner ses patients Covid-19, la Chine a récemment recommandé l’utilisation d’un médicament à base de bile d’ours, au grand dam des associations de défense animale. Outre une efficacité controversée par la communauté scientifique, la création de ce traitement fait endurer d’atroces souffrances à ces animaux immobilisés dans d'étroites cages où leur abdomen est perforé par un cathéter relié à leur vésicule afin d'en prélever la bile. Les activistes craignent aujourd’hui une recrudescence de cette maltraitance, qui concerne déjà plus de 20.000 plantigrades. « Promouvoir le recours à la bile d'ours risque de se traduire par une augmentation des volumes prélevés, non seulement aux dépens des ours en captivité, mais aussi de ceux qui sont en liberté », redoute l'association Animals Asia Foundation, alors que l’ours noir d’Asie est considéré comme une espèce en danger.

belgaimage-162804130-full

© BELGA IMAGE/Wei Peiquan

Une aubaine pour les braconniers

En Afrique du Sud, les attaques contre des rhinocéros sont devenues presque quotidiennes depuis que le confinement a été décrété dans le pays, le 23 mars. Même constat au Botswana. Bien que le braconnage ne soit pas nouveau dans cette région du monde, ces incidents retiennent l’attention des activistes pour une raison bien particulière: ils ont eu lieu dans des zones touristiques, considérées jusqu’à présent comme un refuge relativement sûr pour la faune. Confinement mondial oblige, les touristes ont disparu, laissant le champ libre aux braconniers qui osent s’aventurer dans ces zones habituellement fréquentées, explique le New York Times.

L’arrêt du secteur touristique, qui vaut 39 milliards de dollars en Afrique, fait peser une lourde menace sur la conservation de la faune sauvage, largement dépendante de cet argent. En Afrique du Sud, par exemple, environ 85% de l'argent alloué au service de protection de la faune et des terres publiques provenaient en 2018 des touristes, notamment grâce aux entrées des parcs ou, plus ironiquement, aux permis de chasse. Sans ces revenus essentiels, de nombreux parcs doivent revoir leur effectif antibraconnage à la baisse. Ce qui ne laisse rien présager de bon pour la suite.

Jetés littéralement aux lions

Plus proche de chez nous, en Allemagne, un zoo, privé de visiteurs et de revenus, envisage d’euthanasier une partie de ses animaux, voire d’en sacrifier certains pour en nourrir d’autres. Pour sauver ces bêtes en détresse, un appel aux dons a été lancé, mais cette solution extrême évoquée en cas « de dernier recours » soulève tout de même des questions quant à la situation financière de ces lieux, dont les animaux sont totalement dépendants.

belgaimage-163238010

© BELGA IMAGE/ANGELOS TZORTZINIS

Dans le reste du monde, le confinement généralisé fait d’autres victimes indirectes: les chats et chiens errants. En Grèce, par exemple, où ces vagabonds à quatre pattes sont omniprésents, les restrictions imposées par l'épidémie de coronavirus signifient pour nombre d’entre eux une condamnation à mort. Affamés, ces animaux sont « plus enclins à faire confiance et à se laisser approcher », et s'exposent ainsi « à plus de cruauté et à l'empoisonnement », redoute auprès de l’AFP Cordelia Madden-Kanellopoulou, cofondatrice du réseau de bénévoles Nine Lives Greece.

Et chez nous?

En Belgique, en raison du confinement, les contrôles pour maltraitance animale tournent au ralenti. Ce qui inquiète les associations. « Savoir que des animaux doivent souffrir actuellement sans que personne ne bouge nous attriste et nous inquiète très fort », confiait dans la DH le président du refuge Animaux en Péril Jean-Marc Montegnies.

Mais de ce monde de brutes, il en ressort parfois aussi du positif. Afin de prévenir la saturation qui les menaçait, les refuges belges bénéficient depuis le 20 mars d’une dérogation pour pouvoir accueillir des bénévoles et des potentiels adoptants, dans le respect des mesures d’hygiène et de distanciation sociale. Et certains établissements en tirent déjà profit. À la Société Royale Protectrice des Animaux de Liège, on constate une augmentation de 40% des adoptions. À Perwez, au refuge Sans Collier, 80% des adoptants repartent avec l’animal, contre 10% en temps normal. Il est vrai que le confinement paraît être le moment idéal pour adopter. Les gens sont à la maison et peuvent accueillir leur nouveau compagnon dans les meilleures conditions. Mais les professionnels insistent: évitez toute décision précipitée. Après le confinement, lorsque la vie active reprendra son cours, il ne faudrait pas que ces animaux soient les premiers à être abandonnés.

Plus de Actu

Les plus lus