Et si le Covid-19 s’était finalement échappé d’un laboratoire chinois ?

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C’est maintenant le Washington Post qui avance cette hypothèse, jusqu'alors uniquement évoquée sur les réseaux sociaux.

Quand elle est apparue sur les réseaux sociaux fin janvier, cette théorie a très vite été classée au rayon fake-news. Tout comme le Covid-19 ne se soigne à l’aide d’un rail de coke, le virus n’est pas non plus le résultat de manipulations humaines visant à développer des armes bactériologiques. Cette semaine, le très sérieux Washington Post a néanmoins avancé des éléments qui questionnent à nouveau l’origine de la pandémie. Selon le quotidien, des scientifiques d’un laboratoire de Wuhan (centre de la Chine et épicentre de la pandémie) menaient depuis plusieurs années des recherches sur le coronavirus; sa fuite n’aurait pas été volontaire, mais la conséquence de la sécurité défaillante du laboratoire. Selon cette hypothèse, un chercheur ou un employé aurait été accidentellement contaminé et aurait par la suite propagé le virus. Le Post a publié des documents tendant à prouver que les Renseignements américains avaient déjà alerté sur le manque de sécurité du laboratoire.

« Ce qui est intéressant avec cette hypothèse, c’est qu’elle émane de sources journalistiques sérieuses, et pas de l’administration Trump, pointe Tanguy Struye de Swielande, professeur de Sciences politiques à l’UCLouvain et spécialisé dans les relations internationales. D’ailleurs, jusqu’à présent, le Pentagone a toujours déclaré qu’il n’y avait aucune preuve confirmant cette hypothèse ». L’armée américaine s’est en effet montré très prudente à ce sujet. Par ailleurs, interrogé sur cette question, Donald Trump s’est borné à déclarer : « Je peux vous dire que nous entendons de plus en plus cette histoire. Nous allons voir ». Le président américain a cependant ajouté que « cette horrible situation » faisait l’objet « d’un examen très approfondi ». Le secrétaire d’État Mike Pompeo n’a lui non plus ni démenti ni confirmé les informations du Washington Post, tout en affirmant qu’une « enquête exhaustive » était menée pour savoir « comment ce virus s’est propagé, a contaminé le monde, et a provoqué une telle tragédie ».

Guerre de communication

L’hypothèse d’une contamination accidentelle via une manipulation humaine prend donc un peu plus de consistance depuis qu’elle est émise par un média sérieux. Si elle ne doit dès lors pas, à ce stade, être considérée comme de la propagande, on ne peut nier qu’elle arrive au bon moment pour Donald Trump.

Le président américain est en effet mal embarqué face à la crise sanitaire, « qu’il a gérée de manière catastrophique », selon Tanguy Struye de Swielande. Si de nouveaux éléments venaient par la suite renforcer la théorie du Washington Post, nul doute que Trump pourrait y voir l’opportunité d’une nouvelle fois incriminer la Chine (on se souvient qu’il a longtemps qualifié de « virus chinois » le Covid-19) afin peut-être, de détourner l’attention de ses propres insuffisances et d’un bilan humain qui n’en finit pas de s’alourdir aux Etats-Unis.

Un virus d’origine humaine ?

Jusqu’alors, la plupart des experts estimait que le Covid-19 est apparu sur un marché de plein à Wuhan. Il y aurait muté au contact des animaux vendus vivants sur les étals, comme les chauves-souris et les pangolins, avant d’être transmis à l’homme. Très vite, des théories du complot avaient essaimés sur la Toile sur sa prétendue origine humaine. Un ancien professeur de droit international, Francis Boyle, avait par exemple avancé dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux que le Covid-19 était en réalité une arme biologique fabriquée par les Chinois; vidéo dont les affirmations avaient été méthodiquement démontés par les décodeurs du Monde et qui a depuis été supprimée.  Deux chercheurs chinois avaient également publié un article sur le portail scientifique ResearchGate, proposant l’hypothèse d’un virus cultivé en laboratoire. 

Si rien ne permet aujourd’hui d’écarter la possibilité que le virus était étudié en laboratoire et se serait accidentellement « échappé », l’hypothèse que le virus ait pu être créé intentionnellement n’est par contre pas jugée réaliste par les scientifiques. « Il n’y a absolument rien dans la séquence génomique de ce virus qui indique qu’il ait pu être créé par ingénierie génétique. La possibilité qu’il s’agisse d’une arme biologique sciemment diffusée peut être exclue de manière certaine » a par exemple expliqué au Washington Post Richard Ebright, professeur de biologie clinique à l’université de Rutgers.

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