Le film familial le plus subtil du moment

Teaser

«C’est sur les plateformes qu’il faut aller chercher les ados», selon Benjamin Parent, réalisateur du film «Un vrai bonhomme» qui sort en Premium VOD. Rencontre avec un cinéaste qui cite «Ordinary People» et «Stand By Me.» 

Un positionnement qui ne déçoit pas son réalisateur, confiné à Paris : « Ce qui est important c’est que le film existe. Nous avons eu un très bon bouche-à-oreille mais la sortie en salles, ça peut être très violent. Je n’ai pas un rapport sacro-saint à la salle ; ma vraie passion c’est de raconter des histoires. Si les jeunes peuvent découvrir mon film en VOD tant mieux, les gens ont de plus grands écrans chez eux, et puis les jeunes ne vont au cinéma que pour les blockbusters ou les grosses comédies, pas pour les films d’auteur. C’est sur les plateformes qu’il faut aller les chercher. » Premier film de Benjamin Parent (créateur et producteur de la série pour ados Les Grands), Un Vrai bonhomme est à la fois un teen-movie et une comédie dramatique familiale construite autour du deuil (selon une ingénieuse modalité narrative dont on ne révèlera rien) et du lien d’amour et de rivalité entre deux frères adolescents dont la teneur est à la fois universelle et très actuelle : comment être à la hauteur d’un grand frère qu’on admire éperdument ? comment devenir un homme sans céder à la pression d’une virilité toujours prisonnière des clichés de genre ?

Une masculinité à réinventer

Le film suit principalement Tom (Thomas Guy, vu dans L’Heure de la sortie), ado introverti écrasé par l’image de Léo, grand frère charismatique et initiateur - aux premières clopes et aux premières soirées (formidable Benjamin Voisin, véritable révélation de l‘année qu’on attend dans le prochain François Ozon, Eté 85). Entouré de second rôles attachants (excellent Nils Othenin-Girard et fougueuse Tasnim Jamlaoui) et de parents subtilement choisis (lumineuse Isabelle Carré face à Laurent Lucas), Tom va peu à peu se défaire de l’influence de Léo, à la recherche d’une masculinité à réinventer et du défi d’être vraiment soi. Un vrai bonhomme suit les codes du teen-movie (scènes de bizutage dans les couloirs ou comment « ne pas être un boloss »), tout en renversant certains stéréotypes : « Adolescent j’étais tout petit et ça n’était pas toujours facile, une partie de la naissance du projet vient de là : comment faire sa place en tant que garçon dans un monde où être le meilleur, être le premier, être le plus fort ou sortir avec la plus jolie fille restent des injonctions fortes ? Beaucoup de garçons sont encore confrontés culturellement à cette image de l’homme fort. Mon vécu et celui du personnage de Tom, c’est qu’il va falloir se faire violence pour remettre en cause cela. Les filles vivent une révolution, il serait temps que les hommes s’y mettent aussi. Le film aborde le deuil d’un être aimé, mais aussi le deuil d’une masculinité qui n’est pas la nôtre » poursuit Parent.

Influence américaine

Côté influences, le cinéaste revendique plusieurs classiques Américains des années 1980 sur la famille (Ordinary People de Robert Redford sur une famille frappée par le deuil ; Stand by me de Rob Reiner avec River Phoenix, l’histoire de deux frères dont l’aîné est le plus sportif et le favori de la famille), qui parviennent à toucher un large spectre de spectateurs où « chaque membre de la famille peut se reconnaître ». Porté par la grâce à la fois fragile et forte d’Isabelle Carré, le personnage de la mère parvient ici à transformer de manière inattendue la perspective du film, investissant Tom d’une force qu’il ne se soupçonnait pas. « D’une certaine manière, le personnage de la mère s’inspire de ma mère et d’un souvenir particulier lorsque j’avais huit ans à la mer, je suis tombé de bateau et j’ai paniqué ; depuis la plage ma mère m’a crié des instructions, en m’investissant d’une force que je n’avais pas mais qu’elle m’a donnée. C’est un peu ce que j’ai voulu reproduire aussi dans ce film. Une mère qui vous aime tel que vous êtes, c’est très important » conclut Parent. Un film à ne pas manquer donc, notamment avec nos ados.

Comédie dramatique

Un vrai bonhomme

Réalisé par Nicolas Parent. Avec Thomas Guy, Benjamin Voisin, Isabelle Carré, Laurent Lucas – 88’

Visible à partir du 14 avril sur les plateformes Proximus Picks, Univers Ciné, Voo, Lumière – Ciné chez vous.

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