Voici à quoi devrait ressembler le déconfinement

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Le maintien de la distance sociale et la mise en place d’un dépistage massif seront deux conditions indispensables pour sortir la population belge du confinement. C'est ce que des chercheurs de l'ULB et de l'UNamur font valoir.

Comment allons-nous sortir du confinement dans lequel nous sommes plongés depuis le 19 mars et pour un temps certain encore ? On en saura sans doute plus dans quelques heures, après le conseil national de sécurité qui se tient ce 15 avril. La question est cruciale. Elle implique de concilier les exigences de protection de la santé de la population tout en ne prolongeant pas indûment les conséquences psychologiques, sociales et économiques difficiles du confinement actuel.

Des chercheurs de l’ULB – Marius Gilbert, Mathias Dewatripont, Michel Goldman, Eric Muraille – et de l’UNamur – Eric Muraille, Jean-Philippe Platteau – se sont penchés sur la question d’un déconfinement responsable. Ils publient les résultats de leur travail interdisciplinaire ce mardi 14 avril dans la revue Nature Medicine. Ils proposent une stratégie de déconfinement progressif en 3 axes d’action complémentaires : maintien de la distance sociale, mise en place d’un dépistage massif, implémentation de procédures à large échelle.

1. Maintien de la distance sociale

Les mesures de distance sociale permettent de réduire la transmission du virus sous un seuil gérable par les hôpitaux – à la fois en termes de lits et équipements disponibles, de professionnels mobilisables et de stocks de médicaments, disent les chercheurs.

2. Mise en place d’un dépistage massif

 Les tests de dépistage doivent permettre à la fois de détecter les porteurs du virus (avec ou sans symptômes) et les individus immunisés (non contagieux et potentiellement protégés contre la maladie). Pour les premiers, un traçage de leurs contacts et une mise en quarantaine s’imposeront. Les seconds permettront de mesurer le pourcentage de la population qui contribue à l’immunité collective, expliquent les experts.

3. Implémentation de procédures à large échelle

Mettre en place un dépistage et un traçage à large échelle nécessite d’établir des priorités.

Les premiers ciblés par ces tests devraient être les travailleurs de services essentiels : santé, sécurité, alimentation. Les tests devront ensuite être adressés à des groupes de populations en prenant en compte à la fois leur profil (facteur de transmission, personne à risque) et leur contribution au rétablissement d’une activité économique et sociale sure.

Tout ceci relève de choix politiques : les groupes à dépister en priorité doivent être définis en toute transparence, selon les contextes démographiques et socio-économiques de chaque pays, et en impliquant les différents décideurs pour augmenter l’adhésion de chacun et chacune. De manière à restaurer la vie sociale et l’activité économique de la manière la plus prudente possible en fonction de l’état des connaissances, une approche graduelle est proposée sur base de deux types de tests : d’une part ceux qui détectent le portage du virus et, d’autre part, ceux qui détectent la présence d’anticorps contre celui-ci.

Les auteurs de l’article plaident également pour un monitoring continu de la situation (modèles mathématiques) afin d’adapter la stratégie du déconfinement à la réalité du terrain. Ils soulignent aussi la nécessité d’une attention aux dimensions psycho-sociales de ce déconfinement. « Cette stratégie de déconfinement progressif et responsable permettra de gérer la transmission à des niveaux soutenables pour notre système de santé, parallèlement au développement d’améliorations thérapeutiques, à la mise au point de vaccins et à l’établissement graduel d’une immunité collective. »

Précisons que cet article scientifique qui compte deux membres du GEES a été rédigé avant la mise en place de ce comité par la Première-Ministre belge.

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