Dernière parole de Fernand Kaisergruber

Teaser

Le « dernier carré » réunissait les derniers Waffen SS belges ayant combattu sur le Front de l’Est au sein de la Légion Wallonie. Fernand Kaisergruber était le dernier survivant de cette association. Il est mort il y a deux ans. Il semble que nous ayons réalisé sa dernière interview…

On avait encore son numéro de téléphone. Il nous avait écrit une lettre qu’il avait tapée à la machine. A l’ancienne. D’une courtoisie sans faille, il nous avait confié avec délicatesse qu’il avait apprécié la manière dont ses propos avaient été reproduits par le « Moustique ». « C’est rare, Monsieur, une telle honnêteté » avait-il reconnu. « Surtout envers nous » avait-il précisé. Il pensait faire partie d’une engeance injustement créée par une Histoire déformée écrite par les vainqueurs. Nous avions, en effet, pris le temps de l’écouter. En nous départissant des préjugés attachés à la tête de mort qui décorait la casquette et du double S cousu sur le col de la vareuse qu’il portait sur cette photo vieille de plus de 70 ans. Pour tenter de percer le mystère qui avait pousser un jeune homme de 20 ans, étudiant en Agronomie, à s’engager dans la Légion Wallonie sous les ordres de Léon Degrelle. A accompagner, à participer, à se battre pour cette Allemagne coupable sans doute de la plus énorme monstruosité jamais commise par l’humanité. L’assassinat industriel de populations. Comment assumer ? Comment justifier ? Après quelques heures de conversation, on était assez ébahi par l’engagement voire l’enthousiasme intact du vieillard à la gestuelle et à l’esprit vifs pour ce qu’il appelait la « révolution nationale-socialiste ». Et si la motivation de son combat restait, au final, assez mystérieuse, la manière dont il le justifiait, elle, était assez claire. Faire l’impasse.

Quel grade dans la SS?

FERNAND KAISERGRÜBER - À la fin de la guerre, j’étais Unterscharführer, sergent.

Quelles décorations avez-vous obtenues?

La Croix de Fer de 1er classe, la Médaille d’Assaut d’infanterie, la Médaille des 15 corps à corps, la Médaille des blessés.

Vous vous considérez toujours comme national-socialiste convaincu. Pourriez-vous définir ce que c’était le National Socialisme ?

Vous savez, je n’étais pas un théoricien, moi j’ai évolué selon ce que j’ai vécu et selon ce que j’ai vu. Quand j’étais petit, on racontait que les Allemands avaient coupé pendant la 1ère Guerre, les bras des enfants, à Dinant surtout. J’avais 8 ans et nous étions en visite avec ma famille chez des amis à Dinant. J’ai passé toute ma journée à regarder les enfants qu’on croisait. A un moment donné, mon père me demande ce que j’ai et je lui réponds que je suis très étonné parce que je ne vois pas de manchots. Les adultes se sont regardés, un peu gênés, et ils m’ont expliqué que c’était la guerre et qu’on racontait des choses pareilles pour faire peur. Que c’était de la propagande. J’étais très jeune mais je me souviens m’être dit « les enfants ne peuvent pas mentir, mais les adultes eux le peuvent ». Voilà. On avait menti. On ne peut croire que ce que l’on a vu. On racontait tant de choses sur l’Allemagne d’Adolf Hitler, alors, moi j’ai été voir. Et ce que j’en ai vu m’a convaincu. Je n’avais pas l’impression que les gens vivaient sous la terreur. J’y ai connu des communistes qui critiquaient ouvertement Hitler – c’est donc que cela n’était pas très surveillé – et même s’ils n’était pas d’accord avec lui, ils reconnaissaient qu’il avait rendu l’honneur à l’Allemagne et au peuple allemand. Les gens avaient du travail, étaient correctement payés, nourris, habillés. Dès que j’ai pu, j’ai décidé d’intégrer la Légion Wallonie.

Vous affirmez être ni raciste, ni antisémite. Vous vous battiez pour quoi au juste?

Contre le bolchévisme : si les Allemands ou plutôt l’Armée allemande – il n’y avait pas que des Allemands, il y avait un million d’étrangers qui se battaient avec eux – n’avaient pas tenu et lutté jusqu’au bout, jusqu’à l’épuisement, les Soviétiques auraient très rapidement été jusqu’à la Mer du Nord, c’est certain. Nous avions d’autre part prêté serment – ndlr serment d’obéissance jusqu’à la mort à Adolf Hitler – et nous tenions à respecter ce serment.

Vous admirez toujours Adolf Hitler ?

Je n’étais pas un fanatique, mais j’avais vu ce qu’il avait fait pour son peuple, et c’est pourquoi il trouvera toujours en moi un défenseur. On n’a pas cessé de mentir, regardez le massacre de Katyn – 25 000 Polonais exécutés par les Soviétiques – on n’a pas cessé de dire que c’était les Allemands…

Le procès d’Eichmann, le concepteur de la Shoah, le procès de Rudolph Höss, l’homme qui organisa Auschwitz comme un camp d’extermination, les témoignages sur la liquidation du ghetto de Varsovie, les Einsatzgruppen, ça n’ébranle pas vos convictions ?

Je n’ai pas vu tout ça. Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé, mais il y a eu tellement de mensonges… Rudolph Höss a été forcé d’ « avouer » l’existence de chambres à gaz et de crématoires à Auschwitz, on l’a torturé c’est évident. Vous ne trouvez pas ça suspect qu’une loi interdise de remettre en question cette « vérité », si c’était vraiment la vérité, elle n’aurait pas besoin d’être défendue par une loi.

Bien qu’elle soit établie, vous n’y croyez pas mais supposez que la Shoah soit la réalité, supposez que des millions d’hommes de femmes et d’enfants aient été massacrés…

Si tout ça était vrai, je trouverais ça horrible… et ça remettrait en question mes convictions politiques…

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