Covid-19: Comparer les bilans entre pays n’a « aucun sens »

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Face à la pandémie, les classements des pays, les plus touchés comme les plus sûrs, fleurissent sur les réseaux sociaux. À ce stade-ci, une comparaison est pourtant hasardeuse, et participe plus au climat anxiogène qu’à une connaissance bien comprise du phénomène.

Avec 4.157 décès, la Belgique est fortement impactée par le Covid-19. Pour savoir comment notre pays s’en sort face à la pandémie, certains comparent notre bilan à ceux d’autres pays, en rapportant le nombre de morts par million d’habitants. Résultat: avec 377 décès par million d’habitants, la Belgique serait plus touchée que l’Italie, pays européen le plus endeuillé, avec 331 décès par million d’habitants. Encore faut-il comparer ce qui est comparable… 

Différentes méthodes

L’épidémiologiste Yves Coppieters nous l’expliquait récemment, cette comparaison entre les pays n’a « aucun sens » puisque chaque pays recense différemment ses morts, ainsi que ses cas positifs. Par exemple, la Belgique intègre dans ses statistiques les décès extrahospitaliers et « suspects ». Ce n’est pas le cas de l’Italie, où les autorités ne communiquent que sur les personnes décédées et testées. En France, les décès en maison de repos ne figuraient pas, jusqu’à récemment, dans les chiffres officiels. Aujourd’hui, ils représentent pourtant près du tiers du bilan. Sans parler de la Chine et de l’Iran où les données officielles sont largement contestées.

Autre méthode pour comparer la situation entre pays: le taux de mortalité par rapport au nombre de cas positifs. Encore une fois, « cela dépend totalement de la stratégie de tests de dépistage », très différente d’un pays à l’autre. De plus, la mortalité est fortement influencée par l’âge, le sexe et d’autres déterminants qui varient, eux aussi, en fonction du lieu.

Petit pays, grande densité

Les petits pays sont également pénalisés par ce type de classement douteux et alarmiste. Si l’on se base sur ces calculs, Saint-Marin est le pays le plus touché avec 36 décès, soit 1.065 décès par million d’habitants.

La densité de population joue également un rôle important. « Il y a déjà une chose qui est différente en Belgique, si on doit comparer notre pays avec d'autres, c'est que notre territoire est petit, mais très peuplé », nous expliquait le virologue Jean Ruelle. « Si on regarde la distribution des personnes infectées par commune, on voit très clairement qu'il y a une relation avec la densité de population. C'est un facteur important de propagation. Il est donc absurde de comparer notre pays avec les États-Unis par exemple, qui ont un territoire beaucoup plus étendu. Même si les nombres sont corrects, on peut leur faire dire ce qu'on veut. »

Pour le porte-parole interfédéral Emmanuel André, "le meilleur moyen de comparer est de prendre le nombre de décès dans les hôpitaux” qui est de 2.149 en Belgique ce mardi. Il est toutefois trop tôt pour tirer des conclusions, à l’heure où le virus continue de se propager en Europe, et dans le reste du monde. Ce qui est important d’observer d’aujourd’hui, c’est le rythme de cette propagation pour éviter une saturation des hôpitaux.

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