Une « surmortalité anormale » dans nos maisons de repos

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Près de 40% des décès depuis le début de la crise ont eu lieu en maisons de repos. Des taux anormaux en comparaison à ceux constatés en dehors des homes.

D’après les dernières informations du centre interfédéral de crise, ce dimanche 12 avril, 303 personnes sont décédées du Covid-19. Parmi ceux-ci 105 étaient hospitalisées et 195 se trouvaient en maison de repos, soit presque les deux-tiers. Cela amène le total des décès, suspects ou confirmés, à 3.903, dont 43% en maison de repos.

Pour Yves Coppieters, épidémiologue à l’ULB, il s’agit d’un chiffre est à la fois « normal et anormal ».

« Il est normal puisque la population des maisons de repos est souvent âgée de plus de 70 ans et présente des comorbidités. Ce sont des les personnes les plus à risques », commente le professeur. « Par contre, il y a un taux de surmortalité anormal proportionnellement à celui de la même population hors des homes et celui des autres clusters de population. »

Un taux qui s’explique par la nature même de ces institutions. « Avec le confinement, il y une proximité dans ces lieux qui fait que les personnes se côtoient plus, mais sont aussi souvent en contact avec le personnel, qui est très à risque. »

« Un vrai problème de responsabilité politique »

Le fait que les personnes âgées présentant des comorbidités risquent plus de complications dues au Covid-19 que les autres est connu depuis longtemps. Le Gouvernement n’aurait-il pas assez pensé aux maisons de repos et de soins ?

« Là encore, la réponse doit être nuancée », répond Yves Coppieters. « Les mesures de confinement ont été prises, pas forcément à temps, mais le plus vite possible. Beaucoup de ses institutions ont opté pour un cloisonnement total 10 jours avant que le confinement ne soit demandé à la population, sans directive gouvernementale. Elles ont sûrement suivi l’exemple de la France, ce qui a été positif. »

Par contre, le manque de matériel, dont on parle tant depuis le début de cette crise, est problématique. « Le fait qu’on ne pouvait pas protéger le personnel des maisons de repos est scandaleux. C’est un vrai problème de responsabilité politique. »

Dans un tel contexte, est-ce bien raisonnable d’autoriser les membres du personnel testés positivement, mais ne présentant pas de symptômes, à travailler dans un service Covid en cas de pénurie ? « Il s’agit d’une mesure qui se justifie par cette pénurie justement. En termes de santé publique, ça n’a aucun sens, c’est même aberrant. Mais il faut faire avec la situation actuelle.»

Toujours pas assez de tests

Une des solutions avancées par beaucoup d’experts est le dépistage systématique. Samedi 11 avril, selon la porte-parole du ministre Philippe De Backer, 102.151 tests avaient été effectués en Belgique, dont 5.515 le vendredi. Pour Yves Coppieters, ce n’est pas encore assez. « Il y a eu encore environ 4.300 tests ce dimanche. Il faut arrêter cette langue de bois qui nous fait croire que 10.000 par jour, c’est la solution. Idéalement, il faudrait 100.000 tests par semaine, au minimum. Ce n’est pas avec 7 fois 4.500 tests par semaine qu’on va régler le problème des maisons de repos. »

Ce sont évidemment ces institutions qui doivent être testées en premier selon l’épidémiologue. « C’est ce qu’on dit depuis le début : les maisons de repos, les patients hospitalisés et les professions de première ligne. Et il s’agit là d’un scénario à court terme. Si on veut envisager le déconfinement, il va falloir tester la police, les caissières, les services publics, etc. »

C’est d’ailleurs ce nombre qui manque actuellement. Combien de tests seront nécessaires à l’avenir ? « Une plateforme se réunit tous les jours pour voir quels tests, quelle technologie sera utilisée, comment et par qui ils seront produits, mais ce qu’on n’a pas encore bien fait, c’est une modélisation mathématique théorique du nombre de tests minimum par groupe cible. C’est d’une projection opérationnelle que nous manquons », conclut Yves Coppieters.

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