Déconfinement: quelle stratégie en Belgique?

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S’il est encore trop tôt pour envisager un déconfinement en Belgique, d’autres pays européens l’ont déjà amorcé. Des exemples à suivre?

La question est sur toutes les lèvres en Belgique: quand et comment pourra-t-on sortir du confinement? Privée de sortie non-essentielle depuis un mois, la population devra prendre son mal en patience puisque, comme les épidémiologistes le répètent, le déconfinement ne sera pas pour demain. “Lever les restrictions trop rapidement pourrait entraîner une résurgence mortelle” de la pandémie, a prévenu le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus. Pour éviter une “deuxième vague”, il faut donc rester prudent et ne pas relâcher l’effort.

Mercredi, le Conseil national de sécurité devrait annoncer, sauf surprise, la prolongation des mesures actuelles jusqu’au 3 mai. Mais le groupe d’experts chargé d’orchestrer le déconfinement travaille déjà depuis une semaine. Il devrait rendre mardi un premier rapport au gouvernement. Pourrait-il s’inspirer de ce qu’il se fait ailleurs?

Une Europe, plusieurs stratégies

Car oui, en Europe, foyer mondial de l’épidémie, certains pays entrevoient déjà le bout du tunnel. C’est le cas notamment du Danemark et de l’Autriche, moins touchés, où les premiers allégements entreront en vigueur après les fêtes de Pâques. Copenhague commence par la réouverture des crèches, des écoles primaires et maternelles le 15 avril. Les secondaires suivront le 10 mai, tandis que les restrictions de sortie vont durer encore de nombreux mois. À Vienne, ce sont les petits commerces et les grands magasins de bricolage qui pourront d’abord rouvrir leurs portes. Suivront, fin avril, les magasins de vêtements et les coiffeurs, et, mi-mai, les hôtels et restaurants tout comme les écoles.

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BELGA PHOTO/Johann GRODER

Chez nos voisins allemands, le déconfinement progressif devrait commencer par le placement en quarantaine des personnes contaminées ainsi que celles ayant été en contact avec des personnes testées positives au virus. Les commerces rouvriront leurs portes, ainsi que les écoles dans certaines régions d'Allemagne, tout en maintenant les règles de distanciation sociale. Le port du masque sera obligatoire dans les transports en commun, dans les usines ainsi que dans les bâtiments publics, lorsque suffisamment de masques seront à disposition.

Les pays les plus touchés par l’épidémie amorcent également leur déconfinement. En Espagne, les usines vont redémarrer lundi pour relancer l'économie. En Italie, pays européen le plus endeuillé, quelques activités sont à nouveau autorisées à reprendre dès le 14 avril. Parmi elles, les librairies et les magasins pour bébés. Le chef de la protection civile, Angelo Borrelli, a évoqué le 16 mai comme date possible d'entrée dans une "phase 2", synonyme de "coexistence avec le virus". Pour la stratégie, le ministre de la santé Roberto Speranza avait déjà exposé un plan sanitaire en cinq points pour sortir “graduellement” de la crise, préconisant le port du masque généralisé, la distanciation sociale, un dispositif d’hôpitaux se consacrant au Covid-19, un dépistage massif et enfin une application de traçage.

Toutes ces étapes ont été évoquées en Belgique, ou sont déjà en vigueur, comme la distanciation sociale et le dispositif d’hôpitaux. Pour le moment, le pays est dans l’incapacité de généraliser le port de masque, en raison d’une pénurie qui irrite d’ailleurs la population. Malgré la prouesse de l’ULiège, la capacité des tests est encore aujourd’hui loin des 10.000 quotidiens promis. Concernant le traçage numérique, la task force du coronavirus planche sur des solutions, même si certains experts mettent en garde contre les dangers pour les libertés individuelles.

En fonction de l’âge?

En France, selon une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale dévoilée dimanche par Le Monde, le déconfinement devrait avoir lieu courant mai ou en juin. La stratégie n’a pas encore été dévoilée, même si le Premier ministre français Edouard Philippe avait émis l’hypothèse d’une sortie selon les régions et l’âge.

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BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Si un déconfinement par zone géographique n’a pas de sens en Belgique, l’hypothèse en fonction de l’âge est quant à elle fort probable, d’après l’épidémiologiste Yves Coppieters. “Dans la mesure où l’on ne pourra pas libérer tout le monde d’un coup, je pense que les moins de 40 ans devraient être les premiers à bénéficier du déconfinement, car ce sont les moins à risque”, a déclaré le professeur à l’ULB auprès de Sudpresse. “En revanche, pour les plus de 65 ans et pour les personnes vulnérables (immunodéficients, dialyse, cancer), le confinement pourrait encore durer 4 à 6 mois.” Pour le reste, c’est encore un gros point d’interrogation.

Trop tôt en Belgique

Plongée depuis un mois dans cette incertitude, la population belge s’impatiente. “Elle a besoin de comprendre où on va, comment on y va, et avec qui on y va”, lançait ce dimanche le docteur Thomas Orban, président du Collège de Médecine générale francophone de Belgique sur RTL-TVi. Pourtant, aujourd’hui, “c’est tout sauf clair”.

Il est normal que les gens se lassent des mesures. Mais nous devons être conscients que le virus continue de circuler. Si nous devenons plus laxistes maintenant, nous en verrons les effets dans deux semaines”, a mis en garde Steven Van Gucht, virologue et porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19. Pour les experts, il est trop tôt pour envisager une sortie du confinement car les chiffres issus des hôpitaux ne le permettent pas. Arrivée sur le plateau de l’épidémie, la Belgique n’a pas encore entamé sa descente. Du rapport du groupe d’experts chargés de la stratégie de sortie, on pourrait espérer mardi certaines pistes, mais rien encore de définitif.

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