Coronavirus: la culture boit la tasse

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La Fédération Wallonie-Bruxelles va allouer 8,4 millions d'euros d'aide d'urgence à la culture. Suffisant ? Pas sûr. Explications.

Au-delà de la crise sanitaire pointe la crise économique. Et en première ligne de celle-ci, le secteur culturel boit déjà la tasse. La FWB l'a bien compris, qui va dégager, parmi les 50 millions d'euros du Fonds d'urgence au coronavirus, un budget de 8,4 millions d'euros d'aide à la culture.

En gros, ce montant sera distributé entre les différents opérateurs culturels (théâtres, cinéma, centres d'arts plastiques, centres culturels, ASBL organisatrices d'événements...) qui ont été forcés de fermer leurs portes à cause de l'épidémie afin de « combler les pertes de recettes propres estimées sur la période du 14 mars au 19 avril ». Ce montant sera distribué avant tout aux prestataires, artistes et techniciens, pour les aider à reprendre leur souffle durant cette période d'inactivité forcée.

Mais pour les petites structures peu subsidiées, cette aide restera probablement insuffisante pour leur permettre de survivre à la crise, car d'autres frais et d'autres facteurs doivent être pris en compte. Exemple avec le Théâtre de la Toison d'Or à Bruxelles.

Culture de salon vs. Culture de sortie

« Evidemment, il y a des situations bien plus urgentes en ce moment que l'avenir d'un théâtre, mais on est obligé de réfléchir à ce qui va se passer, dit Albert Maizel, directeur financier du TTO. Ce qui nous inquiète quand on pense au secteur culturel, et des arts de la scène en particulier, c'est la reprise. Nous allons vaincre la maladie, mais cela risque de prendre du temps avant de retrouver une vie normale. Et le risque est réel de passer d'une culture de sortie à une culture de salon. Si tel est le cas, on va en subir violemment les effets ».

La particularité du TTO, c'est qu'il est très peu subsidié par rapport à d'autres : 217.000 euros, comparé aux 900.000 d'euros du Théâtre de Poche ou du Théâtre des Tanneurs qui ont une taille similaire, une situation ubuesque qui s’expliquerait par le fait que « la comédie est le parent pauvre des politiques culturelles ». Bref, ces subsides ne permettent pas à l'ASBL de payer ne fut-ce que la moitié de tous les frais structurels liés au théâtre (remboursement hypothécaire, électricité, équipe administrative et commerciale...). « En gros, on dépend du public, dit Albert Maizel. 70% de notre chiffre d'affaires vient de la billetterie. Si les gens ne viennent plus, on risque la faillite ».

C'est toute la question: quelle sera la réaction du public une fois le déconfinement acté ? « Personne ne le sait. Personne n'a eu affaire à un tel problème. On peut imaginer une période difficile et puis se dire que la vie va reprendre ses droits... » Mais combien de temps le TTO peut-il tenir ? « Pas longtemps. Admettons qu'on puisse reprendre les activités au mois de septembre (espérons!). Si on ne fait que des salles à moitié remplies pendant sept ou huit mois, à la fin de la saison, on risque purement et simplement de disparaître ».

Subsides et frais structurels

La ministre de la Culture Bénédicte Linard (Ecolo) a assuré que les opérateurs les moins subsidiés recevront une plus grande part d'aide que les autres. Ce qui, en somme, va dans le sens des demandes du TTO. Mais, comme dit plus haut, l'aide sera allouée aux prestataires. Une deuxième vague d'aide semble donc nécessaire pour aider les petites structures. « Notre combat, c'est de dire : tenez compte de notre spécificité et aidez-nous pour faire face à nos frais structurels, dit Albert Maizel. Beaucoup de théâtres couvrent leurs frais structurels grâce à leurs subsides. Nous, ce n'est pas le cas. Il est important d'en tenir compte ». Restera, en prime, à voir si la vie culturelle va reprendre comme avant...

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