Pâques confinée, coup dur pour les chocolatiers

Teaser

La période de Pâques représente une grande partie du chiffre d’affaire de nombreux chocolatiers du royaume. Tous pâtissent de cette crise sanitaire mais certains se tournent vers Internet ou improvisent pour tenir le coup.

Si, avec cette crise sanitaire, cette période de Pâques est difficile à vivre pour tout le monde, il y a un secteur économique qui le vit encore plus mal que tous les autres : celui du chocolat. Du petit chocolatier local aux plus grandes entreprises, tous accusent le coup et improvisent des solutions pour s’en sortir.

Même chez Galler, dont on retrouve les tablettes et œufs dans les supermarchés, on ne se réjouit pas, que du contraire. « Cette présence en grande surface, c’est notre chance », explique Valérie Steffanato, directrice marketing et communication. « La grande distribution représente 75% de notre chiffre d’affaire. Le reste est divisé entre nos boutiques, le b2b, etc. La majorité de nos boutiques sont fermées. Pour ces franchisés, c’est une catastrophe : Pâques représente entre 35 et 40% du chiffre d’affaires. Et du côté de la maison mère, nous avons enregistré un retard de 15% sur le chiffre d’affaires à la fin du mois de mars. Et on voit bien que des tonnes d’œufs vont nous rester sur les bras… »

Pour Galler, pas de vente en ligne, c’est un choix. « Nous avons tenté l’expérience il y a deux ans, cela ne nous convenait pas. » Du coup, pour les quelques boutiques encore ouvertes, dont celle près de l’atelier de Vaux-sous-Chêvremont (Chaudfontaine), un service de vente à emporter a été improvisé. « Les clients peuvent commander par mail ou téléphone, puis venir chercher leurs achats à la boutique, où un système de drive a été mis en place. C’est une grosse organisation. »

Même si l’idée séduit, elle ne permet pas de rattraper le manque à gagner. « Un jeudi de Pâques, on fait d’habitude 30.000€ de recettes. Ici, nous avons travaillé sans cesse de 7h à 21h30, nous sommes arrivés à 18.000€. Mais on ne va pas se plaindre, la situation est encore plus compliquée pour les plus petits chocolatiers. »

Bonne surprise sur le net

Après les grandes sociétés comme Galler, il y a également les chocolatiers réputés du pays. Mais même les plus célèbres artisans souffrent en cette période. « Tous nos magasins spécialisés en chocolat sont fermés. Seules nos quelques boulangeries-pâtisseries restent ouvertes », commente le chocolatier Jean-Philippe Darcis, basé à Verviers.

Pour lui, la situation est « très compliquée », une grosse partie de l’équipe est au chômage économique. Mais une bonne surprise lui permet de tenir bon. « On a pas mal vendu sur le site internet ! On ne s’attendait pas à autant. Ça fait plaisir de voir qu’on est soutenus pendant cette pandémie. Cela nous permet de sauver les meubles. Surtout qu’on a essayé de proposer les commandes par téléphone pour nos boutiques, et cela n’a pas super bien donné. »

 « Je me battrai »

Mais les artisans locaux et autres chocolatiers à plus petite échelle n’ont pas tous la chance de profiter d’un site internet pour les sauver. C’est notamment le cas de la chocolaterie Sigoji à Ciney, dont la gérante, Euphrasie Mbamba, a été élue meilleure chocolatière de Belgique en 2019 par le guide Gault&Millau. « Nous sommes fermés depuis le début du confinement, mais nous avons rouvert uniquement cette semaine, depuis mercredi, pour vendre ce que nous avions produit pour Pâques », raconte-t-elle. « Nous avons eu un peu de monde, surtout jeudi et vendredi, mais rien du tout en comparaison à ce qu’on aurait pu avoir en période normale. »

Pâques représente 20% de l’année pour la Cinacienne, mais elle ne compte pas baisser les bras. Un site de vente en ligne est d’ailleurs en création. « Je me battrai pour remonter la pente, j’espère que les clients seront au rendez-vous et achèteront localement. »

« Pâques, c’est fini »

Du petit artisan à la grande entreprise, en passant par les PME, c’est tout le petit monde du chocolat belge qui vit des « vacances » de Pâques difficiles. « Dans l’ensemble du secteur, les ventes sont entre 30 et 60% moins bonnes que l’an passé », commente Jos Linkens, président de Choprabisco, l'Association Royale Belge des Industries du Chocolat, de la Praline, de la Biscuiterie et de la Confiserie. « Les plus touchés sont ceux qui ont des boutiques dans les endroits touristiques, les aéroports… »

Pour assumer le coup, il fallait se tourner vers la vente en ligne ? « Toujours », répond le président. « Et pas uniquement pour le chocolat. Certains ont un certain succès grâce à cela. Cela ne compense pas tout le manque à gagner, mais ça permet à ceux qui le veulent de se faire plaisir. Mais une telle perte n’est pas rattrapable : Pâques, c’est fini ».

Plus de Actu

Les plus lus