3019 décès en Belgique, un bilan à prendre avec des pincettes

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La Belgique a passé la barre des 3.000 décès, avec une augmentation de 496 nouveaux décès ces dernières 24 heures. Pourquoi tant de morts?

D’apparence inquiétante, l’annonce du Centre de crise et du SPF Santé publique de ce vendredi s’explique. La Belgique a enregistré 325 nouveaux décès, hospitaliers et extra-hospitaliers. Un chiffre, déjà lourd, renforcé ce vendredi matin par 171 autres décès en maisons de repos flamandes, notifiés entre le 18 et 31 mars. “Cela nous fait donc un pic aujourd’hui avec 496 décès. Or, cela ne représente pas la réalité”, dénonce Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur à l'École de Santé publique de l'ULB, pointant du doigt ce rattrapage tardif en Flandre. “Le problème de Sciensano, c’est qu’ils ne donnent pas les dates exactes de ces décès. C’est tout à fait aberrant de ne pas donner cette information, et surtout d’ajouter ces décès en bloc sur une journée.” Grâce à ces dates, l’expert et ses confrères seraient capables de refaire une courbe de mortalité, plus réaliste, avec le bon nombre de morts en fonction de chaque jour. “On verrait alors qu’on n’a pas une courbe avec des pics, comme on a actuellement.

Il ne faut donc pas confondre date d’annonce et date réelle du décès. C’est valable aussi pour les 325 décès restants, reportés au cours des dernières 24 heures. Parmi eux, 211 ont eu lieu en dehors des hôpitaux. Ces morts, recensés par les autorités régionales, mettent toujours de plus temps à être comptabilisés.

Le tragique bilan des maisons de repos

Sur ces 3.019 personnes décédées, 57% sont mortes à l’hôpital, 40% dans une maison de repos et de soins, 1% à la maison et 2% à un autre endroit. Cela signifie que les personnes âgées ne sont pas systématiquement hospitalisées. “C’est un autre problème à souligner”, remarque Yves Coppieters. “Pour la majorité de ces personnes se trouvant dans des situations de santé compliquées et qui sont infectées, l’hospitalisation ne va pas amener grand-chose malheureusement”. Leurs chances de guérison en soins intensifs sont moindres, et l’hospitalisation, lourde, reviendrait à un acharnement que certains seniors eux-mêmes souhaitent éviter. Mais l’épidémiologiste reste persuadé que “s’ils bénéficiaient d’une hospitalisation plus précoce, au démarrage de leurs symptômes, on pourrait en stabiliser certains et éviter une mortalité”.

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© BELGA PHOTO DIRK WAEM

Contrairement aux décès hospitaliers, les morts dans les maisons de repos ne sont pas tous des cas confirmés Covid-19. Certains ont été testés, d’autres pas. Ces derniers, des cas “suspects” selon le rapport de Sciensano, représentent “une grande majorité” selon le professeur. On n’est donc pas sûr que le Covid-19 soit la cause principale de décès pour ces personnes. En dehors des hôpitaux, “il y a donc une surmortalité et une surestimation de ce que l’on attribue à l’épidémie”, analyse Yves Coppieters.

L’urgence du dépistage

Nous ne sommes pas en excès de mortalité sur la population en général”, rassure l’expert de l’ULB. Alors que les comparaisons entre pays fleurissent sur les réseaux sociaux, Yves Coppieters dénonce cette démarche qui n’a, pour lui, “aucun sens”. “On calcule aujourd’hui le taux de mortalité par rapport au nombre de cas positifs. Or, cela dépend totalement de la stratégie de tests de dépistage”, très différente d’un État à l’autre. De plus, la mortalité est fortement influencée par l’âge, le sexe et d’autres déterminants, qui varient également entre les pays. 

Si l’on garde les mesures actuelles - et les respecte -, l’épidémiologiste estime à “début mai” “une diminution franche” de la courbe des cas et des hospitalisations. Mais pour arriver à un tel scénario, il faut se concentrer aussi sur la situation hors des hôpitaux. “Si la maladie continue à être nourrie par les maisons de repos, on ne va jamais s’en sortir”, prévient-il. La solution? Tester, tester, tester, comme le recommande l’Organisation Mondiale de la Santé depuis plusieurs semaines. Pour le professeur, il faut dépister tous les résidents et soignants afin de mettre en quarantaine les personnes infectées, “symptomatiques et asymptomatiques”, et ainsi freiner la propagation du virus dans ces milieux fermés et fragiles.

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