«Des personnes âgées nous disent 'Si je chope ce virus, je m'en fous' »

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Espaces verts, rues, mais aussi commerces : les gardiens de la paix se trouvent en première ligne pour veiller au respect des mesures de distanciation sociale.

Les images font régulièrement le buzz sur les réseaux sociaux. On y voit des parcs et des espaces verts pris d'assaut par des badauds. Avec des personnes assises sur des bancs ou rassemblées sur l'herbe. Avec la météo clémente de ce week-end, ces visuels devraient encore circuler et susciter l'indignation d'internautes. Pour veiller au respect des consignes de distanciation sociale et éviter les abus, les agents de police patrouillent au quotidien. Mais pas seulement. Les gardiens de la paix et les services prévention de chaque commune jouent aussi un rôle de premier plan. Ceux-ci informent, dialoguent et quelques fois aussi sanctionnent si nécessaire. Trois d'entre eux rapportent ici à Moustique leurs observations et détaillent leurs tâches quotidiennes. Ben Mettioui (Berchem-Sainte-Agathe), Ali El Kaddouri (Molenbeek) et Ameziane Sifdine (Anderlecht) font tous les trois le même constat préliminaire : 99% des habitants respectent les règles du jeu et acceptent sans broncher de se faire remonter les bretelles. Seule une minorité pose problème. La sanction tombe alors invariablement avec une amende de 250 euros.

Des images parfois trompeuses

Les images de parcs bondés qui fleurissent sur les réseaux sociaux ne sont pas truquées. Il s'agit tout de même de les regarder avec un certain recul, explique d'emblée Ben Mettioui. L'homme coordonne la dizaine de gardiens de la paix berchemois. « Tantôt, vers 17 h, il va faire bon et les gens vont circuler dans les bois. Quand vous prenez le temps d'observer les gens, vous voyez qu'ils ne restent pas statiques. Mais si vous filmez quelques secondes, cela peut soudain donner l'impression qu'il y a une masse de gens. Or, ce n'est pas une réalité ». Même son de cloche du côté d'Ali El Kaddouri, le responsable de l'équipe de gardiens de la paix à Molenbeek (70 personnes). « Les vidéos sur les réseaux sociaux sont vraies, mais elles ne reflètent qu'une partie de la réalité. La bonne réalité est rarement partagée sur les réseaux sociaux. Or, la population fait preuve d'une grande compréhension. Oui, on est amené à sensibiliser les gens et leur rappeler de respecter les mesures, mais ils comprennent généralement les remarques ».

« Je tiens à féliciter nos jeunes »

Dans certaines communes comme Molenbeek ou Anderlecht, beaucoup de familles nombreuses habitent dans des espaces très réduits. La situation ne facilite pas le respect des consignes. D'autant que la population possède une moyenne d'âge très jeune. Mais ces jeunes respectent toutefois globalement les consignes. « Je dois souligner que nos jeunes respectent beaucoup les consignes. On s'attendait au départ à être beaucoup plus sollicités. Ils ont compris. Je tiens à les féliciter », insiste Ali El Kaddouri. Ameziane Sifdine, qui travaille dans la cité du Peterbos, embraie: «Dans 99% des cas, il n'y a pas de soucis. Il y a toujours à un moment donné quelques personnes récalcitrantes. Ce ne sont pas nécessairement des jeunes. On peut toujours tomber sur une personne âgée qui nous dit 'Écoute, si çà m'arrive à moi, je m'en fous'. On discute alors avec elle et on lui explique qu'elle fait aussi prendre un risque à toute la société ».

Priorité au dialogue

Certains gardiens de la paix, les agents sanctionnateurs, sont habilités à sanctionner. La priorité est toutefois laissé au dialogue. « On va vers eux et on leur explique. Cela suffit parfois et chacun reprend alors son chemin. Après, il y a des personnes vraiment réticentes, ou bien des kamikazes. On procède alors à des sanctions administratives. Il a toujours été clair à Berchem qu'on travaille en parfaite entente avec la police et qu'on peut verbaliser», explique Ben Mettioui. La fermeture des deux terrains de football de la commune permet aussi d'éviter quelques tentations inutiles. Pour Ameziane Sifdine, les rappels à l'ordre suffisent généralement. «On est amené à faire des rappels quotidiens. Souvent, les personnes nous disent 'On connaît la théorie et parfois on oublie la pratique'. Elles se mettent soudain sur un banc ou rencontrent quelqu'un qu'elles connaissent, se mettent à discuter et oublient de garder la distance de 1m50 », indique le gardien de la paix. « Au Peterbos (NDLR : cité sociale constituée de grands immeubles), ce sont parfois des trucs comme les sorties des poubelles pour lesquelles on doit aussi rappeler les consignes. Tout le monde va jeter ses déchets dans les caves à poubelles et certains oublient que la poignée de porte a été touchée par tout l'immeuble ».

« On double les effectifs le week-end »

La météo devrait de nouveau être clémente durant ce week-end. Résultat : les tentations sont plus grandes. Surtout pour les personnes qui habitent dans des appartements réduits sans jardin et avec un petit balcon. Les trois gardiens de la paix en conviennent : les gens ont tendance à respecter un peu moins les mesures de distanciation sociale lors d'un week-end ensoleillé. A Molenbeek, la commune a d'ailleurs doublé les effectifs le week-end dernier. Rebelote donc ce week-end. « Normalement, on est huit le week-end, mais ici, on est passé à 16 vu la période et le beau temps», indique le responsable de l'équipe. Sans surprise, les espaces verts figurent parmi les endroits plus délicats.

Des centaines de PV de police

Le respect global des consignes n'empêche pas que les gardiens de la paix ou les agents de police de sanctionner. Celle-ci se traduit généralement par une amende de 250 euros via une sanction administrative communale (SAC). En matière de sanction, les gardiens de la paix n'adoptent pas la même politique selon les communes. A Berchem, ceux-ci n'hésitent pas à sanctionner, alors qu'à Molenbeek, on préfère laisser ce rôle à la police. Histoire d'être davantage vu par la population locale comme des agents de prévention plutôt que de répression. De quoi faciliter le dialogue sur le terrain. «Le volet répressif, on tient à le laisser aux services de police avec qui on entretient une étroite collaboration. Quand on constate des infractions, on le signale directement », indique Ali El Kaddouri. Du côté du Peterbos, à Anderlecht, on précise que « les sanctionnateurs sanctionnent quand ils le peuvent, mais qu'ils ne peuvent exiger la carte d’identité. C'est donc parfois la police qui doit venir ».

Au final, la zone de police Bruxelles-Ouest, qui couvre les communes de Berchem, Molenbeek, Ganshoren, Koekelberg et Jette, a signé, entre le 18 mars et le 9 avril, quelque 2.339 PV. En grande partie à Molenbeek (1.351), puis à Jette (335), Berchem (235), Koekelberg (218) et Ganshoren (200). Au final, ramenés à la taille de chaque population, les chiffres s'avèrent plus ou moins identiques dans les cinq communes. Molenbeek compte par exemple 100.000 habitants, contre 25.000 à Berchem.

« Des habitants nous appellent et on intervient »

Sur le plan politique, on insiste sur l'important volet préventif, mais on précise ne pas hésiter à sanctionner. «Je suis très très stricte et on a demandé à la police d’être extrêmement attentive à tout ce qui ressemble à un rassemblement. On a énormément de témoignages qui nous appellent, que ce soit la commune, moi, les échevins, ou la police. Et on intervient chaque fois rapidement et de manière ferme », explique la bourgmestre molenbeekoise Catherine  Moureaux (PS). «On est extrêmement présent dans les espaces verts et c’est vrai que c’est difficile car on a une population qui vit dans des surfaces parfois extrêmement petites avec un grand nombre de personnes. Pour les parcs, il y a des panneaux informatifs et on recommande de faire les promenades seul, on interdit de cracher ou encore de jouer au football ».

Capsules vidéo sur Internet, distribution de toutes-boîtes, mais aussi camionnette équipée d'un haut-parleur qui rappelle les consignes : le volet préventif et informatif tient aussi une place importante. « Depuis le début, on est dans une communication permanente vis-à-vis des habitants pour rappeler les mesures à prendre. Il y a une camionnette qui fait le tour chaque jour trois dois dans toutes les rues pour délivrer plusieurs messages. Par exemple quels types de mesures de sécurité suivre dans les commerces ».

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