Vos vacances seront chamboulées cet été : La Panne plutôt que Marbella ?

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Vu la tournure que prend la crise du Covid-19, le vacancier belge va probablement devoir adapter ses plans pour l’été. Et privilégier un départ à la Côte ou dans les Ardennes ?

Les vacances de Pâques foutues, le regard doit déjà se porter sur les mois de juillet et d’août pour envisager les premiers congés post-confinement. Sauf qu’on vous l’avait déjà dit, il est tout sauf certain que l’on puisse partir en vacances cet été. Il faut en effet s’attendre à un dé-confinement progressif et au cas par cas pour chaque pays touché par la pandémie. Il y a fort à parier que les habitudes en matière de tourisme se voient chamboulées ces prochains mois. La France, l’Espagne, l’Italie : voilà le top 3 des destinations les plus prisées par les Belges en temps normal. Un top 3 qui a pris la vague épidémique de plein fouet et qu’on voit donc mal accueillir des touristes en masse, à court ou moyen terme.

« Mais même pour des pays qui semblent pour le moment moins touchés par le Covid-19, il reste beaucoup, beaucoup d’incertitudes, avertit Frank Bosteels, porte-parole des agences de voyage Connections. On a vu que des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, qui pensaient pouvoir traverser la crise sans problème, ont été rattrapés. Il est donc très compliqué de faire des prévisions pour cet été. Une piste de réflexion à creuser : des îles comme la Martinique ou la Guadeloupe, où le confinement est sans doute plus facile à mettre en place et qui résisteront peut-être mieux. Mais bon, c’est sûr que c’est un autre budget ».

Pour Maguy Leocata, il est encore trop tôt pour penser aux grandes vacances. Cette agente de voyage indépendante dit « naviguer à vue » et être déjà débordée par les dossiers d’annulation ou de reports pour les mois de mars, d’avril et mai. « Je ne me projette pas du tout au-delà. On ne sait pas jusque quand les mesures de confinement dureront… Si c’est après pour devoir refaire tout le travail et reporter les voyages de juillet et d’août… » D’autant que de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols, et que toutes les lignes pourraient bien ne pas rouvrir tout de suite. Chez le voyagiste TUI par exemple, aucun départ n’est prévu avant minimum le 10 mai. Et après ? « Il est beaucoup trop tôt pour savoir de quoi l’été sera fait » indique le service communication de TUI Belgique.  

Tourisme de proximité

Faut-il d’ores et déjà enterrer son envie de dépaysement sous une bonne dose de résignation ? Pour cet été, probablement oui. Sans avoir à chercher trop loin, la solution pourrait en effet être locale : rester au pays et partir en vacances en Ardennes ou à la Côte. « Il faut être très prudent à l’heure de faire des prévisions, recadre Jean-Michel Decroly, professeur de géographie humaine, de démographie et de tourisme à l’ULB. Tout ça dépend de nombreux facteurs, amenés à évoluer. Est-ce que des grands flux touristiques seront permis cet été ? Même restreints uniquement à l’Europe, j’ai de sérieux doutes là-dessus ».

La Panne plutôt que Marbella : bon nombre des professionnels du voyage contactés disent s’attendre à ce que le touriste belge joue à domicile. En temps normal, 20% des voyages de plus d’une nuit réalisés par les Belges se font dans le plat pays. Cette année, cette proportion pourrait donc grimper. « Je n’ai pas encore effectué de calculs, mais il pourrait être intéressant de voir si cette augmentation potentielle compenserait la baisse du tourisme étranger en Belgique. Mais encore une fois, restons prudent : il est possible que le pouvoir d’achat des Belges soit si impacté par la crise qu’ils reportent à plus tard leurs vacances et ne partent pas du tout », tempère le professeur Decroly.  

Les agences de voyage s’attendent à souffrir

Il ne faut cependant pas se leurrer : même si le tourisme de proximité devait avoir la cote en juillet/août, la pandémie ne va pas épargner le secteur. « Pour le tourisme, c’est probablement la pire crise de l’histoire » explique Jean-Michel Decroly. L’Organisation Mondiale du Tourisme prévoit d’ailleurs une baisse des flux touristiques internationaux de 20 à 30% en 2020, menaçant de détruire des millions d’emplois à l’échelle planétaire. Maillons dans la chaine du tourisme, les agences de voyage ont du mal à encaisser le choc Covid-19. « C’est encore très incertain, mais on travaille avec des scenarii d’une perte de 40,50,60 % du chiffre d’affaire pour 2020 » dit-on du côté de Connections.

Pour les petites structures, c’est dur aussi. « Je regarde mes comptes tous les jours, souffle Marie-France Turpin, agente indépendante. Je ne me verse plus aucun salaire pour l’instant. Je suis une petite abeille, j’ai réussi à me garder une petite réserve en cas de coup dur, donc pour l’instant ça va… mais si ça dure ? »  Pour elle, le salut pourrait dépendre du comportement de ses clients, et de leur volonté ou non d’utiliser leurs bons à valoir. Pour protéger le consommateur, la ministre fédérale de l’économie Nathalie Muylle (CD&V) a en effet décidé de suspendre le remboursement obligatoire des voyages à forfait (transport + logement et/ou service touristique, etc.). Les voyageurs qui ont vu leur voyage s’annuler suite au coronavirus ont pu bénéficier d’un bon d’échange pour un nouveau voyage à effectuer avant un an. Si cela permet de protéger le consommateur qui a dépensé son argent sans pouvoir partir, cela va potentiellement poser pleins de défis aux agences.

Modifier son voyage prévu au Mexique et le reprogrammer en Norvège n’est pas sans conséquences. Rien ne garantit que l’hôtelier mexicain ou la compagnie d’aviation accepte de rembourser à l’agence la somme qui leur a été avancée ; sans cet argent, comment organiser un nouveau voyage, et payer de nouveaux fournisseurs ? Même chose, si après un an, le client n’a toujours pas usé du bon à valoir pour partir en voyage : l’arrêté ministériel promulgué par Nathalie Muylle prévoit en effet que l’agence doit à se moment-là rembourser le client. « Si les bons à valoir ne sont pas utilisés et si tous les clients demandent à se faire rembourser après un an, je pense que les agences de voyage seront bonnes à mettre la clé sous la porte », prévient Marie-France Turpin. Voilà pourquoi Anne-Sophie Snyers, secrétaire générale de l’Union Professionnelle des Agences de voyage (Upav) appellent à la « solidarité » des voyageurs et à utiliser leurs bons à valoir, en partant à une autre date « à la destination qui était initialement prévue ». 

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