Le virus se propage, la délation aussi?

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Alors que les Belges sont privés de sortie non-essentielle depuis un mois, les dénonciations visant le non-respect des règles de confinement se multiplient. 

Les situations exceptionnelles, comme la crise actuelle, font parfois ressortir le pire chez l’humain. À l’opposé de ces élans de solidarité observés dans la population pour venir en aide aux personnes vulnérables et en première ligne, on retrouve la ruée sur le papier toilette, le vol de masques dans les hôpitaux ou encore l’opprobre jetée sur le personnel soignant sous prétexte d’une contagiosité potentielle. Autre conséquence liée au coronavirus: la police reçoit des appels pour dénoncer des manquements, réels ou supposés, aux mesures de confinement.

Des dénonciations “loufoques”

À Charleroi, les équipes de police font face à “plusieurs dizaines” dénonciations par jour, constate David Quinaux, porte-parole de la police locale. “À partir de 11 heures du matin jusqu’au bout de la nuit, ça ne s’arrête pas. Dans 95% des cas, on envoie une patrouille vérifier.” Ces appels concernent généralement des déplacements non-essentiels ou des rassemblements. Evidemment, parfois, les plaintes sont fondées, parfois pas. “On reçoit beaucoup de dénonciations loufoques aussi. Les gens sont assez ignorants. C’est vraiment surprenant. Ils dénoncent des choses qui sont autorisées”, soupire le porte-parole, qui en profite pour faire passer un message: “Avant de dénoncer une situation qui vous semble anormale, vérifiez si vous n’êtes pas dans l’erreur!

Le confinement est devenu un nouveau prétexte pour embêter son voisin.

Dans le Brabant Wallon, ces appels restent “marginaux”. “Il y a peut-être une dénonciation par jour”, estime le commissaire Meuwis, directeur des opérations de la zone de police de l'ouest brabançon, soulignant recevoir davantage d’appels pour des questions pratiques. Pour les deux policiers, c’est avant tout le climat anxiogène qui motive ce type d’appels. “Le moteur des gens, c’est la peur. La peur que le confinement dure, la peur d’être contaminé par d’autres qui n’ont pas respecté les mesures alors qu’eux restent confinés”, explique David Quinaux. Parfois, ce n’est pas dénué d’intérêt. “Le confinement est devenu un nouveau prétexte pour embêter son voisin”, constate le porte-parole de la police de Charleroi.

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© BELGA IMAGE / KURT DESPLENTER

Geste citoyen ou délation?

Ces signalements ne sont pas seulement spontanés. Certaines sont aussi encouragés par la police ou les autorités elles-mêmes. C’est le cas de la zone de police de Bruxelles Nord, qui demande de l’aide aux citoyens sur sa page Facebook, ou encore de la commune de Welkenraedt, en province liégeoise, qui appelle à dénoncer “l’attitude d’irresponsables” qui organisent des rassemblements clandestins en cette période de confinement.

En dénonçant ce non-respect des règles, ces citoyens remplissent-ils leur devoir civique en ces temps inédits de crise sanitaire ou s’agit-il plutôt de délation? La question peut susciter un débat sans fin. Pour certains, comme le bourgmestre de Welkenraedt, ces dénonciations ne sont pas de la délation puisqu'“il y va de la santé publique”. Pour d’autres, c’est le retour des “corbeaux”, des “collabos”.

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Le phénomène, “révélateur du poids du passé”, selon Le Monde, est également largement visible sur les réseaux sociaux. Sur les nombreux groupes Facebook de voisins, les publications dénonciatrices se multiplient: un homme critique ces quelques personnes qui se serrent encore la main devant chez lui et ne respectent pas la distanciation sociale, une femme pousse un coup de gueule après la visite de policiers en plein après-midi parce que ses enfants faisaient trop de bruit. “Rien que sur la page Facebook de la police de Charleroi, c’est affolant”, confie David Quinaux. “Vous avez des centaines et des centaines de messages de personnes qui se plaignent de voir des joggeurs dans la rue alors qu’ils n’en avaient jamais vus avant.

Pour rappel, les autorités fédérales n’ont jamais recommandé de telles méthodes. Le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem y est même totalement opposé. “Mon message à la population est clair: restez chez vous, laissez travailler la police. On n’a pas besoin de gens qui espionnent ou dénoncent leurs voisins !

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