Covid-19: comment le gouvernement et Google utilisent nos données contre la pandémie?

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Ce 9 avril, le ministre du Numérique Philippe De Backer s’est exprimé sur le développement d’une application anti-coronavirus. Le but serait d’utiliser les données individuelles afin d’éviter la dissémination de la maladie mais beaucoup de questions restent en suspens. Google, de son côté, a déjà rendu public le résultat de ses observations sur la géolocalisation.

C’est une des initiatives du gouvernement qui fait le plus débat pour combattre le coronavirus. Grâce à sa task force « Data Against Corona », Philippe de Backer compte développer une application de traçage qui permettrait d’identifier rapidement les personnes en contact avec des malades du Covid-19. Une telle initiative n’a pas manqué de soulever des craintes à la Chambre, autant à gauche qu’à droite, sur son utilité et le respect de la vie privée. La réponse du ministre laisse malgré tout beaucoup de points en suspens.

Une communication très partielle du ministre

Sur la question de la vie privée, Philippe De Backer se veut rassurant : « L’autorité de représentation de la vie privée est représentée dans le projet par son président. J’ai également dit qu’il fallait un comité éthique qui surveillerait l’utilisation des données, avec des experts étrangers et belges pour ne pas dépasser certaines limites. Une concertation est en cours avec les régions, compétentes en la matière, et nous veillons à ce que cela s’inscrive aussi dans un cadre européen. Nous sommes en train d’analyser les propositions qui nous arrivent et nous devons encore les traiter dans les semaines qui viennent ».

L’arrivée d’une telle application ne serait donc pas pour demain et devrait être, comme le dit le ministre, utilisée « dans le cadre du déconfinement ». De ce fait, une question reste entière : celle de l’efficacité d’une telle technologie alors que le Covid-19 devrait déjà être sur le déclin. Mais même si cette application existait aujourd’hui, des experts doutent de son utilité. Selon Yves-Alexandre de Montjoye, interrogé par « Le Soir » et qui est dans un groupe de travail sur l’utilisation de ce type de données, un tel logiciel ne serait vraiment effectif que si 60% de la population l’installe.

Ensuite, quelles données seront vraiment utilisées par l’application ? Au cabinet de Philippe De Backer, on refuse de donner plus de précisions. Néanmoins, on peut faire l’hypothèse que le gouvernement suivra les autres exemples européens. L’application développée en France par exemple devrait utiliser les données Bluetooth et donner une alerte dès que l’on a été en contact avec une personne contaminée.

Google constate et encourage la distanciation sociale

Si les détails de cette application gouvernementale sont donc encore flous, d’autres récoltes de données sont quant à elles plus concrètes : celles de Google. Contrairement à l’exemple précédent, il n’est pas question ici d’exploiter les données Bluetooth mais de géolocalisation. La multinationale américaine a pris l’initiative de comparer la situation actuelle avec celle précédant le confinement.

Les résultats sont éloquents et déjà rendus publics. Google note une baisse de 84% des déplacements dans les lieux de loisirs et de l’horeca, de 76% dans les transports en commun, 66% dans les parcs et 52% au travail. Les supermarchés et pharmacies, sont touchés à hauteur de 53%, avec toutefois des pics d’activité très clairs lorsque les mesures gouvernementales ont été annoncées à la mi-mars. Ces données rendent non seulement compte du confinement en tant que tel mais aussi des recommandations de distance sociale. À l’inverse, Google identifie une hausse de 17% des déplacements sur les lieux de résidence.

A priori, le géant américain n’est pas amené à publier d’autres données vis-à-vis de la géolocalisation. Google tient aussi à faire remarquer que les informations recueillies sont destinées à être « utiles aux efforts de distanciation sociale et aux services essentiels » tout en « respectant la vie privée des personnes avec l’anonymisation des mouvements, contacts et localisations ».

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