Les maisons de repos en «situation d’extrême urgence»

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Les homes ont de plus en plus de difficultés à gérer la crise sanitaire. Le manque de matériel et de prévoyance gouvernementale sont pointés du doigt. Les choses se mettent enfin à bouger, mais le bilan est déjà lourd.

C’était pressenti et les craintes étaient de plus en plus vives ces derniers jours. Désormais, c’est une réalité. La situation est si désespérée dans certaines maisons de repos que l’armée a dû intervenir en renfort de leurs personnels. En Wallonie, le gouvernement met les grands moyens en mobilisant en plus toutes les organisations de santé disponibles. Mais la tâche s’annonce titanesque. Les directions de ces établissements dénoncent un manque de prévoyance flagrant alors que des vies auraient pu être épargnées.

En manque de tout

Cette absence d’anticipation est d’autant plus frustrante que leurs problèmes étaient prévisibles, sachant que le même phénomène avait frappé l’Italie et la France. Pour Valérie Victoor, secrétaire générale de Santhea, fédération patronale des institutions de soins de santé wallonnes et bruxelloises, c’est simple : « il aurait fallu faire exactement ce qui est fait aujourd’hui en Wallonie mais bien plus tôt ». « Les priorités étaient ailleurs, notamment en concentrant le matériel dans les hôpitaux. Le fait que le fédéral n’arrivait pas à se coordonner avec les régions n’a pas aidé. On peut regretter qu’une task force n’ait pas été mise en place plus tôt pour les maisons de repos », précise-t-elle, même si elle comprend que les gouvernements « ne peuvent pas faire de miracles ».

Conséquence : « depuis le début de l’épidémie, le personnel des maisons de repos est insuffisamment protégé. Pour le masque FFP2 par exemple, qui est vraiment efficace pour parer au Covid-19, contrairement aux masques chirurgicaux, nous ne commençons seulement à en avoir que depuis quelques jours. Pour les tests, même chose. En termes de protection du personnel, c’est une catastrophe », se désole Valérie Victoor. La situation commence à s’améliorer avec notamment 20.000 tests dédiés aux maisons de repos les plus concernées par le Covid-19. Mais là aussi, il en faudra bien plus pour tester les 150.000 soignants et 140.000 résidents, surtout qu’il faudra contrôler plusieurs fois.

Le premier bilan est déjà inquiétant : les maisons de repos ont recensé 378 décès ces deux dernières semaines en Wallonie, et même si cela prend en compte les cas non liés au Covid-19, c’est bien plus que la normale. À Bruxelles, 356 décès sont, avec ou sans certitude, liés à la maladie. « On ne peut pas revenir sur le passé. On doit se concentrer sur ce que l’on peut faire maintenant. La priorité est d’assurer la bonne prise en charge des résidents en toute sécurité », affirme Valérie Victoor.

L’aide s’organise (enfin)

Pour cela, les maisons de repos peuvent donc désormais compter parfois sur l’armée. « La Défense a répondu favorablement aux deux premières demandes, celle de Jette et de Lustin car elle dispose en ce moment de personnel médical disponible, avec de six à dix ambulanciers et brancardiers par maison de repos. Le personnel dispose du matériel de protection nécessaire à l’exercice de ses missions », fait savoir le ministère de la Défense. Les tâches exécutées sont notamment logistiques, destinées à remplacer un personnel soignant souvent réduit.

Médecins sans frontières (MSF) est l’une des organisations également mobilisées. « Nous mettons en place des équipes mobiles, composées d’un promoteur de la santé et d’un infirmier, pour donner des formations. L’objectif est de faire connaître les mesures pour limiter les risques de propagation du virus en se basant sur notre expérience de gestion d’épidémies. Par contre, nous ne sommes pas en contact direct avec les personnes âgées des maisons de repos. Notre action est complémentaire à ce qui est déjà fait. L’armée, en comparaison, a un rôle plus médical et prodigue un appui plus humain », informe le service de presse de MSF.

D’autre pistes sont aussi envisagées, comme la création d’unités intra ou extra-hospitalières pour accueillir les résidents soit sortant d’hospitalisation, soit nécessitant des soins qui ne peuvent plus être assurés à la maison de repos. Valérie Victoor tient toutefois à rassurer la population : « les personnes âgées sont prises en charge de manière adéquate dans les hôpitaux. Il n’y a pas de choix éthique entre tel ou tel patient ».

Elle appelle enfin à ce qu’un élan de solidarité comparable à celui pour les médecins se manifeste pour les maisons de repos. « Les personnes habilitées peuvent s’inscrire en ligne pour venir nous aider. Quant au reste de la population, toutes sortes d’aides sont la bienvenue : on a récolté des tablettes pour faciliter la communication avec les familles, des colis divers peuvent être livrés, que ce soit avec des gels hydroalcooliques ou même des chocolats, cela fait plaisir. L’heure est à se serrer les coudes en ces temps difficiles ».

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