Les personnes obèses exposées aux formes graves du Covid-19? Oui, mais…

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Plusieurs études notent une surreprésentation du surpoids et de l’obésité parmi les patients admis en réanimation pour le Covid-19. Lien de cause à effet ? Ou les statistiques cachent une réalité plus complexe ?

Ce sont des chiffres qui interpellent. Ce 7 avril, un registre national du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) a rendu ses premiers verdicts dans Le Monde. Sur 2.000 personnes gravement atteintes par le Covid-19 dans 195 services de réanimation francophones (surtout français), 83 % sont en surpoids ou obèses. Au Royaume-Uni, même chose avec 32% des malades en soins intensifs qui sont concernés par le surpoids et 41% par l’obésité. Ces résultats montrent une corrélation importante mais il ne faudrait peut-être pas en tirer des conclusions trop hâtives.

Confusion entre l’obésité et les pathologies associées

Si les statistiques semblent pointer l’obésité et le surpoids comme facteur d’aggravation de la maladie, les études sont encore trop peu nombreuses pour confirmer un quelconque lien entre obésité et forme grave de Covid-19. « Il faudrait étudier des milliers et des milliers de patients en plus pour cela », affirme Xavier Wittebole, médecin aux soins intensifs à Saint-Luc.

« Ce que l’on sait, c’est que deux facteurs de risque ressortent dans le cas du Covid-19 : le diabète et l’hypertension. Or les patients qui ont une surcharge pondérale ou un certain degré d’obésité ont dans la plupart des cas une de ces deux pathologies. Il est compliqué d’affirmer que l’obésité en tant que telle cause la complication de la maladie. Par exemple, à Saint-Luc, il y a en effet un certain nombre de patients en surcharge pondérale aux soins intensifs mais ils ont presque tous de l’hypertension ou du diabète », ajoute-t-il.

La règle d’or : être vigilant et surveiller son hygiène de vie

Même son de cloche à l’hôpital Érasme avec Jean-Charles Preiser, intensiviste devenu directeur médical à la recherche. Il remarque que plus de la moitié des patients en soins intensifs ont une forme assez grave d’obésité. Il tient néanmoins à rappeler que d’autres critères jouant un rôle dans les formes graves du Covid-19 concernent souvent les personnes en surcharge pondérale : « Ils sont souvent plus isolés, vont moins souvent chez le médecin… Ce sont des patients qui ont déjà parfois quelques difficultés respiratoires et qui sont moins alertés par des symptômes du Covid-19. De ce fait, ils arrivent à l’hôpital dans un état plus avancé que les autres. Ensuite, il est moins facile de traiter ces patients. Leurs poumons sont moins efficaces et lorsqu’ils arrivent en soins intensifs, ils perdent du muscle alors qu’ils n’ont en déjà pas beaucoup à la base. Tout cela fait que leur capacité de neutraliser le virus est amoindrie », note-il.

Malgré ces désavantages, Jean-Charles Preiser rejoint son collègue de Saint-Luc sur le manque de données pour affirmer que l’obésité est un facteur avéré d’aggravation du Covid-19. Pour Xavier Wittebole, cet état de fait ne permet donc pas d’avoir de recommandations spécifiques aux personnes en surcharge pondérale. Il faut tenir compte des conseils globaux donnés à la population et adopter la meilleure hygiène de vie possible, tout comme ce qui est recommandé pour les autres maladies. Jean-Charles Preiser propose néanmoins d’être un peu plus vigilant dans leurs cas en faisant bien attention au port des masques et à respecter scrupuleusement les mesures de confinement…

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