Le bien-être des Belges victime du confinement

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Un Belge sur deux souffre psychologiquement du confinement. Décryptage et pistes pour préserver sa santé mentale pendant et après la crise. 

Alors que le Covid-19 a engendré une crise historique, la population belge fait face à un autre fléau: le mal-être. Le confinement n'est pas sans risque pour la santé mentale des citoyens. Pour mesurer son impact, des chercheurs de l’UCLouvain et de l’Université d’Anvers ont lancé une vaste enquête en ligne. Et les premiers résultats, publiés par Le Soir ce lundi, sont sans appel: 52% des Belges déclarent être en situation de mal-être psychologique. En temps normal, mesuré par une enquête de Sciensano datant de 2018, il touche 18%, soit près de trois fois moins.

Ce mal-être psychologique peut s’expliquer par plusieurs facteurs. “La peur pour sa santé et celle de ses proches”, cite en premier lieu Alexandre Heeren, professeur de psychologie à l’UCLouvain, se basant sur les études antérieures relatives aux confinements. Viennent ensuite “l’ennui et la frustration”. “Vacances, événement, projet professionnel, vie sociale… Tout ce que vous aviez prévu tombe à l’eau. Cette frustration qui opère à plein de niveaux différents, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase”, explique le professeur spécialisé dans l’étude des mécanismes d’anxiété et du stress. Pendant le confinement, les conflits conjugaux et intrafamiliaux ont également un impact sur le moral pour certaines familles forcées dorénavant de rester non-stop sous le même toit. Parmi les 25.000 répondants à l’enquête universitaire, beaucoup se préoccupent probablement de l’avenir et des conséquences indirectes, notamment financières, du confinement.

Enfin, l’isolement et l’incertitude sont des facteurs particulièrement anxiogènes pour la population. “Face à l’incertain, notre système de peur et de menace s’active immédiatement. Sans date de fin, le danger, bien que diffus et flou pour la plupart d’entre nous, est permanent. Cela nous maintient donc dans un système d’alerte constant, ce qui est assez épuisant”, observe Alexandre Heeren. 

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© Unsplash/Christian Erfurt

Davantage les femmes et les jeunes

L’étude menée par l’UCLouvain montre également que le confinement impacte davantage les femmes (56%) que les hommes (42%). Pourquoi? C’est notamment liée à l’éducation genrée. Dans notre société, l’empathie et la bienveillance sont des qualités associées au féminin. C’est pourquoi les métiers les plus sollicités dans ce contexte de crise sanitaire sont aussi très largement occupés par des femmes. En première ligne face au coronavirus, elles s’occupent également davantage des tâches domestiques et de celles relatives aux enfants. En ces temps de confinement imposé, “la charge est doublement plus grande pour les femmes que pour les hommes”, explique le chercheur qualifié au FNRS.

Autre enseignement, le lourd effet psychologique du confinement est plus prononcé chez les jeunes que chez les personnes âgées, pourtant plus vulnérables: deux jeunes de 15-25 ans sur trois, contre une personne sur trois chez les plus de 65 ans. “Cela s’explique par la frustration, l’ennui, le manque d’interactions sociales”, affirme Alexandre Heeren. L’impact des réseaux sociaux y joue également un rôle, certes paradoxal. Moyen privilégié des adolescents pour communiquer, c’est aussi le plus à risque pour leur santé mentale.

Quelques conseils

Pour préserver sa santé mentale pendant le confinement, le professeur de psychologie recommande de créer une routine, de maintenir un style de vie sain, de se limiter dans la consommation de sources d’informations ainsi que de rester connecté avec ses proches, tout en limitant l’utilisation passive des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter. “N’oubliez pas de rire !” conseille-t-il également.

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© Unsplash/Emma Simpson

Les personnes qui se sentent en grande souffrance ou déjà plus fragiles en temps normal doivent faire appel à une aide extérieure et continuer leur traitement à distance. “C’est crucial”. Et en cas de souci, il ne faut pas tarder, insiste l’expert. « Plus on va laisser ces difficultés prendre place, plus il sera difficile de retirer les racines par après et de rebondir”, renvoyant vers le site de la Commission des psychologues pour plus d’informations.

Et après la crise?

Les conséquences de la crise sanitaire et du confinement qui en découle seront non-négligeables sur la santé mentale des Belges. Le Centre de "prévention du suicide" a déjà remarqué une augmentation d’appels depuis le début de la période de confinement. Pour aider ces personnes en souffrance, Alexandre Heeren imagine “dans un monde idéal” des lignes et des services accessibles gratuitement, ainsi que des campagnes de prévention mises en place le plus rapidement possible, pour préserver sa santé mentale, familiale et sociale. “Mais dans les faits, ce n’est pas la priorité pour l’instant et la situation économique est telle que cela ne risque pas de se produire”, regrette-t-il. “Ceci dit, je crois que le relancement des commerces et de l’économie n’est pas totalement indépendant de l’état psychologique des personnes. On sait qu’une bonne santé mentale permet de rebondir plus rapidement”, lance-t-il comme un clin d’œil aux politiciens, ainsi qu’à l’OMS. “Il y a un compromis à trouver.

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