"En Antarctique, j'étais confiné par choix"

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Hugues Goosse, professeur à l'UCLouvain, a vécu deux mois confiné au milieu de nulle part, H24 avec six collègues. Désormais bloqué à la maison avec sa femme et ses deux enfants, il a comme un air de déjà-vu… et rassure : une telle expérience ne nous change pas (ou juste un peu).

Une carotte glaciaire longue de 260 mètres. Pour l'obtenir, Hugues Goosse, professeur de climatologie à l'UCLouvain et chercheur au Earth & Life Institute, a dû forer à plus de 200 mètres de profondeur en plein cœur du froid continent : l'Antarctique. Sa mission ? Analyser chaque couche du mastodonte, étudier l'accumulation de neige et mesurer le mouvement de la glace. Pour seules bâtisses, Hugues et ses six collègues disposaient de deux containers : un pour le matériel, l'autre pour les communs (cuisine, salle de bains et toilettes). Ainsi qu'une tente individuelle pour passer la nuit avec un minimum d'intimité. Impossible de rentrer plus tôt. Sous aucun prétexte. Les sept chercheurs étaient confinés. "Un peu comme on l'est en Belgique voilà trois semaines", compare-t-il.

Depuis les premières mesures annoncées dans la soirée du 13 mars par la Première Ministre Sophie Wilmès, Hugues Goosse est confiné à la maison, en télétravail, avec son épouse et leurs deux grands enfants de 18 et 21 ans. Ici ou en Antarctique, l'adaptation n'a pas été simple. Il a dû intégrer les nouvelles règles, renoncé à l'envie de boire un coup au bar avec les copains, de manger au restaurant en famille. Il a aussi dû s'habituer à vivre en petite communauté de façon permanente et, par la force des choses, apprendre à faire preuve de patience.

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"Dans ce genre de situation, on peut ressentir des isolements émotionnels ou affectifs. On souhaiterait dire bonjour à un ami, discuter en face-à-face, partager des choses. Ce qui me fait relativiser, c'est le fait que c'est pour une durée relativement courte." Il sait que c'est plus difficile pour certains. Ceux qui ont un problème relationnel à régler, un ami malade ou connaissent le décès d'un parent parti dans l'horrible solitude de la maison de retraite, sans visite depuis des semaines.  "J'ai eu la chance de ne pas avoir ce genre d'épreuves en Antarctique. Pour le moment en Belgique, je suis également épargné", confie-t-il. Il est par ailleurs conscient que certains Belges sont dans l'incapacité de travailler et subissent ce qu'il a vécu là-bas : une désynchronisation du temps. Tout à coup, le week-end ressemble étrangement à la semaine et vice versa.

En mission, le confinement se prépare

Chaque expérience a ses particularités. "Lors de cette mission, on avait un but précis et toujours quelque chose à faire. On était concentrés pour ne pas perdre de temps. On était dans un environnement unique où personne n’avait jamais posé le pied. Tout y est vaste et vide. Ce qui rend l’expérience humaine d’autant plus intense", se souvient-il. On ne peut pas en dire autant de ce que le Covid-19 nous impose. "En Antarctique, j'étais confiné par choix et préparé à l'être pendant des mois avant le départ. De plus, bien que nos espaces de vie étaient petits, si la tension montait, on pouvait marcher à des kilomètres et se retrouver seul. Même si ça s'est bien passé dans l'ensemble, vivre H24 avec six collègues qu'on ne choisit pas tout à fait, contrairement à son épouse, peut s'avérer compliqué. On doit éviter certains sujets de conversation. Le plus dur cependant, c'était de ne pas avoir internet. On pouvait parler par téléphone à nos proches cinq minutes tous les trois jours."

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Pause-café en famille

Le confinement qu’Hugues Goosse vit aujourd'hui pose d'autres types de problèmes. "J'ai la chance de pouvoir télé-travailler sans que ça bouleverse trop mes activités professionnelles. Grâce à internet, on fait beaucoup de réunions en vidéoconférence. On s'envoie des documents. On peut échanger par e-mail, téléphoner aux amis ou à la famille. On a le temps de vraiment discuter. De plus, on est enfermé avec les gens qu'on aime. J'imagine évidemment que c'est différent si on a des enfants plus jeunes dont il faut s'occuper, à qui faire l'école… Chez nous, chacun fait ses activités. Parfois, on prend une pause-café ensemble. On est tranquille. Les inconvénients sont qu'on ne peut pas vraiment sortir très loin si ce n'est pour courir ou marcher autour de la maison. Surtout, ce confinement nous est tombé dessus sans qu'on n’ait rien demandé, sans qu'on soit préparé psychologiquement."

Le prof d'unif reste positif. Il a survécu au confinement glacé, il résistera au sanitaire. Mais peut-on vraiment ressortir indemne d'une telle crise ? Évidemment, chaque expérience nous fait évoluer, mais en revenant de mission au bout du monde, lui n'a pas trop changé, assure-t-il, et s'est vite réhabitué à la vie normale. "Je ne me suis pas dit : tien je ne supporte plus la vie en communauté ou rester seul. La vie, la société n'ont pas changé. Selon moi, ça ne changera pas du tout au tout à la fin du coronavirus non plus."

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