Pourquoi le ministre du Budget espère un déconfinement pour le 19 avril?

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Sur le plateau du JT de La Une, David Clarinval a déclaré souhaiter « que l'économie puisse redémarrer le plus rapidement possible », avec un déconfinement dès le 19 avril. Le maintien de cette perspective n’a pas manqué d’être taxée d’irréaliste. Le réalisateur Bouli Lanners accuse même le ministre de vouloir cacher la vérité. Pour autant, cette position s’explique.

C’est le gros coup de gueule du jour. Après le journal de La Une, Bouli Lanners publie une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il vise la classe politique et plus particulièrement David Clarinval, ministre du Budget. Durant toute son interview, ce dernier n’a cessé de parler de projections économiques faites dans l’hypothèse d’un début de déconfinement le 19 avril. Cela a fortement irrité le réalisateur qui semble croire que le ministre du Budget veut cacher quelque chose : « Mais tout le monde sait bien que ça ne reprendra pas le 19 avril. Et vous, vous continuez à passer à la télé en nous prenant pour des cons et en mentant ? Mais ça suffit maintenant, non ? », s’énerve-t-il.

Un allongement des mesures de confinement au-delà du 19 avril semble, de l’avis des épidémiologistes, en effet très probable. Sur ce point, Bouli Lanners n’a pas tort. Mais d’autre part, les économistes insistent pour ne pas jeter trop vite la pierre sur David Clarinval.

Un besoin d’éviter la catastrophe économique

Le problème qui sous-tend le discours de David Clarinval est qu’il ne faudrait pas un confiment trop long, ce qui risquerait de créer une crise économique sans précédent. « C’est une situation compliquée. On doit tenir compte de la situation sanitaire où le confinement se justifie totalement, mais d’un autre côté, il y a des considérations économiques. À partir du 19 avril, il faudra se poser la question de ne pas prolonger trop les mesures de confinement. Un mois de confinement est estimé à une perte de 6% du PIB, c’est énorme ! On doit penser à cela si on ne veut pas que notre système s’effondre », alerte Mikael Petitjean, professeur à la Louvain School of Management.

Dans cette perspective, la volonté du ministre du Budget de voir le confinement finir au plus vite fait sens. « Tous les métiers ont besoin de se remettre en route. Les secteurs les plus touchés sont probablement ceux du tourisme et des indépendants. Malheureusement, ce sont aussi les plus difficiles à déconfiner puisque ce sont ceux les plus en contact avec les gens », d’où l’intérêt de ne pas trop tarder selon Bruno Colmant, économiste membre de l’Académie royale de Belgique.

Les tests, indispensables dans la stratégie ministérielle

Pour autant, les milieux économiques pousseraient-ils à en finir avec le confinement à n’importe quel prix ? « Je ne pense pas du tout. Les impératifs sanitaires sont plus importants. Le pire pour les milieux économiques serait de déconfiner trop rapidement et de devoir reconfiner par après. Ce serait la catastrophe », dit Bruno Colmant, suivi par Mikael Petitjean : « Les entreprises n’ont aucun intérêt à rendre leurs employés malades évidemment, sinon elles périclitent. Il faut donc s’assurer qu’il n’y ait plus de risque sanitaire pour les travailleurs ».

À ce propos, David Clarinval a pris soin de noter un point-clé pour permettre le retour au travail : le nombre de tests pour le coronavirus. Afin de s’assurer que les entreprises ne courent pas le risque de voir leurs employés être à nouveau contaminés, le ministre établit que rien ne pourra être fait sans avoir 40.000-50.000 tests par jour, contre 10.000 aujourd’hui. « Pour moi, David Clarinval a entièrement raison de lier les deux. Il doit y avoir autant de tests que de personnes qui reviennent au boulot. Leur disponibilité est tout à fait corrélée avec la remise au travail. De plus, cela permet de rassurer les employés qui, sans cela, pourraient refuser de travailler s’ils n’ont pas la certitude qu’ils ne risquent rien », conclut Bruno Colmant.

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