Grande distribution : les oubliés des enseignes franchisées

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Jours de congé, chèques-repas et bons de réduction : toutes les chaînes de supermarché ont déjà fait ou feront un geste pour leur personnel. Mais les petits magasins de quartier ne sont pas concernés.

La pression syndicale et la colère d'un personnel en ébullition ont fait pencher la balance. La vague de débrayages chez Delhaize et Carrefour a mis sous pression l'ensemble des employeurs du secteur. Tous les dirigeants ont compris que le mouvement risquait de s'étendre aux quatre coins du pays. Au risque de devenir incontrôlable. Dans la foulée des annonces de préavis, les files sont directement réapparues vendredi devant l'entrée de certains supermarchés. Le Belge retrouve très vite ses réflexes de hamster. Voilà des jours et des jours que le personnel de la grande distribution clame sa colère via ses représentants syndicaux. Avec une rémunération et des conditions de travail parfois déjà problématiques, celui-ci se trouve en première ligne face à des clients possiblement infectés au Covid-19. Plexiglass aux caisses, fermeture sur le temps de midi pour un réassortiment des rayons plus sécurisé, distribution de gants et de masques ou encore désinfection des caddies… Les mesures prises dans le pays par les différentes chaînes brillent par leur caractère à géométrie variable, et souvent par leur insuffisance. Sans compter le flux élevé de clients à gérer, et parfois leur agressivité. Moustique fait le point sur les négociations menées actuellement avec Delphine Latawiec, responsable secteur commerce à la CNE.


Accord conclu chez Delhaize et Aldi, en vue chez Mestdagh


Les premières enseignes où syndicats et employeurs ont trouvé un accord sont celles du célèbre lion et du hard-discounter allemand Aldi. Chez Delhaize, il est notamment question de cinq jours de congé en plus, d'une hausse des chèques-repas et de bons de réduction d’environ 500 euros valables dans les magasins de la marque belge. Chez Aldi, les travailleurs obtiennent aussi cinq jours de congé supplémentaires, des bons de réduction (300 euros) et des chèques-repas majorés d'un euro (nouvelle valeur : huit euros). La conclusion d'un accord est encore attendu ce vendredi chez Mestdagh. Du côté de Colruyt et Match, les discussions progressent dans la bonne direction. Une réunion finale est d'ailleurs prévue ce lundi chez le premier cité. Les propositions sur la table chez Lidl et Carrefour sont certes jugées insatisfaisantes du côté syndical. Mais des discussions sont en tout cas en cours et devraient déboucher sur un accord. « On tenait très fort à des congés en plus dans la mesure où les travailleurs vont sortir de cette période, en bonne santé je l'espère, mais épuisés". La responsable CNE prévient toutefois : des mesures de protection en plus sont aussi exigées partout.


Prime ou pas prime défiscalisée ?


Le mot « prime » revient sur de nombreuses lèvres. Tant celles du personnel politique que de membres du personnel. Delphine Latawiec explique pourtant qu'il n'y a rien de prévu sur la table. Et ajoute que le gouvernement arrive trop tard avec ce projet de prime. « C'est trop tard , car les employeurs ont été clairs : ils ne vont pas octroyer les améliorations prévues dans les accords et en plus une prime», explique la syndicaliste. Oui, une prime aurait été préférable, explique-t-elle. Cela aurait été plus clair pour le personnel de recevoir une somme plus élevée d'un coup. Mais les syndicats sont en tout cas contre la proposition de défiscaliser cette prime comme le proposent certains partis de droite. « Proposer ce genre de primes défiscalisées, ça voudrait dire aussi enlever des ressources à la sécurité sociale. Ça voudrait dire qu'après la crise, tout ce qui est offert par le gouvernement d'une main, on devra le payer d'une autre. On a aussi une très forte hausse du chiffre d’affaires dans le secteur », insiste-telle. « Je peux entendre qu'ils faut aider les employeurs en difficulté qui veulent faire un geste pour leurs travailleurs, mais les supermarchés n'ont aucun problème. Ils sont remplis du matin au soir ».


Le trou noir de la franchise


Tous les accords obtenus ou en passe de l'être ne bénéficieront pas à tous les travailleurs de la grande distribution. Les conditions de travail et les modes de rémunération laissent certes déjà globalement à désirer dans le secteur. Une partie du personnel s'avère pourtant dans une position moins enviable. Malgré des effectifs en hausse constante, celui-ci voyage clairement en seconde classe. Il s'agit du personnel des enseignes franchisées. C'est-à-dire l'ultra majorité des supérettes de quartier (Carrefour Proxy, Delhaize Shop & Go, etc.). Ceux-ci pâtissent déjà des conventions paritaires moins favorables, sont moins payés et doivent travailler plus tard et le dimanche. La petite taille des magasins ne facilite pas, voire rend impossible, la défense de leurs intérêts au niveau syndical. Eux, qui connaissent déjà des conditions de travail déjà plus difficiles à la base, ne bénéficieront pas des accords médiatisés dans les prochains jours. Et vous ne les entendrez pourtant pas se plaindre. Ils n'en ont pas le droit. 
 

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