Coronavirus : la Belgique, troisième pays le plus touché au monde ?

Teaser

Avec 1.143 décès, notre pays est très fortement impacté par le Covid-19. Mais comment sont calculés les chiffres officiels et où se situe-t-on à l'échelle internationale ? On fait le point.

Tous les jours, dans chaque pays touché par la pandémie, des chiffres tombent. Ceux du nombre de personnes décédées suite au coronavirus, des malades infectés et des hospitalisations. Le bilan humain est dramatique : depuis le 2 avril, la barre du million de personnes contaminées par le Covid-19 dans le monde a été dépassée. Aujourd'hui, il touche plus de 200 pays et a tué plus de 51.000 personnes. La moitié de la planète est confinée.

Ces derniers jours, de nombreux articles et reportages relaient le fait que la Belgique serait l'un des pays les plus impactés par la pandémie. En cause, les chiffres du nombre de décès rapportés par million d'habitants, qui sont effectivement impressionnants. Avec 13.900 morts au total, l'Italie est le pays qui comptabilise le plus de décès, soit 230 morts par million d'habitants. Pourtant, en suivant ce calcul, l'Espagne la dépasse avec 237 morts par million d'habitants. Selon ces statistiques, la Belgique arriverait donc devant la France avec 100 décès par millions d'habitants contre 67 pour nos voisins.

C'est en utilisant ce ratio que le député Vlaams Belang Dries Van Langenhove, et certains médias, pointent les manquements de notre pays. Mais comme en témoigne Jean Ruelle, virologue et chercheur qualifié à l’Institut de recherche expérimentale et clinique de l’UC Louvain « Il faut être extrêmement prudent avec ces chiffres. Il y a déjà une chose qui est différente en Belgique, si on doit comparer notre pays avec d'autres, c'est que notre territoire est petit, mais très peuplé. Si on regarde la distribution des personnes infectées par commune, on voit très clairement qu'il y a une relation avec la densité de population. C'est un facteur important de propagation. Il est donc absurde de comparer notre pays avec les États-Unis par exemple, qui ont un territoire beaucoup plus étendu. Même si les nombres sont corrects, on peut leur faire dire ce qu'on veut.»

Une méthode discutable

Cette manière de comparer les chiffres est d'autant plus discutable que si l'on ne se base que sur ces calculs, on peut également souligner que Saint-Marin est le pays le plus touché avec 26 décès au total, soit 766 par million d'habitants. Rappelons également que dans de nombreux pays, seuls les décès dans les établissements hospitaliers sont comptabilisés. Comme c'est le cas en France, par exemple. Résultat, les morts dans les Ehpad (maisons de retraites) ou chez eux ne sont pas ajoutés au bilan quotidien. Alors qu'en Italie, seuls les décès des personnes qui avaient été testées positives au Covid-19 sont comptabilisés dans les chiffres donnés par le gouvernement. Sans parler du bilan officiel chinois, largement remis en question.

« Il faut se méfier du nombre de cas d'infections, qui est vraiment variable d'un pays à l'autre suivant la politique de dépistage menée. Dans les rapports épidémiologiques belges, il est précisé que les cas confirmés ne reflètent pas la réalité d'infection dans l'ensemble de la population, puisque seules certaines personnes sont testées. Suivant le nombre de tests réalisables, les chiffres par pays vont être très différents. »

Dans ce triste décompte, certains pays semblent faire figure d'exemple, comme l'Allemagne ou la Corée du Sud, et affichent un faible taux de mortalité. Pour Jean Ruelle, il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions. « Comme il y a des politiques de dépistage très différentes, certains pays peuvent déjà démontrer qu'ils ont des taux de décès extrêmement bas et donc on a l'impression en Europe que l'Allemagne a bien réussi à limiter la propagation, comme la Corée du Sud en Asie. Mais ils ont testé différemment, donc ces chiffres là seront à remettre en perspective plus tard, quand on se rendra compte du réel nombre de personnes contaminées par pays, en regardant par exemple le pourcentage des anti-corps dans la population. C'est seulement une fois qu'on aura ces données que l'on pourra tirer des conclusions. »

 

Plus de Actu

Les plus lus