La guerre des masques n'a plus de limite

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Des masques rachetés et détournés en dernière minute, des interdictions d'exporter du matériel médical... La crise du coronavirus semble sonner le glas de la mondialisation économique alors que se multiplient les pratiques très peu commerciales.

Les masques de protection seraient-ils le nouvel or ? Certaines pratiques commerciales fort peu fair-play le laissent penser. Jeudi, plusieurs officiels français ont ainsi rapporté que des ressortissants américains avaient racheté, en dernière minute et sur le tarmac d'un aéroport chinois, pour le triple du prix et en liquide, la commande de plusieurs millions de masques destinés à une région de France. L'avion a dès lors pris la destination des Etats-Unis...

C'est ce qu'a expliqué Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alopes-Côte d'Azur - la région qui s'est vue "subtiliser" sa commande - sur RTL et BFM TV.  «La commande qui était payée et livrable a été détournée parce qu’achetée», a-t-il résumé. «Notre mode de compatibilité fait en sorte qu'on est obligé de payer en trois tiers alors qu'eux peuvent payer en cash là-bas».

 Jean Rottner, président de la région du Grand-Est, a quant à lui été plus chanceux – sa commande est arrivée. Mais il a expliqué sur RMC que ces pratiques se développaient effectivement : «Ce qui se passe avec les Américains est assez terrible, ils sont en capacité, sur le tarmac, de racheter des cargaisons entières, en payant en cash».

La crise du coronavirus semble en tout cas exacerber les pratiques égoïstes. Comme l'épisode des masques commandés par Maggie De Block, qui ne sont jamais arrivés à destination. Une enquête a été ouverte par le parquet fédéral sur la demande de la SPF Santé Publique. La commande a été faite à un ressortissant belgo-turc de Flandre Orientale. Et l'affaire pourrait remonter jusqu'à l'Etat turc. Lequel a expressément interdit aux producteurs toute vente de masques aux pays étrangers. Y compris ceux qui avaient déjà été payés. Selon le quotidien Hürriyet réputé proche du pouvoir, le ministre de l'Intérieur Süleyman Soylu a exigé que les masques soient vendus exclusivement à l'Etat turc. Au début de la crise, il avait déjà fallu deux semaines et un coup de téléphone du président du Conseil italien Giuseppe Conte à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan pour que les masques de protection commandés par l'Italie arrivent à destination.

La fin de la mondialisation économique ?

Cela vaut aussi pour les médicaments. L'Inde a ainsi interdit tout export d'hydroxychloroquine, le remède prôné par le Dr Raoult. Tandis que l'Allemagne a révélé que l'administration Trump, via les laboratoires CureVac, a cherché à acheter les droits exclusifs du vaccin développé par les scientifiques allemands. La découverte d'un vaccin est devenu une véritable guerre diplomatique entre les Etats-Unis, l'Europe et la Chine. Et les pratiques (anti-)commerciales pour l'accès au matériel médical semble sonner le glas de la mondialisation économique.

C'est probablement ce qui a poussé le président français Emmanuel Macron à appeler à « rebâtir la souveraineté nationale et européenne » en produisant davantage chez nous pour ne pas dépendre des autres pays. Et les initiatives ne se sont pas faites attendre. A l'ULB, le FabLab a décidé de produire des visières de protection pour le personnel médical. C'est aussi le cas de l'enterprise spécialisée dans l'imprimerie 3D Unic 3D, de We Love Brussels ou de l'Atelier Restore Design à Liège. De son côté, la Région wallonne a fait un appel à projets afin de recréer une capacité de production de masques médicaux de protection sur son territoire. Des gouttes d'eau dans un océan ? Certes, mais ce sont les gouttes qui forment les océans.

 

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