Un dispositif pour les "oubliés du chômage"

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Suspension de la dégressivité et des contrôles de disponibilité : un groupe d'experts appelle à protéger d'urgence les allocataires du chômage classique.

Le gouvernement belge a pris une décision forte et rapide pour sauver le marché de l'emploi, l'appareil productif et son savoir-faire. Celle de faciliter et élargir le dispositif de mise au chômage économique. Les employeurs peuvent ainsi se délester d'une partie importante de leurs frais. La mesure coûte certes cher à la collectivité. Elle permet toutefois d'éviter les ravages d'un tsunami de licenciements secs. Tel est le constat posé ce vendredi par un équipe d'économistes et de spécialistes dans le domaine de l'emploi. Koen Declercq (KU Leuven), Bart Cockx(UGent) Muriel Dejemeppe (UCLouvain) et Bruno Van der Linden (UCLouvain) sont quatre pointures reconnues dans leur domaine. Ils signent ce vendredi un article passionnant en accès libre sur le site de la revue spécialisée Regards économiques de l’UCLouvain. L'objet ? Les conséquences de la crise du Coronavirus sur le système belge d’assurance-chômage. L'article ne se réduit pas à une distribution de bons points. Arrivent sur la table une série de décisions à prendre à court, moyen et long terme par nos décideurs.

La dégressivité des allocations en pause

Des salariés perdront leur emploi dans les prochains jours et les prochaines semaines. Voilà un des tristes mais inéluctables constats des auteurs. Et ce malgré les possibilités offertes par le système de chômage temporaire. Il s'agit donc de prendre des mesures, exceptionnelles et à la durée limitée à l'actuelle période de crise, au bénéfice des allocataires du chômage classique. D'une part la suspension de la dégressivité des allocations et d'autre part la mise sur pause des contrôles de l'effort de recherche. « Le compteur de durée de chômage qui intervient dans le calcul des trois années de droit aux allocations d’insertion après les études et celui qui intervient pour le calcul des allocations dégressives de chômage complet doit être interrompu », expliquent les chercheurs. «Les rendez-vous de contrôle de l’effort de recherche d’emploi doivent être postposés et l’absence de preuves de recherche d’emploi durant la période en question ne peut être pris en compte dans le contrôle de l’effort de recherche ».

Formation à distance

Il ne s'agit évidemment pas d'arrêter tout accompagnement. «Les services régionaux de l’emploi ont tout leur rôle à jouer, comme celui de stimuler financièrement la formation à distance pendant la période d’inoccupation, en réorientant éventuellement des budgets alloués à la formation en présentiel, de continuer à alimenter les plateformes d’offres d’emploi et d’encourager, en cette période de raréfaction des embauches, les demandeurs d’emploi à élargir la gamme des possibilités d’emploi qui s’offrent à eux », lit-on notamment. De nombreux États américains ont d'ailleurs pris des mesures exceptionnelles en ce sens et la Suède dispense désormais ses chômeurs... du contrôle de l’effort de recherche d’emploi. Oui, certaines chômeurs opteront pour des comportements opportunistes, mais cette attitude représente à court terme un problème de second-ordre, estiment ses auteurs.

Recycler les chômeurs temporaires

Les chercheurs rappellent aussi que les travailleurs placés en chômage temporaire peuvent... travailler chez un autre employeur. Ils encouragent donc les autorités à inciter les Belges à se recycler temporairement dans une autre fonction ou un secteur différent. D'autant que l'inadéquation entre les forces vives et les postes de travail disponibles risque d'atteindre un pic lors de la sortie progressive du confinement. « Or, la mise en œuvre de cette rencontre entre besoins et disponibilité en main d’œuvre est complexe. Elle requiert que le dispositif de chômage temporaire soit suffisamment incitatif à la reprise du travail même partiel, que des formations en ligne préparent ces personnes si elles doivent exercer de nouvelles fonctions ». Dernier conseil : augmenter les effectifs de contrôleurs de l'Onem et de l'inspection du travail pour débusquer les entreprises et les ménages bénéficiaires d'aides financières dont ils n'ont nul besoin.

Tractations politiques

Comme souvent dans notre système particratique, les téléphones des présidents de formations politiques chauffent particulièrement ces derniers jours. Surtout de ceux présents aux réunions du kern élargi du samedi (MR, Open Vld, CD&V, PS, sp.a, Groen, Ecolo, DéFI, CDH et N-VA). La défiscalisation d'heures supplémentaires et l'octroi de deux jours de vacances en plus (à la charge de l’employeur) dans plusieurs secteurs "vitaux" figurent notamment à l'agenda de ce samedi 4 avril. Les libéraux flamands poussent aussi pour défiscaliser une éventuelle prime unique dans, par exemple, le secteur de la distribution. Mais la suspension de la dégressivité des allocations de chômage chère à nos quatre chercheurs figurera aussi à l'agenda. Il s'agit d'une demande portée notamment par le PS.

La liste des souhaits des uns et des autres est longue. Elle plombera encore davantage les finances belges. C'est un mal pour un bien. À condition que les décisions s'inscrivent dans une stratégie concertée et avec une vision. Et ne se réduisent pas à une addition de calculs d'apothicaires. Des décisions peu coûteuses, mais moins bling-bling, peuvent d'ailleurs engendrer de nombreux effets positifs. Notamment la simplification de la législation. Verdict ce week-end.

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