Pic et fin de l’épidémie: À quand le bout du tunnel?

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En 2050, nous raconterons à nos enfants et petits-enfants cette fameuse année 2020 durant laquelle la lutte contre un satané virus, d’abord sous-estimé, avait contraint la moitié de la population mondiale à rester confinée chez elle. Mais combien de temps durera cette histoire? 

La question est centrale, mais reste encore aujourd’hui sans réponse. Les experts préfèrent rester prudents. Avant d’entrapercevoir le bout du tunnel et peut-être la sortie de la crise sanitaire, il faut d’abord passer le pic épidémique tant redouté, où toutes les forces devront être mobilisées et le risque existe que les hôpitaux se retrouvent saturés. Mais lui aussi est difficile à prédire. “Tant qu’on ne l’a pas atteint, on ne sait pas où il est. C’est comme monter au sommet d’une montagne, mais vous ne le voyez pas à cause du brouillard. On saura qu’on a atteint le pic quand on commencera à descendre”, explique Simon Dellicour, épidémiologiste à l'ULB. Son collègue Marius Gilbert estime tout de même que ce pic pourrait être atteint début de la semaine prochaine, “à un ou deux jours près”.

À l’heure actuelle, le plus important est d’éviter la saturation des infrastructures. “On a encore de la marge”, rassure Simon Dellicour. Les données annoncées chaque jour par le Centre national de crise et le SPF santé publique confirment un ralentissement de l’épidémie. “C’est une bonne nouvelle, cela signifie que le confinement fonctionne. Ce que l’on fait tous, rester chez nous, ça a du sens. C’est important de le dire”, insiste l’épidémiologiste. Mais ce n’est pas pour autant une raison pour relâcher l’effort. “Est-ce que ce sera suffisant en termes de ralentissement de l’accumulation des cas d’hospitalisations pour éviter de toucher ce fameux seuil de saturation? Même ça aujourd’hui c’est difficile à dire. Ce qui est certain c’est qu’on a évité une première catastrophe qui était de déjà saturer le seuil.

Un pic en différé

Pour cet expert, membre du laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'ULB, ce pic pourrait se manifester en différé selon les régions en Belgique. Malgré une synchronisation des mesures sur l’ensemble du territoire, le pays n’évolue pas uniformément. “Des zones sont plus touchées que d’autres. La population n’est pas distribuée uniformément. Le respect des mesures n’a peut-être pas été le même partout…” énumère-t-il pour justifier cette différence potentielle. “Même si il y a une hétérogénéité spatiale, on a quand même une tendance globale sur la Belgique, qui est une augmentation du temps de doublement”, à savoir le nombre de jours qu’il faut pour doubler le nombre de cas hospitalisés. 

Un déconfinement stratégique

Et quid de la fin du confinement? Interrogé à ce propos lors de la conférence de ce jeudi 2 avril, Emmanuel André a insisté sur le fait que la diminution de la force de l’épidémie ne voulait pas dire pour autant que tout était gagné. Même son de cloche du côté de Simon Dellicour. “Il faut maintenir l’effort tant qu’on n’est pas dans la redescente. Une fois qu’on aura assez redescendu dans l’accumulation des cas d'hospitalisations et que les soins intensifs seront désengorgés, à ce moment-là, on pourra envisager de lever le confinement de manière stratégique.” 

Les experts belges s’accordent à dire que relâcher toutes les mesures en même temps serait une très mauvaise idée. Pour éviter un rebond de l’épidémie, ils préconisent une levée du confinement “de manière ciblée et progressive”. Le gouvernement a rassemblé un groupe d'experts pour préparer cette stratégie de sortie de crise. Cet exercice est difficile, car à chaque levée des mesures, “il y aura un risque résiduel de voir le nombre de cas augmenter de nouveau”, expliquait jeudi le porte-parole interfédéral de la lutte contre le covid-19. Pour un déconfinement stratégique, Simon Dellicour pointe la nécessité d’une augmentation de la capacité de dépistage. “Pour pouvoir lever de manière ciblée et progressive le confinement, il est important de ne pas être aveugle quant à l’évolution de l’épidémie.”

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© BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Le retour à la normale n’est donc pas prévu pour le 20 avril, mais on peut “peut-être” espérer une première levée partielle des mesures de confinement. “Il n’y aura pas une fin en un coup”, souligne l’expert. “On est partis sur une levée de confinement qui devra se faire progressivement, sur plusieurs semaines, et en étant très prudents et prêts éventuellement à revenir vers un confinement si cela se justifie par un risque de pic épidémique et donc de mortalité accrue.

Le vaccin, “la seule issue”

Autre grande inconnue: la fin de l'épidémie. Au micro de la VRT, le virologue de la KUL Marc Van Ranst estimait mi-mars la durée de l’épidémie à dix semaines, sur base des données chinoises. Mais la situation en Chine, toujours en alerte après plus de trois mois de crise, prouve que ce ne sera pas pour tout de suite.

Tant qu’on n’aura pas le vaccin, on sera toujours exposé à un retour du virus.

Plus prudent, Simon Dellicour, collaborateur scientifique à la même université, préfère ne pas s’avancer. “Le vaccin c’est la seule issue à long terme pour gagner la partie contre l’épidémie”, affirme l’épidémiologiste, alors que ce dernier est attendu “dans plusieurs mois, voire plus d’une année. “Tout ce qui sépare le vaccin du moment présent, ce sont des mesures qui peuvent nous permettre de reprendre au maximum une vie normale, tout en évitant une catastrophe sanitaire. C’est le seul scénario.

Le scientifique de l’ULB ajoute toutefois une autre hypothèse: “vu que c’est une maladie respiratoire infectieuse, on peut espérer que la transmission du virus, pour toute une série de raisons, soit moins active en été, même si rien nous indique que ça va être le cas.” Dans notre monde ultra-connecté où les nombreux déplacements entre pays peuvent accroitre le risque de contamination, le vaccin reste, selon lui, l’objectif ultime, “le Saint Graal”. “Tant qu’on n’aura pas le vaccin, on sera toujours exposé à un retour du virus.

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