Après la crise, le beau temps ? Le monde à l’ère du post-coronavirus

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Elle n’est pas encore terminée, peut-être même que ça ne fait que commencer. Mais on aime penser que la crise sanitaire engrangée par le coronavirus disparaîtra avec les mois d’hiver. Après elle, renaîtra un monde post-coronavirus, sans doute pas complètement différent de ce que l’on avait avant, mais pas tout à fait pareil non plus.

Tout en restant prudents, parce qu’on en est peut-être encore seulement au début de l’affaire, et que les couts sociaux et économiques sont loin de s’être tous manifestés, on a fait le point avec Philippe Van Parijs, économiste, sociologue et philosophe, professeur émérite de l’UClouvain, de la KULeuven et de l’Université d’Oxford.

La propagation mondiale du virus, affectant toute une économie et un mode de vie très globalisé, remet-elle en question la mondialisation ?

PVP : Ce qui est nouveau par rapport à un certain nombre de crises du passé, c’est vraiment son caractère global. Même les guerres mondiales n’étaient pas aussi…mondiales. C’est la brindille de paille (la découverte du virus dans une petite ville chinoise), qui devient un feu de forêt, avec des effets massifs. Je pense donc qu’il va y avoir une réflexion là-dessus, qui peut conduire à la réduction de nos contacts internationaux. On réduira par exemple notre degré de dépendance et de délocalisation vers certains pays. On commence à dire qu’il faut revenir à un niveau local. L’autre alternative serait d’avoir une forme de gouvernance beaucoup plus forte au niveau mondial, une sorte d’autorité supranationale. Pour le moment, c’est l’interdépendance entre les pays qui domine. Mais on est encore loin de ces changements, car chacun doit d’abord trouver le moyen de lutter contre l’épidémie.

Dans cette lutte, justement, on observe beaucoup d’élans de solidarité et de bienveillance. Irait-on vers une société plus solidaire, plus humaniste ?

PVP : Je crois que, comme après chaque grosse crise qui survient dans le monde, on aura besoin d’un changement institutionnel. Les crises sont finalement nécessaire pour secouer le statu-co. On voit par exemple que les USA viennent de proposer une forme d’allocation universelle temporaire. A situation sans précédent, mesure sans précédent. D’autres pays pensent d’ailleurs à mettre en œuvre un revenu similaire et des pétitions mondiales voient le jour pour introduire l’allocation universelle comme quelque chose de structurel et non plus temporaire. Ces choses-là deviennent soudain possible en raison d’une crise. C’est un humanisme institutionnalisé. Notre sécurité sociale, née après la seconde guerre mondiale, en est le parfait exemple.

Et au niveau politique, à quoi peut-on s’attendre ?

PVP : Politiquement, au niveau belge, on se rend compte qu’un éparpillement entre les régions n’a pas de sens. Car le virus ne s’arrête pas aux frontières. On est aussi en train de réaliser qu’on a besoin d’une politique de santé au niveau fédéral et d’une solidarité institutionnalisée. On peut donc espérer que sous cet angle là aussi, la crise nous permette de nous relever de manière plus transparente et convaincante pour chacun. Il s’agira de préserver nos institutions fédérales et de les améliorer. Mais la situation est loin d’être simple pour le gouvernement. Quoi qu’il prenne comme décisions, il y en aura toujours pour lui reprocher d’en faire trop ou pas assez. Les incertitudes sont énormes.

Chaque citoyen confiné est aussi en train de (re)découvrir une manière de travailler…

PVP : Les possibilités de télétravail sont formidable pour permettre à la société de continuer à tourner, et même pour rester en contact les uns avec les autres. Je crois que, là aussi, il y aura un « après », avec différents effets. On est pour l’instant forcé d’explorer l’usage de nouveaux instruments. Et, dans l’enseignement supérieur par exemple, on se rend compte que la différence de qualité d’enseignement faite à distance n’est pas si grande. Je pense donc qu’après la crise, on réduira l’usage des outils informatiques, mais on ne reviendra pas à une situation antérieure. Cela ne remplacera évidemment jamais les avantages du contact direct, mais on se rend compte qu’une série de choses se font très bien à distance.

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